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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405637

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405637

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 12 septembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de regroupement familial de M. A pour son épouse et son fils. Le juge a retenu l'urgence, compte tenu du délai d'un an écoulé depuis la demande, et un doute sérieux sur la légalité de la décision, le préfet s'étant fondé sur une surface de logement erronée (26 m²) alors que le logement de 36 m² satisfaisait à l'exigence minimale de 32 m² prévue par l'article R.434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande sous un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Della Monaca, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 septembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de l'État, une somme de 2 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

1°) la condition d'urgence est remplie dès lors, que la décision en litige porte un préjudice grave et immédiat à sa situation individuelle et familiale, une guerre civile ayant actuellement lieu en Erythrée ; de nationalité érythréenne et titulaire d'une carte de résident en qualité de réfugié valable jusqu'au 25 juillet 2029, il est marié depuis le 8 novembre 2020 et un enfant est né de cette union le 5 août 2021 ; il a présenté sa demande de regroupement familial le 4 avril 2023 ;

2°) sur l'existence de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la compétence du signataire de la décision querellée n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il résulte de l'article R.434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la surface habitable minimale requise de son logement est de 32 m², alors que son logement est d'une surface de 36 m².

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistré le 10 octobre 2024 sous le n°2405636.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024, à laquelle les parties avaient été régulièrement convoquées :

- le rapport de M. Taormina, juge des référés,

- et les observations de Me Della Monaca pour M. A, le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Il résulte de ces dispositions, que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

2. En premier lieu, sa demande de regroupement familial ayant été présentée il y a plus d'un an, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée préjudicie de manière grave et immédiate à sa situation. Il y a lieu, dans ces circonstances, de considérer que la condition d'urgence est remplie.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, que le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse et de son fils, au motif que son logement ne présentait qu'une surface de 26 m², alors que la surface minimale requise par l'article R.434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour une famille de 3 personnes est de 32 m². Or, il résulte du bail d'habitation produit, que le logement occupé par le requérant, loué par Côte d'Azur Habitat, est d'une surface de 36 m², c'est-à-dire supérieure au 32 m² requis. Dès lors, il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision querellée dont il y a lieu de suspendre l'exécution.

4. En troisième lieu, le prononcé de la suspension de la décision en litige implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen de la demande de regroupement familial présentée par M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 900 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 12 septembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse et de son fils est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à un nouvel examen de la demande de regroupement familial présentée par M. A, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 900 (neuf cents) euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. M. A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

2405637

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