vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405942 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | ALE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Chaussade, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au profit de son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Raison, première conseillère, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 13 juin 1983, a fait l'objet d'un arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
2. D'une part, aux termes de l'article R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le jugement est rendu, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. / Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du code de justice administrative à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. / Il peut, par ordonnance : () / 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. Lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, ces décisions peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-2 ". Selon l'article L. 921-2 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-3, il statue dans un délai de quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours ". Aux termes de l'article R. 921-3 du même code : " () II. - Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L.921-1 et L.921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".
4. Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, les requêtes dirigées contre une mesure d'obligation de quitter le territoire sans délai doivent être présentées au greffe du tribunal, pour y être enregistrées, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions. Ce délai de quarante-huit heures, qui n'est pas un délai franc et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du nouveau code de procédure civile, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation.
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux a été notifié à M. B, par voie administrative, le 18 octobre 2024 à 7 heures 43, alors qu'il a été placé en rétention administrative à l'issue de son incarcération pour avoir été condamné notamment pour des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants, de délinquance routière et de violences aggravées. Le formulaire de notification de l'arrêté contesté, qu'il a refusé de signer, indiquait sans ambiguïté que l'intéressé disposait d'un délai de quarante-huit heures pour introduire un recours contentieux devant le tribunal administratif de Nice. Il est constant que la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 24 octobre 2024 à 17 heures 20, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées.
6. Pour soutenir que sa requête était néanmoins recevable, M. B fait valoir, en premier lieu, que la notification serait en réalité intervenue lors de sa levée d'écrou du centre pénitentiaire de La Farlède, justifiant l'octroi d'un délai supplémentaire pour former un recours suspensif sur le fondement de l'article L.921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté contesté, qui relève des décisions d'éloignement dont la contestation est soumise, s'agissant d'un étranger placé en rétention administrative, à la procédure prévue par l'article L. 921-2 du code précité a été effectuée, le 18 octobre 2024 à 7 heures 43. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la notification de l'arrêté doit être écartée.
7. En second lieu, M. B fait valoir que l'acte de notification est irrégulier pour n'avoir mentionné ni l'identité de la personne ayant procédé à la notification ni le caractère suspensif du recours formulé à l'encontre de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire. Toutefois, il résulte de l'arrêté contesté que celui-ci a été pris par M. C, par délégation dûment mentionnée, et régulièrement notifié par le service pénitentiaire. En outre, il ressort des termes mêmes de la notification de l'arrêté contesté que la mention des voies et délais de recours est complète de telle sorte que le moyen tiré de l'irrégularité de la notification de la décision litigieuse doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le délai de recours de quarante-huit heures était opposable au requérant. Sa requête, ayant été présentée au-delà de ce délai, ainsi qu'il a été dit, est tardive et par suite irrecevable. Dès lors, il y a lieu de rejeter la requête de M. B en toutes ses conclusions par application des dispositions de l'article R.922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés à l'instance.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Nice, le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
L. Raison
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier,
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