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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2405947

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2405947

mercredi 14 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2405947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. C, ressortissant camerounais, qui contestait le refus du préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé. Le tribunal a jugé que l'arrêté attaqué était suffisamment motivé et que le préfet ne s'était pas estimé lié par l'avis de l'OFII. Il a également considéré que le préfet avait correctement examiné la situation de M. C au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans commettre d'erreur de droit ou de base légale. En conséquence, la décision de refus a été confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Almairac en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé lié par l'avis de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette même convention ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sorin, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Almairac, représentant M. C qui conclut que l'avis de l'OFII n'a pas été produit et que cet avis est irrégulier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 7 avril 1981, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes, la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 13 juin 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour à ce titre. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fondement de la demande et mentionne les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre la décision litigieuse. En particulier, l'arrêté précise que l'exceptionnelle gravité de la pathologie du requérant n'a pas été démontrée et qu'il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dès lors que le requérant était à même de comprendre les motifs opposés à sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, fondement de sa demande et que le préfet n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation familiale de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation n'est pas fondé et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, M. C soutient que le préfet des Alpes-Maritimes s'est estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 9 avril 2024. Or, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, le préfet des Alpes-Maritimes a, d'une part, mentionné l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et d'autre part, indiqué que le requérant n'a pas fait état dans sa demande de l'impossibilité d'accéder de façon concrète à des soins appropriés dans son pays d'origine. Il résulte ainsi des termes mêmes de cette décision que le préfet des Alpes-Maritimes ne s'est pas estimé en situation de compétence liée par l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le préfet a examiné la situation du requérant au regard du 3° de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance est sans incidence dès lors que le préfet a examiné la situation de l'intéressé au regard de l'article L. 425-9 du même code, fondement de la demande, et a considéré que le requérant ne remplissait pas les conditions posées par cet article. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit et l'absence de base légale de l'arrêté attaqué au regard du 3° de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

6. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par le requérant, le préfet des Alpes-Maritimes s'est notamment fondé sur l'avis rendu le 9 avril 2024 par le collège de médecins de l'OFII, aux termes duquel selon les indications du requérant, il est précisé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Par ailleurs, la seule production de certificats médicaux généraux et d'un article de " IRD le Mag " mis à jour le 21 février 2019, ne suffit pas à établir que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, traitement dont il ne fournit d'ailleurs aucune précision dans ses écritures. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ().

8. En l'espèce, M. C soutient qu'il a fui le Cameroun en 2017 qu'il réside en France depuis avec sa femme et qu'ils ont eu un enfant né le 29 décembre 2023, qu'ils sont demandeurs d'asile. Toutefois, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché l'arrêté litigieux d'une erreur manifeste d'appréciation et par suite, le moyen formulé à ce titre doit être écarté.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Dès lors que l'arrêté attaqué se borne à refuser un titre de séjour en qualité de malade au requérant sans l'obliger à quitter le territoire ni fixer de pays de destination, ce moyen est inopérant.

12. En huitième lieu, si le requérant soulève la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions sont relatives aux obligations de quitter le territoire or ainsi qu'il a été indiqué, l'arrêté attaqué ne comporte pas une telle décision. Le moyen doit par suite, être écarté comme étant inopérant.

13. En neuvième lieu, si le conseil du requérant soutient lors de l'audience que l'avis de l'OFII serait irrégulier, ce moyen soulevé à l'oral et postérieurement à la clôture d'instruction est irrecevable.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. C, à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Sorin, présidente,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2025.

La présidente-rapporteure, L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

G. Sorin L. Raison

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

2405947

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