mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2405969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat Mme RAISON |
| Avocat requérant | SEMPERE FLORIAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 et 30 octobre 2024 sous le n° 2405969, M. C E, représenté par Me Sempere, demande au tribunal dans le dernier état de ses observations orales :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de son transfert aux autorités croates ;
3°) d'enjoindre le préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer, dans un délai de soixante douze heures, une attestation de demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme 1 000 euros en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision contestée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de signature de la demande de prise en charge aux autorités croates ;
- a été prise en méconnaissance du droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement n°604/2013/UE du 26 juin 2013 ;
- a été prise en méconnaissance des garanties attachées au droit à l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement n°604/2013/UE du 26 juin 2013 ;
- porte une atteinte grave et illégale à son droit de solliciter une protection internationale ;
- méconnait les stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- a été prise en méconnaissance des garanties attachées au droit à l'entretien individuel prévu à l'article 17 du règlement n°604/2013/UE du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2024 à 12.55, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête pour être infondée.
II. Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, sous le n° 2405985, M. C E, représenté par Me Sempere, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de son maintien en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre le préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer sa demande de protection internationale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile prévue à l'article L.521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision contestée :
- a été prise aux termes d'une procédure irrégulière en l'absence de signature de l'arrêté de transfert aux autorités croates ;
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.751-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L.741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre à 14.02, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Raison, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 octobre 2024 à 15 heures :
- le rapport de Mme Raison, magistrate désignée, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 26 octobre 2024 ordonnant le maintien en centre de rétention administrative de M. E ;
- les observations de Me Sempere, avocat du requérant ;
- et celles de M. E, assisté de Mme A, interprète en langue russe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant kazakhe né le 12 novembre 1976 à Alma Ata, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile en France le 23 octobre 2024. Après consultation du fichier Eurodac, le préfet des Alpes-Maritimes, estimant que la France n'était pas responsable de sa demande d'asile, a saisi les autorités croates d'une demande de prise en charge le 11 octobre 2024, lesquelles ont donné leur accord par décision implicite du 26 octobre 2024. Le 26 octobre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a pris à l'encontre de l'intéressé un arrêté portant transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de son maintien en rétention administrative. Aux termes des présentes requêtes, M. E demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2405969 et 2405985 de M. E concernent la situation d'un même étranger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Le requérant demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté ordonnant le maintien en centre de rétention administrative :
5. Aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut placer en rétention, pour une durée de quatre jours, l'étranger qui se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 731-1 lorsqu'il ne présente pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 742-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le maintien en rétention au-delà de quatre jours à compter de la notification de la décision de placement initiale peut être autorisé, dans les conditions prévues au présent titre, par le magistrat du siège du tribunal judiciaire saisi à cette fin par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 741-10 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le magistrat du siège du tribunal judiciaire, dans un délai de quatre jours à compter de sa notification / () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu confier le contrôle de la mesure de placement en rétention administrative au magistrat du siège du tribunal judiciaire désigné à cet effet. Dès lors, les conclusions de M. E tendant à l'annulation de l'arrêté par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a placé en centre de rétention administrative échappent à la compétence de la juridiction administrative. Elles ne peuvent, par suite, qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté ayant ordonné son transfert :
7. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 26 octobre 2024 a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par M. B D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour à la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté n°2024-936 du 9 septembre 2024, accessible tant au juge qu'aux parties, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°209-2024 de la préfecture des Alpes-Maritimes, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes notamment les décisions de transfert relevant des accords de Dublin, parmi lesquelles figurent la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L.572-1 à L.572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. E, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre la décision litigieuse. En particulier, l'arrêté mentionne que le requérant a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire et s'y être maintenu, qu'il ne démontre pas disposer de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables en France, qu'il a fait l'objet d'une comparaison d'empreintes à la suite de son interpellation le 7 octobre 2024 qui ont révélé qu'il a transité par la Croatie, saisie d'une demande de reprise en charge. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Au regard de ces éléments, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent donc être écartés.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".
10. Il résulte des dispositions précitées que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
11. Il ressort des pièces du dossier que la remise au requérant, avec assistance d'un interprète en langue russe, d'une information selon laquelle sa demande, placée en procédure Dublin III, serait traitée par les autorités françaises uniquement dans l'hypothèse où les demandes de reprise en charge transmises sont refusées, dès lors qu'il a déjà été identifié en qualité de demandeur d'asile par les autorités bulgares le 19 octobre 2023, par les autorités croates le 30 avril 2024, par les autorités slovènes le 10 mai 2024, correspondant à l'information prescrite à l'article 4 précité du règlement n° 604/2013, a été réalisée le 21 octobre 2024, dans les locaux de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / () ". Il résulte de ces dispositions que les autorités de l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable de la demande d'asile doivent, afin de faciliter cette détermination et de veiller à ce que l'intéressé ait bien reçu et correctement compris les informations prévues par l'article 4 du même règlement, mener un entretien individuel avec le demandeur d'asile. Cet entretien a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert soit prise en application du 1 de l'article 26 de ce règlement. L'entretien se déroule dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer, au besoin par le recours à un interprète. Cet article prévoit en outre que l'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité, qu'il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national, et qu'il en est dressé un résumé, qui peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type, lequel contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien et auquel l'intéressé et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui le représente doivent pouvoir accéder en temps utile.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. E a bénéficié d'un entretien individuel, le 21 octobre 2024, qui a été effectué par un agent préfectoral, au cours duquel il a été informé que les autorités auprès desquelles il avait déjà effectué des demandes d'asile allaient être saisies en application du règlement Dublin. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 doit être écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".
15. La seule circonstance que le requérant serait vulnérable, en raison de problèmes de santé d'origine cardiaque, ne saurait suffire à établir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application de la clause dite " discrétionnaire " de l'article 17 précité du règlement du 26 juin 2013. Par ailleurs, les allégations du requérant selon lesquelles son ex-femme et ses enfants résident sur le territoire français ne sont, quant à elles, assorties d'aucune précision de sa part, autre que celles présentes dans l'arrêté d'expulsion en date du 2 octobre 2020 dont il résulte que le requérant n'exerce plus d'autorité parentale sur ses six enfants, et que le service en charge d'une mesure éducative les concernant relève que M. E continue de " terroriser l'ensemble de la famille " et de les menacer par l'intermédiaire d'individus.
16. En sixième lieu, les extraits de rapports du Comité de prévention de la torture, d'Amnesty International et l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés sur les mauvais traitements que des demandeurs d'asile ont pu subir en Croatie, en particulier à la frontière avec la Bosnie-Herzégovine, ne sauraient suffire à établir, en l'absence de toute précision circonstanciée sur ce qu'a été le propre parcours de M. E dans ce pays, la réalité de risques de traitements inhumains et dégradants, au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il encourrait lui-même en qualité de demandeur d'asile remis aux autorités croates en exécution du règlement du 26 juin 2013.
17. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. D'une part, si le requérant soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants s'il venait à être renvoyé au Kazakhstan, l'arrêté contesté n'a ni pour effet, ni pour objet de le renvoyer vers son pays d'origine. D'autre part, ce dernier ne démontre pas qu'il serait exposé en Croatie à de tels traitements, pas plus que sa demande d'asile n'y serait pas régulièrement examinée et qu'il serait renvoyé vers son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et dès lors ne peut être qu'écarté.
19. En huitième lieu, M. E, qui n'a pas été empêché, avant son placement en rétention, de demander l'asile, s'il le souhaitait, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire porterait une atteinte grave et illégale à son droit de solliciter une protection internationale. Au demeurant, ce dernier a présenté une demande d'asile postérieurement à la décision attaquée, alors qu'il était en rétention.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le tribunal administratif est incompétent pour connaitre des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant maintien en rétention administrative de M. E.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 30 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
L. RAISONLa greffière,
signé
V. LABEAU
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2 - 2405985
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026