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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406018

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406018

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme RAISON
Avocat requérantCHAMKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Chamkhi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 notifié le 28 octobre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et ne résulte pas d'un examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024 à 14:33, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Raison, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 octobre 2024 à 15:00 :

- le rapport de Mme Raison, magistrate désignée ;

- les observations de Me Chamkhi, avocate du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant italien né le 13 janvier 1993 à Milan, a déclaré être entré en France en 2000 et n'avoir pas quitté le territoire depuis lors. Il a fait l'objet d'un arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B D, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture du Var, qui disposait, aux termes de l'arrêté n° 2024/14/MCI du 12 avril 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du préfet, tous actes, décisions, recours notamment en matière de police des étrangers, comprenant l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, sur lesquelles le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai. En particulier, il précise que le requérant est entré en France à une date indéterminée sans être en possession des documents et visa exigés à l'article R. 221-1 et R. 221-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a été condamné le 3 mai 2024 par le tribunal correctionnel de Toulon pour des faits de violence sur conjoint avec incapacité de travail inférieure à huit jours en présence d'un mineur commis en l'état de récidive légale, et a été incarcéré pour ces faits. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision contestée et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français / () ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

5. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il dispose d'un droit au séjour permanent en application des dispositions précitées de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant cinq années au sens des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne produit aucune pièce relative à son logement, ses revenus autre qu'un bail signé le 1er juillet 2024 alors qu'il était en détention, et deux devis non acceptés émis courant 2024 par une société de travaux de maçonnerie qu'il a créée en septembre 2022. En outre, les éléments versés au débat par le requérant sont insuffisants pour démontrer qu'il remplit une des conditions posées par les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à faire valoir qu'il pouvait bénéficier d'un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français faisant obstacle à ce que soit prise à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français. Ce moyen doit alors être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

7. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulon à une peine d'emprisonnement de dix-huit mois dont huit mois avec sursis probatoire de deux ans pour des faits de violence sur conjoint suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en présence d'un mineur commis en l'état de récidive légale. En outre, il est constant que le tribunal correctionnel de Toulon a interdit à l'intéressé d'entrer en contact avec la victime de ces faits pour une durée de deux ans. D'autre part, si le requérant soutient qu'il est entré en France en 2000, les pièces qu'il verse au débat de par leur caractère épars et insuffisamment probant, ne permettent pas de démontrer la réalité de sa résidence en France depuis cette date. A cet égard, l'exercice d'une activité professionnelle dont l'intéressé se prévaut pour en justifier n'est étayé par aucun élément susceptible de permettre d'en vérifier la réalité économique. Enfin, si M. A fait état de ses liens familiaux intenses en France où résident son ex compagne, son enfant, sa mère, sa grand-mère, sa sœur et sa tante, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il est soumis à une mesure d'éloignement judiciaire avec la mère de son enfant, pour s'être rendu coupable de faits de violence à son encontre d'une particulière gravité puisqu'aggravés par la circonstance de la présence de son enfant mineur, commis en l'état de récidive. Dès lors, et tandis que son père réside toujours en Italie d'où il est originaire et où il conserve des liens, le requérant n'établit pas une intégration sociale et culturelle sur le territoire au sens des dispositions susvisées.

9. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances décrites au point précédent et alors que la lutte contre les violences faites aux femmes a été proclamée " grande cause des quinquennats présidentiels 2017-2022 et 2022-2027 " et constitue le premier pilier du plan interministériel pour l'égalité entre les femmes et les hommes pour les années 2023 à 2027, le préfet du Var n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que la présence de M. A qui a manifesté, de manière réitérée, un comportement particulièrement violent en présence de son enfant mineur constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société laquelle a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes une priorité. Par suite, le moyen invoqué en ce sens doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9 de ce jugement, les moyens tirés du caractère disproportionné de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ de départ volontaire :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

13. M. A soutient que le préfet lui a refusé à tort l'octroi d'un délai de départ volontaire, dès lors que les dispositions citées au point précédent, sur lesquelles s'est fondé le préfet, ne l'obligent pas à lui refuser un tel délai. Ce faisant, il ne conteste pas que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, ce dernier ayant été condamné pour des faits de violences aggravées commis en l'état de récidive légale et incarcéré. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement en France et disposer de garanties de représentation suffisantes sur le territoire. Il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente en France dans un local affecté à son habitation principale autre qu'un bail signé pendant sa détention au mois de juillet 2024, ni d'une activité professionnelle stable lui procurant des revenus suffisants. Dans ces conditions, en refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire, le préfet du Var n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Var.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Lu en audience publique le 31 octobre 2024

La magistrate désignée,

signé

L. RAISONLa greffière,

signé

H. DIAW

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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