mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2406084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.COMBOT |
| Avocat requérant | SCP SAIDJI & MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, M. E C, représenté par Me Darmon, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a refusé sa demande d'entrée en France au titre de l'asile et a fixé le pays de destination de son réacheminement ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- il a été pris en méconnaissance du droit à un procès équitable au sens des dispositions de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- il a été pris en méconnaissance du droit à la défense en ce que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a procédé à une visioconférence en méconnaissance des dispositions de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des même dispositions ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.
Le ministre fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Combot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2024 :
- le rapport de M. Combot, magistrat désigné ;
- les observations de Me Darmon, représentant M. E C, qui précise, s'agissant des conclusions, que l'intéressé conteste l'arrêté en tant qu'il refuse l'asile et, s'agissant des moyens, que l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte en tant que la signature est illisible et en tant que la signataire de l'acte est agent contractuel et que le père de M. C bénéficie du statut de réfugié en Inde ;
- et les observations de M. E C, assisté de M. D interprète en langue tamoule, qui précise qu'il ne veut pas retourner au Sri-Lanka.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, qui indique être né le 1er décembre 2002 et être de nationalité sri-lankaise, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a refusé sa demande d'entrée en France au titre de l'asile et a fixé le pays de destination de son réacheminement.
Sur le cadre du litige :
2. Le requérant soutient à l'audience qu'il ne conteste pas l'arrêté litigieux en tant qu'il refuse la demande d'entrée sur le territoire français mais qu'il conteste seulement cet arrêté en tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a refusé l'asile. Toutefois, il est constant que l'arrêté litigieux tant au regard de son objet que de ses visas, porte refus de demande d'entrée au titre de l'asile au sens des dispositions du titre V du livre III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne porte pas refus d'entrée au sens des dispositions du titre III du livre III du même code. Dans ces conditions, bien que le conseil du requérant recherche à entretenir une confusion entre les deux décisions, ce dernier doit, dans le cadre de la présente instance, être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024 par lequel le ministre a refusé sa demande d'entrée en France au titre de l'asile et a fixé le pays de destination de son réacheminement sans que l'examen de l'asile ne fasse l'objet d'une distinction avec la demande d'entrée sur ce fondement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, le requérant soutient que l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente selon trois branches. Premièrement, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort de la décision litigieuse que le prénom, le nom du signataire et sa qualité sont parfaitement lisibles. Cette première branche du moyen manque en fait et doit être écartée. Si le requérant soutient que sa propre signature sur la notification de l'arrêté litigieux ne permet pas d'attester qu'il s'agit bien de sa signature, cette circonstance, à la supposer avérée, est sans incidence sur la compétence du signataire de l'acte. Deuxièmement, l'arrêté litigieux est signé par Mme B A, agente contractuelle placée sous l'autorité de la cheffe de département de la coopération et de la dimension extérieure de l'asile, qui justifie d'une délégation de signature par décision du 12 octobre 2023, publiée au journal officiel de la république du 14 octobre 2023, laquelle a modifié les dispositions du 4° du II de l'article 2 de la décision du 24 août 2020 portant délégation de signature (direction de l'asile) accessible tant au juge qu'aux parties. Il résulte ainsi de la lecture combinée de ces deux décisions que Mme B A dispose d'une délégation à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et pièces comptables, relevant des attributions du département de l'accès à la procédure d'asile. Il s'ensuit que la deuxième branche du moyen doit être écartée. Troisièmement, aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit au ministre de déléguer sa signature à un agent contractuel. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté dans l'ensemble de ses branches.
4. En deuxième lieu, le requérant ne saurait se prévaloir des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, relatif au droit au procès équitable, dès lors que la décision litigieuse ne saurait être regardée comme une décision prise par une juridiction statuant sur une contestation sur ses droits et obligations de caractère civil ou sur le bien-fondé d'une accusation pénale. Le moyen tiré de la violation desdites stipulations doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande à entrer en France au titre de l'asile peut être placé en zone d'attente selon les modalités prévues au titre IV à l'exception de l'article L. 341-1, le temps strictement nécessaire pour vérifier :1° Si l'examen de sa demande relève de la compétence d'un autre Etat en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ; 2° Ou, si sa demande n'est pas irrecevable ; 3° Ou, si sa demande n'est pas manifestement infondée." Aux termes de l'article R. 351-3 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, l'étranger est entendu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon les modalités prévues par les articles R. 531-11 à R. 531-16. () ". Aux termes de l'article R. 531-16 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : / () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ; () ".
6. Si le requérant soutient à l'audience, précisant alors le moyen soulevé dans sa requête, que l'arrêté litigieux méconnait le droit de la défense en ce que l'entretien avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été réalisé par visioconférence en méconnaissance de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne soulève au soutien de ce moyen aucun élément de nature à établir que la visioconférence ne lui a pas permis de faire valoir ses droits. La circonstance que l'arrêté litigieux mentionne la présence du requérant en zone d'attente au port de Nice alors qu'il est constant qu'il est retenu à l'aéroport de Nice est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, l'intéressé étant en tout état de cause placé dans un lieu privatif de liberté permettant le recours à la visioconférence conformément aux dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de la défense doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / 1° L'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par ce règlement avec d'autres Etats ; / 2° La demande d'asile est irrecevable en application de l'article L. 531-32 ; / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. " Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national peut être rejetée lorsque ses déclarations et les documents qu'il produit à leur appui, du fait notamment de leur caractère incohérent, inconsistant ou trop général, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les menaces de persécutions alléguées par l'intéressé au titre du 2° du A de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés.
8. M. C a fait valoir, dans le cadre de son entretien avec un agent de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, que son père a été arrêté par les autorités sri-lankaises en raison de soupçons de participation au parti des tigres de libération de l'Ilam Tamoul et qu'il est lui-même régulièrement arrêtés par les autorités en raison des activités de son père le faisant craindre pour sa sécurité. Il ressort de l'avis de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que le requérant a livré un récit dénué de tout élément crédible, qu'il tient des propos peu étayés concernant l'activité de son père au sein du parti d'opposition du LTTE et concernant les conditions d'arrestation de son père. Cet avis précise, en outre, que le requérant ne fait état d'aucune mesure claire quant aux précautions prises dans son quotidien et qu'il n'a rencontré aucune difficulté pour obtenir son passeport sri-lankais. Enfin, si à l'audience, le requérant fait état du statut de réfugié de son père en Inde, il ne l'établit pas. Par suite, le ministre de l'intérieur a pu légalement estimer que sa demande était manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions citées au point précédent.
9. En cinquième lieu et pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas davantage fondé et doit être écarté.
10. En sixième lieu et pour les mêmes motifs que précédemment exposés, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.
11. En septième et dernier lieu, si le requérant soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux que le ministre aurait pris cette décision au regard de ce critère. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2024. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J. CombotLa greffière,
signé
V. Labeau
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026