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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406113

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406113

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GAZEAU
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Khadraoui-Zgaren, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision déterminant le pays de son renvoi :

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet ne s'est prononcé que sur un seul des quatre critères fixés par la loi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Des pièces, produites par le préfet des Alpes-Maritimes, ont été enregistrées le 14 novembre 2024 à 9h31.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gazeau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 novembre 2024 à 9h43 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Khadraoui-Zgaren, représentant M. A, qui demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et indique en outre que la plainte versée aux débats par le préfet des Alpes-Maritimes en défense n'a donné lieu à aucune poursuite,

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Entré sur le territoire français en juin 2018 muni d'un visa de type C, M. A, ressortissant tunisien né le 22 septembre 1989, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 25 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaqués tiré de l'insuffisance de motivation :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

4. L'arrêté contesté vise, notamment, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et fait notamment état de ce que M. A n'a pas cherché à régulariser sa situation en France depuis l'expiration de son autorisation provisoire de séjour le 5 juin 2021, qu'il est divorcé avec charge de famille, que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, stables et intenses comparativement à ses attaches dans son pays d'origine et que s'il déclare venir en France pour travailler il n'en justifie pas. L'arrêté mentionne en outre que l'intéressé s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement édictées à son encontre par le préfet des Alpes-Maritimes les 7 novembre 2018 et 20 décembre 2021, dont la légalité avait été confirmée par le juge administratif, et présente ainsi un risque de fuite. Enfin, l'acte litigieux indique que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine et qu'il a été placé en garde à vue pour des faits de vol, violences volontaires, infraction à la législation des étrangers et tentative de vol le 24 octobre 2024. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A alors, qu'en outre, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'arrêté attaqué fait état d'éléments de fait propres à sa situation personnelle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de M. A doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

7. En faisant valoir qu'il justifie d'une entrée régulière sur le territoire, d'un passeport en cours de validité et d'une adresse fixe, le requérant doit être regardé comme ayant entendu soulever le moyen tiré des erreurs de fait qu'aurait commis le préfet en prenant la mesure en litige. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il est établi que le requérant est entré régulièrement sur le territoire national en 2018 avec un passeport muni d'un visa de type C, il n'est pas contesté qu'il s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de l'autorisation provisoire de séjour dont il avait été muni sans en avoir sollicité son renouvellement. Par suite, à supposer même que l'arrêté en litige soit entaché d'une erreur de fait quant à la régularité de l'entrée de l'intéressé sur le territoire français, cette erreur est en l'espèce sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet sur l'obligation de M. A à quitter le territoire français. En outre, la circonstance qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes est sans incidence sur la légalité de la mesure portant obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré des erreurs de fait entachant la décision contestée doit être écarté.

8. En troisième lieu, l'arrêté en litige n'ayant pas pour objet de refuser la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé, M. A ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France muni d'un visa de type C le 8 juin 2018, accompagné de son fils né en 2013, lequel n'a plus de lien avec sa mère, restée en Tunisie et qui a renoncé à ses droits parentaux. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour dont la durée de validité expirait le 4 juin 2021, M. A s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. S'il soutient disposer de nombreuses attaches personnelles en France, il n'en justifie pas par les pièces produites. De même, s'il indique exercer une activité professionnelle en qualité de maçon en France, les trois bulletins de paye produits aux débats ne suffisent pas à l'établir. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le fils du requérant présente un lourd handicap et qu'il bénéficie d'une mesure d'assistance éducative ordonnée par le tribunal pour enfants de B consistant en son placement chez Mme D, désignée tiers digne de confiance, avec droit de visite et d'hébergement le week-end au bénéfice du requérant. Il ressort également des pièces du dossier que par ordonnance du tribunal pour enfants du 27 mai 2024, le tribunal a autorisé Mme D à exercer provisoirement seule les attributs de l'autorité parentale de la mère sur l'enfant du requérant. Dans ces conditions, dès lors que la mesure litigieuse n'a pas pour effet de remettre en cause la mesure d'assistance éducative ordonnée au profit de son fils, placé chez un tiers bénéficiaire d'une délégation partielle de l'autorité parentale, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée que porterait la décision attaquée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise dans l'appréciation des conséquences de la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision déterminant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 du présent jugement que M. A n'établit pas l'existence de liens privés et familiaux suffisamment intenses et stables sur le territoire français. Par suite, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de l'autorisation provisoire de séjour dont il avait été muni sans en avoir sollicité son renouvellement. Il ressort également des pièces du dossier qu'il s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement prises le 7 novembre 2018 et le 20 décembre 2021, et qu'il a explicitement déclaré lors de son audition par les services de police son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement prononcée par l'arrêté en litige. En raison du risque de soustraction qui résulte de ces trois circonstances, à supposer que le requérant justifierait de garanties de représentation suffisantes et quand bien même sa présence ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions précitées et c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a pu refuser au requérant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision l'interdisant de retour pour une durée de deux ans :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

17. Ainsi qu'il a été dit, le fils de M. A, atteint d'un lourd handicap, fait l'objet d'un placement auprès d'un tiers de confiance désigné par le tribunal pour enfants de B, qui bénéficie par ailleurs d'une délégation partielle de l'autorité parentale. Par cette décision actuellement en vigueur, le tribunal pour enfants a accordé au requérant un droit de visite et d'hébergement le week-end pour son fils. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes, en lui interdisant de retourner sur le territoire national pour une durée de deux ans, le privant ainsi de la possibilité d'approfondir les liens affectifs tissés avec son fils, a commis une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, M. A a est fondé à soutenir que l'interdiction de retour est entachée d'illégalité et doit être annulée pour ce motif.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 25 octobre 2024 doit être annulé seulement en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. L'exécution du présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de ce signalement à compter de la date de notification de la présente décision.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 en mettant une somme à la charge de l'État sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 25 octobre 2024 est annulé en tant qu'il interdit de retour M. A sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de supprimer sans délai le signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen à compter la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Khadraoui-Zgaren et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

D. GazeauLa greffière,

signé

A. Bahmed

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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