mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2406126 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat M.COMBOT |
| Avocat requérant | GRENAILLE QUENTIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 novembre 2024, M. B C, représenté par Me Grenaille, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) avant dire droit, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de communiquer son dossier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission du système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'un défaut de base légale en ce que l'arrêté pris sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile porte en réalité prolongation d'une interdiction de retour sur le territoire français qui relève de l'article L. 612-11 du même code ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français de trois ans est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Serfaty-Venutti-Camacho-Cordier, conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Combot, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 novembre 2024 :
- le rapport de M. Combot, magistrat désigné qui informe les parties que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur une substitution de base légale dès lors que le fondement de la décision, qui porte en réalité prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français dont le requérant a précédemment fait l'objet, est susceptible d'être fondée sur les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu des articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code ;
- les observations de Me Grenaille, représentant M. C, qui renonce à ses conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et qui renonce au moyen tiré du défaut de base légale ;
- et les observations de M. C, assisté de Mme A interprète en langue arabe, qui précise ne pas avoir d'observation à formuler.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, né le 30 décembre 1993 et de nationalité algérienne, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans.
Sur la demande de communication du dossier de M. C :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".
3. Le préfet des Alpes-Maritimes ayant produit, le 6 novembre 2024, préalablement à la tenue de l'audience, les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-11 de ce même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
5. En l'espèce, pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire de trois ans à l'encontre de M. C, le préfet des Alpes-Maritimes a constaté, d'une part, que le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par un précédent arrêté du 2 septembre 2024 lequel prononçait déjà une interdiction de retour sur le territoire français d'un an à son encontre, de sorte que la nouvelle décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français prise par l'arrêté du 3 novembre 2024 doit être regardée comme une décision de prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français initialement prononcée, et, d'autre part, qu'il constitue une menace pour l'ordre public en raison de son placement en garde à vue pour apologie du terrorisme et menace de commettre un crime. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si M. C a effectivement été entendu pour les faits précédemment cités, il ressort des procès-verbaux de la procédure policière que l'intéressé n'a pas été poursuivi par le procureur de la République et l'affaire classée sans suite, de sorte que les faits qui lui sont reprochés doivent être regardés comme insuffisamment établis. Dans ces conditions et eu égard aux circonstances de l'espèce, l'intéressé faisant déjà l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an laquelle demeure applicable, le préfet des Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions citées au point précédent en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français de trois années.
6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2024 en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ". Et aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".
8. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision, nonobstant la précédente décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par l'arrêté du 2 septembre 2024 qui demeure dans l'ordonnancement juridique. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de prendre sans délai toute mesure propre à l'effacement du signalement de M. C dans le système d'information Schengen prévu par l'arrêté du 3 novembre 2024.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet des Alpes-Maritimes du 3 novembre 2024 prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de prendre sans délai toute mesure propre à l'effacement du signalement de M. C dans le système d'information Schengen prévu par l'arrêté du 3 novembre 2024.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Nice.
Lu en audience publique le 6 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J. CombotLa greffière,
signé
M-C. Masse
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026