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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406176

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406176

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 novembre 2024, 11 novembre 2024 et 24 novembre 2024, Mme C D, représentée par Me Lestrade, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné sa remise aux autorités grecques et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile.

La requérante soutient que :

En ce qui concerne la décision ordonnant sa remise aux autorités grecques :

- ladite décision est entachée d'un vice de compétence faute pour le préfet des Alpes-Maritimes de justifier d'une délégation de signature régulière au profit du signataire de l'arrêté litigieux du 6 novembre 2024 ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation et d'une erreur de fait dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas pris en considération la demande d'asile qu'elle a formulée le 1er novembre 2024 ;

- elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des articles 3, 13 et15 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dit " B A " ;

- et elle porte atteinte à son droit d'asile constitutionnellement garanti ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- ladite décision est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle ne pouvait être prononcée à son encontre dès lors qu'elle n'est pas entrée sur le territoire national ;

- elle n'est pas fondée au regard des dispositions des articles L. 622-1 à L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et elle porte atteinte à son droit d'asile constitutionnellement garanti.

L'instruction a été automatiquement clôturée trois jours francs avant la date d'audience, en application de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Le préfet des Alpes-Maritimes a produit un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 :

- le rapport de M. Holzer,

- et les observations de Me Lestrade, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par sa requête, Mme D, ressortissante libanaise née 18 mars 1970, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné sa remise aux autorités grecques et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 621-2 de ce même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 621-3 du même code : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'alors que Mme D a été placée en zone d'attente à l'aéroport de Nice Côte d'Azur après avoir présenté aux autorités de police un passeport australien déclaré comme volé ou perdu le 11 novembre 2024 à 11h00 heures, cette dernière a formulé, le même jour à 12h10, une demande d'asile, tel que cela ressort notamment de la demande de première prolongation en zone d'attente adressée au juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Nice et du procès-verbal d'audition de cette dernière datant tous deux également du 11 novembre 2024. Il est constant que l'arrêté litigieux du 6 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a notamment ordonné la remise de la requérante aux autorités grecques ne mentionne pas l'existence d'une telle demande d'asile. Dans ces conditions, et compte tenu des incidences d'une telle demande qui n'a pas été prise en compte par le préfet des Alpes-Maritimes, en particulier afin de déterminer le choix de la procédure d'éloignement envisagée à l'égard de la requérante, cette dernière est fondée à soutenir que la décision attaquée portant remise aux autorités grecques est entachée d'un défaut d'examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle.

4. Il résulte alors de ce qui précède que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné sa remise aux autorités grecques ainsi que, par voie de conséquence, de la décision par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens contenus dans la requête présentée par Mme D, l'arrêté litigieux du 6 novembre 2024 doit être annulé dans son ensemble.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation prononcée par le présent jugement de la mesure ordonnant la remise de Mme D aux autorités grecques et de la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français n'implique pas qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes d'enregistrer la demande d'asile formulée par cette dernière, à supposer au demeurant qu'une telle demande n'ait pas déjà été enregistrée, ni qu'il lui délivre une attestation de demande d'asile. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a ordonné la remise aux autorités grecques de Mme D et a prononcé à l'encontre de cette dernière une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Holzer, premier conseiller,

Mme Cueilleron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. Holzer

Le président,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La greffière,

signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

N°2406176

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