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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406290

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406290

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406290
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'avis défavorable à la titularisation et de l'arrêté de licenciement de Mme B, maître de conférences stagiaire à l'Université Côte d'Azur. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, dès lors que Mme B, fonctionnaire titulaire dans son corps d'origine (professeur agrégée), avait été réintégrée et ne se trouvait pas dépourvue de ressources. Par conséquent, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 14 novembre et 2 décembre 2024, Mme A B, représentée par Me Padovani, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la légalité de son licenciement :

- la suspension de l'exécution de l'avis conforme défavorable à sa titularisation en tant que maître de conférences, rendu le 17 septembre 2024 par le conseil d'administration de l'Université Côte d'Azur siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs ;

- la suspension de l'exécution de l'arrêté du 14 octobre 2024 pris sur avis conforme pour le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, par la sous-directrice du pilotage du recrutement et de la gestion, mettant fin à son stage de maître de conférences stagiaire à l'Université Côte d'Azur et prononçant son licenciement au 25 septembre 2024 ;

2°) d'enjoindre au président de l'Université Côte d'Azur de la maintenir en fonction, en qualité de maître de conférences stagiaire et de procéder en conséquence, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la légalité de son licenciement, à sa réintégration dans ses fonctions à l'université en qualité de stagiaire pour une durée d'un an.

Elle soutient que :

1°) s'agissant de la condition d'urgence, celle-ci est caractérisée, la requérante se retrouvant sans ressources ; à tout le moins, elle perd au moins un tiers de ses ressources ;

2°) s'agissant de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- en méconnaissance de l'article 65 modifié de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 19051, le principe du contradictoire a été méconnu, la requérante n'ayant pas eu accès à son dossier ni n'ayant pu discuter contradictoirement des éléments à charge ;

- la décision de licenciement n'est pas motivée en termes d'insuffisance professionnelle ;

- les griefs qui lui sont faits dans l'avis du conseil académique restreint du 19 juillet 2024 diffèrent de ceux mentionnés dans l'avis rendu le 17 septembre 2024 par le conseil d'administration de l'Université Côte d'Azur siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste ;

- l'Université n'a mis en œuvre aucune disposition de nature à prévenir tout grief.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, l'Université Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie, Mme B, fonctionnaire détachée, professeur agrégée relevant de l'académie de Créteil étant de plein droit réintégrée dans son corps d'origine depuis septembre ;

- à titre subsidiaire, sur le fond, il n'existe aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité du licenciement de Mme B motivé par son comportement incompatible avec les fonctions de maître de conférences des universités, et la procédure qui a abouti à son licenciement n'est entachée d'aucune irrégularité.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2024, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie, Mme B ayant été réintégrée dans son corps d'origine depuis le 25 septembre 2024, et n'est donc pas dépourvue de ressources ;

- à titre subsidiaire, sur le fond, il n'existe aucun moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité du licenciement de Mme B motivé par des comportements inadaptés et une incapacité à s'inscrire dans un collectif de travail, et la procédure qui a abouti à son licenciement n'est entachée d'aucune irrégularité.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le numéro 2406286 par laquelle la requérante demande l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Taormina, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 3 décembre 2024 :

- le rapport de M. Taormina, vice-président ;

- et les observations de Me Dudognon substituant Me Padovani, représentant Mme B, et de Mme C pour l'Université Côte d'Azur, le ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Il résulte de l'instruction, que Mme B, professeur agrégée de classe normale, fonctionnaire titulaire relevant de l'académie de Créteil, a d'abord été employée par l'Université Côte d'Azur en qualité d'attachée temporaire d'enseignement et de recherche durant les années universitaires 2021-2022 et 2022-2023, après son détachements par arrêté ministériel du 16 août 2021, à compter du 1er septembre 2021 jusqu'au 31 août 2022, son contrat ayant, à ce titre, été renouvelé par arrêté ministériel du 22 août 2022, avant qu'elle ne soit nommée au 1er septembre 2023, maître de conférences stagiaire pour l'année 2023-2024. Du fait de son licenciement consécutif à sa non-titularisation dans le corps à l'issue de sa période de stage, elle a été réintégrée de plein droit dans son corps d'origine, le rectorat de l'académie de Créteil (courrier du 21 novembre 2024) l'ayant déjà réintégrée au sein de ses effectifs à compter du 26 septembre 2024 dans le cadre d'une suppléance au collège René Cassin de Noisy-le-sec et n'est donc pas privée d'emploi. En outre, Mme B a également passé sous silence dans sa requête, qu'elle avait été placée en congé de maladie ordinaire du 1er novembre au 31 décembre 2024, percevant donc actuellement de l'Etat, son traitement de professeur agrégée relevant de l'académie de Créteil. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L.521-1 du code de justice administrative que l'intéressée prétend établie par le fait qu'elle serait actuellement privée d'emploi et de tout revenu, doit être regardée comme non établie.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, au ministre de l'enseignement et de la recherche et à l'Université Côte d'Azur.

Fait à Nice, le 03 décembre 2024.

La juge des référés,

Signé

G. Taormina

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière.

1 " Tous les militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté ".

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2406290

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