lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2406310 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024 et des mémoires, enregistrés les 18 et 29 novembre 2024, Mme C B née E et M. A B demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande de placement auprès de leur fille D, née le 13 mai 2015, scolarisé en CM1 à l'école Regina Coeli à Nice, un accompagnant d'élève en situation de handicap dans les conditions prescrites par la CDAPH des Alpes-Maritimes dans sa décision du 26 septembre 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes de désigner un accompagnant individuel des élèves en situation de handicap (AESH), sous astreinte de 500 € par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- La condition d'urgence est remplie au sens de l'article L.521-1 du code de justice administrative dès lors que leur enfant est en grande difficulté scolaire ;
- La décision implicite attaquée est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité du fait de la méconnaissance du principe constitutionnel du droit à l'éducation de leur fille ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.
La rectrice soutient que :
- La requête est irrecevable faute de décision préalable ;
- La condition d'urgence n'est pas vérifiée dès lors que la fille des requérants bénéficie d'un AESH à raison de douze heures par semaine ; la situation perdurant depuis le 26 septembre 2023, les requérants ne peuvent se prévaloir d'aucune urgence.
- La décision contestée n'est entachée d'aucun doute sérieux quant à sa légalité.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le sous le numéro 246309 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Soli pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 19 décembre 2023 :
- le rapport de M. Soli, vice-président, juge des référés ;
- et les observations de Mme B, la rectrice de l'académie de Nice n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative de suspendre, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond, l'exécution de la décision implicite par laquelle la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes a rejeté leur demande de placement auprès de leur fille D, née le 13 mai 2015, scolarisé en CM1 à l'école Regina Coeli à Nice, un accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) et d'enjoindre à la direction des services départementaux de l'éducation nationale des Alpes Maritimes de désigner un AESH dans les conditions prévues par la commission départementale des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), sous astreinte de 500 € par jour de retard.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par l'administration :
2. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont adressé des messages électroniques à l'administration à l'adresse " ien-06.ash@ac-nice.fr " notamment un message daté du 10 septembre 2024 comportant en pièce jointe un courrier intitulé " mise en demeure " concernant l'attribution d'un AESH à l'enfant D. Il s'ensuit, alors que par ailleurs les requérants ont adressé plusieurs demandes à l'administration depuis plusieurs mois, que la fin de non-recevoir soulevée en défense et tenant à l'absence de décision préalable faute de demande préalable doit être rejetée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (). ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire (). ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.
4. S'agissant de l'urgence à statuer, il résulte de l'instruction que pour garantir le bon déroulement de la scolarisation de l'enfant D, l'aide d'un accompagnant d'élève en situation de handicap lui a été attribuée pour la période du 26 septembre 2023 au 21 juillet 2025 par une décision de la CDAPH de la MDPH des Alpes-Maritimes en date 26 septembre 2023 à raison de 24 heures hebdomadaires. A la date à laquelle il est statué, malgré la sollicitation de ses parents pour que soit désigné un tel accompagnant, l'enfant ne bénéficie pas effectivement de cette aide. La circonstance que l'enfant disposerait d'un AESH à raison de douze heures par semaines est insuffisante pour permettre sa scolarisation dans des conditions satisfaisantes. Les requérants, qui produisent des éléments circonstanciés sur les difficultés scolaires que rencontre leur fille et sur les risques d'une déscolarisation à brève échéance si elle n'obtient l'aide humaine prescrite par la CDAPH, justifient de l'existence d'une situation d'urgence et la fin de non-recevoir opposée par la rectrice d'académie pour défaut d'urgence, tiré de l'aide partielle existante doit être écartée.
5. Sur l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée, aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale, d'exercer sa citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 112-1 de ce code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes en situation de handicap () ". Aux termes de l'article L. 351-3 du même code : " Lorsque la commission mentionnée à l'article L. 146-9 du code de l'action sociale et des familles constate que la scolarisation d'un enfant dans une classe de l'enseignement public ou d'un établissement mentionné à l'article L. 442-1 du présent code requiert une aide individuelle dont elle détermine la quotité horaire, cette aide peut notamment être apportée par un accompagnant des élèves en situation de handicap recruté conformément aux modalités définies à l'article L. 917-1 () ".
6. Il incombe à l'Etat, au titre de sa mission d'organisation générale du service public de l'éducation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que le droit à l'éducation et l'obligation scolaire aient un caractère effectif, pour les enfants handicapés à égalité avec les autres enfants. Le moyen tiré de la carence de l'Etat dans l'exécution de cette mission, s'agissant de l'enfant D B, est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. La rectrice de l'académie de Nice ne saurait faire valoir utilement les difficultés de recrutement d'AESH pour un volume horaire hebdomadaire de 24 heures.
7. Il y a lieu, par suite, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet nécessairement opposée à la demande des requérants par l'Education nationale, suspension qui implique nécessairement qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de désigner un accompagnant des élèves en situation de handicap pour assister l'enfant D B, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration dudit délai de quinze jours imparti à l'administration.
8. Les requérants, qui ne justifient pas avoir exposé de frais pour les besoins de l'instance en cause, ne sont pas fondés à demander le versement d'une somme au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Par suite, leurs conclusions présentées sur ce fondement doivent être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle l'administration a implicitement rejeté la demande de Mme C B née E et M. A B tendant à la mise à disposition de leur fille D B, élève de CM1 de l'école Regina Coeli à Nice, d'un accompagnant des élèves en situation de handicap pour un volume horaire de 24 heures hebdomadaires est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de désigner un accompagnant des élèves en situation de handicap au bénéfice de l'enfant D B dans les conditions prescrites par la CDAPH des Alpes-Maritimes dans sa décision du 26 septembre 2023, dans les quinze jours suivant la notification de la présente ordonnance et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours imparti à l'administration.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B née E et M. A B et au ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Nice.
Fait à Nice le 2 décembre 2024.
Le juge des référés,
signé
P. Soli
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,
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