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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406535

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406535

vendredi 28 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme SORIN
Avocat requérantGASCARD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné le recours de Mme D... contre la décision de la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes du 24 septembre 2024, qui rejetait sa demande de logement prioritaire et urgente. La requérante invoquait l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation et une erreur d'appréciation. Le tribunal, statuant en excès de pouvoir, a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision attaquée était légale au regard des dispositions du code de la construction et de l'habitation, notamment les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 novembre 2024 et le 7 novembre 2025, Mme C... D..., représentée par Me Gascard, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision de la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes du 24 septembre 2024 rejetant son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d’enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable de réexaminer son recours amiable ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation et d’une violation de la loi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sorin, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sorin, magistrate désignée ;
- et les observations de Mme B..., représentant la Préfecture des Alpes-Maritimes.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :
Mme C... a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes un recours amiable le 5 juillet 2024, en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement, en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 24 septembre 2024. Mme C... demande l’annulation de cette décision et à ce qu’il soit enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation.
Sur le cadre juridique applicable :
Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes d’une personne tendant à être déclarée prioritaire et devant être logée d’urgence relèvent du contentieux de l’excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu’il est saisi d’un recours formé à l’encontre d’une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l’accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l’État selon les dispositions de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, d’apprécier l’urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.
En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 300- 1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en oeuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. /Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ». Aux termes de l’article L. 441-2-3 du même code : « II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement (…) hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent (…) ».
En second lieu, aux termes de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; (…) -être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; / -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; (…) -être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. ».
Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d’urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu’il se trouve dans une des situations prévues au II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et qu’il satisfait à un des critères définis à l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s’il se trouve dans l’une des situations envisagées à l’article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu’à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu’il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l’excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu’il n’avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu’à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l’une des situations lui permettant d’être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
Pour rejeter la demande de logement présentée par Mme C..., la commission de médiation du droit au logement opposable des Alpes-Maritimes a estimé, nonobstant l’existence d’un jugement d’expulsion, que Mme C... occupait un logement adapté à sa composition familiale et qu’en tant que colocataire officieuse s’étant engagée à payer un loyer, l’expulsion de ce logement résultait de son propre choix de ne plus payer les loyers à sa charge et de s’être opposé à des interventions visant à résoudre les désordres du logement.
En premier lieu, le mandat de M. E... A..., signataire de la décision attaquée, a été renouvelé en tant que président de la commission de médiation des Alpes-Maritimes pour une durée de trois ans renouvelable par un arrêté préfectoral n° 2024-348 du 8 mars 2024 portant renouvellement du mandat du président de la commission de médiation du département des Alpes-Maritimes régulièrement publié au recueil des actes administratifs.
En deuxième lieu, d’une part, la décision litigieuse vise les dispositions des articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l’habitation et d’autre part, la commission justifie son rejet par l’absence de bonne foi de la requérante et par la superficie suffisante de son logement au regard du nombre de ses occupants. Ainsi, cette décision, qui comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée en droit et en fait.
En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision, Mme C... justifiait d’un jugement d’expulsion de son logement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que d’une part, cette expulsion résulte d’une absence volontaire du paiement des loyers par le locataire et d’autre part, que cette décision était un choix partagé entre le locataire officiel du logement et Mme C.... Dans ces conditions, Mme C... s’étant délibérément mise dans cette situation, elle ne peut être regardée comme étant de bonne foi et n’est pas fondée à demander l’annulation de la décision litigieuse du 24 septembre 2024.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... C... et au ministre de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 28 novembre 2025.


La magistrate désignée,

La greffière,



Signé

signé

G. Sorin

E. Shehu


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,





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