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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406561

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406561

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMIMOUNA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a examiné la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 24 octobre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le requérant invoquait notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, un défaut de motivation et la méconnaissance des articles L. 435-1, L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que l'arrêté était suffisamment motivé, que la délégation de signature était régulière et que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressé. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité des décisions préfectorales fondées sur les dispositions du CESEDA.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Mimouna, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être reconduit d'office passé ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement contre la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente, en l'absence d'une délégation de signature régulière et publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tant dans la mesure où le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas saisi la commission du titre de séjour, que dans la mesure où il justifie de motifs exceptionnels ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- cette décision a été prise par une autorité incompétente, en l'absence d'une délégation de signature régulière et publiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 27 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juin 2025 :

- le rapport de M. Garcia, rapporteur,

- et les observations de Me Mimouna, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 9 février 1985, expose avoir sollicité le 13 mai 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, par un arrêté du 24 octobre 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être reconduit d'office passé ce délai.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 27 février 2025. Par suite, les conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-936 du 9 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 209.2024 du même jour, le préfet des Alpes-Maritimes a donné à Mme C D, directrice adjointe de la réglementation, de l'intégration et des migrations, délégation à l'effet de signer les refus de séjour, ainsi que les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et ne peut qu'être écarté comme tel.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances propres à la situation de M. B sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays de destination. Par suite, cet arrêté comprend l'indication des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B serait entré sur le territoire français selon ses déclarations courant 2011, ce qu'il n'établit que partiellement au moyen d'un bail d'habitation conclu en novembre 2011 pour une durée d'un an. En revanche l'intéressé ne démontre pas résider de façon stable et habituelle depuis cette date, dans la mesure où les preuves de présence sur les années ultérieures sont insuffisantes, certaines se limitant à la production d'ordonnances médicales, de feuilles de soins ou de courriers du conseiller bancaire du requérant, et en tout état de cause néant s'agissant de l'année 2015. Il n'est pas contesté que M. B est célibataire, sans enfant et qu'il ne dispose pas de liens familiaux en France. Si le requérant fait valoir qu'il a toujours travaillé, il ne produit des bulletins de salaire que pour les mois de mars à octobre 2022, ainsi qu'une promesse d'embauche courant 2024 en qualité de maçon tailleur de pierres. Par suite, l'insertion socio-professionnelle de M. B demeure insuffisante, eu égard aux éléments qu'il produit. Il s'ensuit que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement contre la décision portant refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés, étant précisé que ce dernier moyen est écarté au titre de ses deux branches, à savoir le défaut de consultation de la commission du titre de séjour, dans la mesure où M. B ne produit aucune preuve de présence pour 2015, ainsi que celui tiré des motifs exceptionnels, l'intéressé n'en justifiant d'aucun.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

10. D'une part, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il n'aurait pas sollicité la délivrance d'un tel titre. D'autre part, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande, de vérifier, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire.

11. Si M. B se prévaut de la méconnaissance de ces dispositions, il n'explique pas ni même n'établit qu'un refus de titre de séjour aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, l'intéressé se bornant à produire diverses ordonnances médicales, feuilles de soins et factures médicales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne les moyens dirigés uniquement contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 12, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce dernier moyen ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination vers lequel il est susceptible d'être reconduit d'office passé ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée pour information au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

Le rapporteur,

signé

A. GARCIA

Le président,

signé

A. MYARALa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation la greffière

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