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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406567

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406567

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406567
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait l'exécution forcée d'un arrêté préfectoral du 9 janvier 2024 portant obligation de quitter le territoire français. Le juge a rappelé que la procédure spéciale prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est exclusive de la procédure de référé liberté, sauf en cas de changements de circonstances postérieurs à la décision. En l'espèce, le rapport du Comité pour la santé des exilés (Comede) n'a pas été considéré comme un élément nouveau suffisant pour caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la condition d'urgence n'étant pas non plus établie. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Lestrade, doit être regardé comme demandant au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution forcée de l'arrêté préfectoral du 9 janvier 2024 pris par le préfet de la Lozère portant refus de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine jusqu'à ce que soit réexaminée sa situation eu égard à son état de santé et sa demande de titre de séjour " étranger malade " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre fin immédiatement à la mesure de rétention administrative et de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'il est placé en rétention et que la mesure d'éloignement peut être mise à exécution à tout moment ;

- l'exécution de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte grave et immédiate et manifestement illégale à une liberté fondamentale ; cette exécution l'exposerait à des conséquences d'une extrême gravité compte tenu de sa pathologie qui ne pourra pas être prise en charge dans son pays d'origine et méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'avis du comité pour la santé des exilés (Comede) constitue une circonstance nouvelle .

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Soli, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né en 1996, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution forcée de l'arrêté du préfet de la Lozère du 9 janvier 2024, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours destination de son pays d'origine.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Aux termes de l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 ou une décision de placement en rétention prise en application de l'article L. 741-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi ".

4. Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention que la procédure spéciale que ce code prévoit présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elle est par suite exclusive.

5. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

6. Le requérant, qui a bénéficié d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade en 2022 et qui a fait l'objet d'une réévaluation en 2023 de son état de santé conduisant au rejet de sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, soutient que le rapport de l'organisme intitulé " Comité pour la santé des exilés " (Comede) constituent des éléments nouveaux dès lors qu'il est postérieur à la réévaluation de son état de santé. Cependant, les éléments dont il se prévaut sont des considérations générales sur le système de santé du Nigeria qui ne sauraient être regardés comme des éléments de droit ou de fait nouveaux. Par ailleurs, si le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par la CNDA le 3 mars 2022, soutient qu'il risque d'être persécuté ou discriminé dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle, ces allégations ne sont pas établies. A défaut de justifier de circonstances de droit ou de fait nouvelles qui seraient intervenues depuis le rejet de son recours contre l'arrêté du 9 janvier 2024, M. A n'est pas fondé à se prévaloir d'une situation d'urgence particulière au sens des dispositions de l'article L.521-2 du code de justice administrative ni d'aucune atteinte grave et manifestement illégale à ses libertés et droits fondamentaux.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction et d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle doivent être rejetées en application des dispositions de l'article L.522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A.

Copie en sera transmise pour information aux préfets de la Lozère et des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 27 novembre 2024.

Le juge des référés,

signé

P. SOLI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation la greffière,

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