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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406829

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406829

mercredi 25 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantZOUATCHAM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. C, ressortissant nigérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 16 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé. S'agissant de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, le tribunal a jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. C, dès lors que sa compagne et leur enfant, également de nationalité nigérienne, n'avaient pas vocation à rester en France. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Zouatcham, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 16 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel sera exécutée la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil, lequel renonce par avance au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Par décision du 6 mars 2025 la demande d'aide juridictionnelle formée par M. C a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Raison,

- et les observations de Me Zouatcham, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérien né le 10 mars 1980 à Lagos (Niger) a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée. Il a fait l'objet d'un arrêté préfectoral en date du 16 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour d'une durée de deux ans. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. La demande de M. C ayant fait l'objet d'une décision de rejet du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice en date du 6 mars 2025, les conclusions susmentionnées sont devenues sans objet et il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également que le requérant est entré irrégulièrement en France et ne peut se prévaloir de liens personnels et familiaux qui soient intenses, anciens et stable et qu'il ne démontre pas contribuer effectivement à l'éducation de son enfant. Ainsi, l'arrêté attaqué contient l'exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C soutient que la mesure d'éloignement porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au motif d'une part qu'il est le père d'une enfant de nationalité nigérienne née en 2021 de sa relation avec Mme A, avec qui il réside, d'autre part qu'il contribue à l'éducation des deux autres enfants de Mme A nés d'une précédente union et avec lesquels il vit. Il ressort cependant des pièces du dossier que si le requérant justifie être père d'une enfant née le 31 mai 2021 en France de son union avec Mme A, également de nationalité nigérienne, il ressort de la décision rendue par la CNDA le 7 novembre 2023, accessible tant au juge qu'aux parties, que la mère et l'enfant se sont vus refuser toutes deux leurs demandes d'asile, étant en outre relevé que Mme A a fait l'objet d'une injonction, par décision du tribunal en date du 29 janvier 2024, de libérer le logement qu'elle occupait avec ses trois enfants au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile. Par suite, ni Mme A, ni ses enfants n'ont vocation à se maintenir sur le territoire. Par ailleurs, M. C, entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019 selon ses propres déclarations, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 29 mars 2021 non exécutée, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est connu des services de police pour être mis en cause dans des faits de violences aggravées pour lesquelles il est convoqué devant le tribunal correctionnel de Nice. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but poursuivi, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, pour les motifs précédemment exposés, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En cinquième lieu, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères cités à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. D'une part, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Or, la situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C d'une telle interdiction.

10. D'autre part, pour fixer la durée de cette interdiction à deux ans, le préfet des Alpes-Maritimes a notamment tenu compte de ce que l'intéressé ne justifiait pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la précédente mesure d'éloignement dont il avait fait l'objet ainsi que de la menace pour l'ordre public que représentait sa présence sur le territoire national. Si le requérant se prévaut de sa situation familiale, la présence sur le territoire français de sa compagne et sa fille, qui n'ont pas vocation à se maintenir sur le territoire, ne permet pas d'établir que l'intéressé a développé en France des liens personnels et familiaux importants. Par ailleurs, s'il soutient que la durée de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français en litige est disproportionnée, il est constant qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et il ne peut être contesté que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il est poursuivi pour des faits de violences aggravées. Ainsi, et alors que la durée d'une telle interdiction pouvait aller jusqu'à cinq ans, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans, cette durée ne présentant pas, dans les circonstances de l'espèce, le caractère disproportionné invoqué.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Alpes- Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Sorin, présidente,

- Mme Raison, première conseillère,

- M. Loustalot-Jaubert, conseiller,

assistés de M. Baaziz, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2025.

La rapporteure,

signé

L. RaisonLa présidente,

signé

G. Sorin

Le greffier,

signé

A.Baaziz

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

,

2406829

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