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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406876

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406876

mardi 24 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406876
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme A, ressortissante philippine, qui contestait un arrêté préfectoral du 20 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, faute pour Mme A d'établir une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Traversini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 20 novembre 2024 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son avocat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, celle-ci déclarant renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou en cas de refus de l'aide juridictionnelle, au profit de la requérante.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît ainsi l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par ordonnance du 17 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 30 avril 2025.

Un mémoire en défense du préfet des Alpes-Maritimes a été enregistré le 19 mai 2025, soit postérieurement à la clôture d'instruction et n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, première conseillère ;

- et les observations de Me Mostefaoui, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 20 novembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A, ressortissante philippine née le 23 mars 1981, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ". La consultation obligatoire de la commission du titre de séjour, telle qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a pour objet d'éclairer l'autorité administrative sur la possibilité de régulariser la situation administrative d'un étranger et constitue pour ce dernier une garantie substantielle.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'établit pas qu'elle réside en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, soit à compter du 20 novembre 2014, au regard des pièces justificatives peu nombreuses notamment pour la seconde moitié de l'année 2014, l'année 2015 et l'année 2016. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour défaut de saisine préalable de la commission du titre de séjour doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A soutient être entrée en France en 2011, elle n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 3 du présent jugement, qu'elle y réside de manière stable et régulière depuis cette date. Par ailleurs, elle déclare être célibataire et sans enfant et n'établit pas les liens familiaux avec sa cousine avec qui elle indique vivre ni que celle-ci serait en situation régulière. Enfin, en se prévalant d'une unique promesse d'embauche datée de 29 novembre 2024, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, la requérante ne justifie pas d'une intégration professionnelle. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vie personnelle et familiale doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Contrairement à ce qu'elle soutient, la requérante n'établit pas avoir présenté sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au surplus, ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la requérant ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni de circonstance humanitaire au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, la requérante n'est pas fondée à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au présent litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre l'arrêté attaqué. En particulier, l'arrêté mentionne que Mme A est célibataire et sans enfant, qu'elle allègue, sans l'établir, résider en France depuis 13 ans, qu'elle ne démontre pas disposer en France de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables, qu'elle ne démontre pas l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'elle s'est maintenue sur le territoire français sans avoir effectué de démarches afin de régulariser sa situation. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée n'est pas motivée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement combiné de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 3 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. d'Izarn de Villefort, président,

Mme Duroux, première conseillère,

Mme Sandjo, conseillère,

assistés de Mme Ravera, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2025.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

P. d'IZARN de VILLEFORTLa greffière,

signé

C. RAVERA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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