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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2406882

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2406882

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2406882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantESCOFFIER-DEUR-WEZINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, enregistrée le 11 décembre 2024, la société Montagne Matériaux, représentée par son président M. Dejouy, doit être regardée comme demandant au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation du lot n° 2 " Fourniture de matériaux, quincaillerie et outillage pour l'entretien des routes de la Tinée " du marché public engagée par la Métropole Nice Côte d'Azur pour la fourniture de matériaux et petits outillages pour les besoins des régies métropolitaines ;

La société requérante soutient que ;

- la note obtenue par l'offre de la société Montagne matériaux sur le critère n° 3 " protection en matière d'environnement " de 0/20 n'est pas justifiée ;

- le prix de l'offre de l'attributaire est anormal bas ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2025, la Métropole Nice Côte d'Azur conclut à l'irrecevabilité de la requête, au rejet de ses conclusions et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La Métropole soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le marché a été signé ;

- la requête est également irrecevable en l'absence de moyens de droit suffisamment étayés ;

- les moyens soulevés ne sont, en toute hypothèse, pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 21 janvier 2025, la société Ciffreo et Bona, représentée par Me Deur, conclut à l'irrecevabilité de la requête, au rejet de ses conclusions et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Ciffreo et Bona soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le marché a été signé ;

- les moyens soulevés ne sont en toute hypothèse pas fondés ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Soli, président de la 6ème chambre, pour statuer.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 23 janvier 2025, M. Soli a lu son rapport et entendu :

- les observations de M. Dejouy, de M. A pour la métropole Nice Côte d'Azur et de Mme B pour la société Ciffreo et Bona.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Montagne Matériaux, représentée par son président M. Dejouy, doit être regardée comme demandant au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-13 du code de justice administrative d'annuler le contrat portant sur lot n° 2 " Fourniture de matériaux, quincaillerie et outillage pour l'entretien des routes des routes de la Tinée " du marché public passé par la Métropole Nice Côte d'Azur pour la fourniture de matériaux et petits outillages pour les besoins des régies métropolitaines et conclu entre la Métropole et la société Ciffreo et Bona le 14 décembre 2024.

Sur la recevabilité du recours :

2. Aux termes l'article L. 551-4 du même code : " Le contrat ne peut être signé à compter de la saisine du tribunal administratif et jusqu'à la notification au pouvoir adjudicateur de la décision juridictionnelle ". En vertu des dispositions de l'article L. 551-14 du code de justice administrative, la méconnaissance par le pouvoir adjudicateur de l'obligation de suspendre la signature du contrat ouvre la voie du recours en référé contractuel au demandeur qui avait fait usage du référé précontractuel.

3. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante a été informée le 3 décembre 2024 du rejet de son offre pour le marché litigieux ; qu'elle a formé un recours, qui ne mentionnait pas de fondement juridique, le 11 décembre 2024 demandant " de faire le nécessaire pour que ce marché ne soit pas attribué à l'entreprise choisie " ; que la Métropole, à laquelle le recours n'a été notifié que le 31 décembre 2024, a procédé le 14 décembre 2024, à la signature du contrat. Il s'ensuit que si la Métropole n'a méconnu aucune de ses obligations de suspension de la signature du contrat litigieux, dès lors qu'elle n'était pas informée du référé précontractuel, il n'en demeure pas moins que ledit recours a été formé dans le délai imparti pour exercer un référé précontractuel et que compte tenu de la signature du contrat, il doit être requalifié en référé contractuel en application de l'article L.551-4 précité.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L.551-13 du code de justice administrative :

4. Selon l'article L. 551-13 du même code : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section ". Aux termes de l'article L. 551-14 du même code : " Les personnes habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sont soumis ces contrats, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas des contrats passés par une collectivité territoriale ou un établissement public local ". Selon l'article L. 551-18 du même code : " () Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat ". Enfin, aux termes de l'article L. 551-20 du même code : " Dans le cas où le contrat a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9, le juge peut prononcer la nullité du contrat, le résilier, en réduire la durée ou imposer une pénalité financière ".

5. Si la société requérante soutient que la Métropole a attribué le lot en litige à une entreprise ayant présenté une offre anormalement basse en faisant valoir l'important écart de prix proposé entre son offre et celle de la société Ciffreo Bona, il résulte de l'instruction que, le prix proposé par cette dernière n'est inférieur que de 5,51 % à l'estimation du coût du marché par le pouvoir adjudicateur. Le prix proposé par la société attributaire n'apparaît donc pas manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché.

6. La société requérante soutient que la note de 0 sur 20 qui lui a été attribuée dans le cadre du critère 3 " protection de l'environnement " n'est pas justifiée au regard de son positionnement au cœur de la vallée de la Tinée. Il n'entre pas dans l'office du juge du référé contractuel de substituer son appréciation à celle du pouvoir adjudicateur quant à la valeur technique des offres. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la Métropole justifie la note en cause attribuée à la société requérante dès lors que cette dernière n'avait apporté aucun des justificatifs demandés dans le règlement de consultation au sujet des véhicules utilisés et de la gestion des déchets.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les obligations de publicité et de mise en concurrence n'ont pas été méconnues d'une manière affectant les chances de la société Montagne Matériaux d'obtenir le contrat et que les conclusions de la requête qui doivent être regardées comme fondées sur l'article L.551-13 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L.551-20 du code de justice administrative :

8. Pour déterminer la sanction à prononcer en application des dispositions de l'article L. 551-20 du code de justice administrative, il incombe au juge du référé contractuel qui constate que le contrat a été signé prématurément, en méconnaissance des obligations de délai rappelées à l'article L. 551-20 du code de justice administrative, d'apprécier l'ensemble des circonstances de l'espèce, en prenant notamment en compte la gravité du manquement commis, son caractère plus ou moins délibéré, la plus ou moins grande capacité du pouvoir adjudicateur à connaître et à mettre en œuvre ses obligations ainsi que la nature et les caractéristiques du contrat.

9. Aux termes de l'article L. 551-22 du code de justice administrative : " Le montant des pénalités financières prévues aux l'articles L. 551-19 et L. 551-20 tient compte de manière proportionnée de leur objet dissuasif, sans pouvoir excéder 20 % du montant hors taxes du contrat. Le montant de ces pénalités est versé au Trésor public ".

10. Au cas d'espèce, il y a lieu de tenir compte tenu des circonstances dans lesquelles le groupement d'achat a méconnu l'article L.551-4 du code de justice administrative et de ne pas lui appliquer la sanction prévue par les textes précités.

Sur les frais des instances :

11. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de la métropole Nice Côte d'Azur et de la société Ciffreo Bona, tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. Dejouy, président de la société Montagne Matériaux est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la métropole Nice Côte d'Azur et de la société Ciffreo Bona au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. André Dejouy, président de la société Montagne Matériaux, à la métropole Nice Côte d'Azur et à la société Ciffreo Bona .

Fait à Nice, le 7 février 2025.

Le juge des référés,

signé

P. SOLI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière,

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