Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Gorse, demande au tribunal :
1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
2°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « salarié » ou, à défaut, la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d’une erreur de droit, dès lors qu’elle lui oppose l’absence de production d’une demande d’autorisation de travail alors qu’il ne s’agit pas d’une condition requise par l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale, par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ;
- les autres moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du 30 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 4 juin 2025 :
- le rapport de M. Loustalot-Jaubert, rapporteur,
- et les observations de Me Gorse, représentant M. A....
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., ressortissant biélorusse né le 15 février 1989, déclare être entré en France le 1er septembre 2020. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Alpes-Maritimes. Par un arrêté du 14 octobre 2024, dont il demande l’annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, (…) l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (…) ».
M. A... ayant été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice du 30 janvier 2025, il n’y a plus lieu de statuer sur sa demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, il résulte de la motivation de l’arrêté attaqué que si le préfet a effectivement relevé que M. A... n’avait pas produit de demande d’autorisation de travail souscrite par son employeur, il n’a pas rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour pour ce seul motif mais après avoir apprécié l’ensemble des éléments qui lui avaient été soumis par l’intéressé tant sur sa vie privée et familiale que sur son insertion professionnelle. Par suite, le préfet n’a pas commis une erreur de droit en opposant à l’intéressé une condition non requise par les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait déposé une demande de délivrance de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet ait examiné d’office la délivrance d’une carte de séjour à l’intéressé sur ce fondement. Le requérant ne peut dès lors invoquer utilement la méconnaissance de ces dispositions.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
En l’espèce, M. A... se prévaut de son entrée en France en 2020, de la présence à ses côtés de son épouse, de la naissance de leur enfant le 7 mars 2022 et de son intégration professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse est également en situation irrégulière, de sorte que rien ne s’oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d’origine. Les allégations selon lesquelles leur enfant souffre de bronchites, que leur région d’origine est une zone touchée par l’accident de Tchernobyl et qu’il craint des persécutions en cas de retour en Biélorussie, qui ne sont au demeurant pas établies, sont inopérantes à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n’implique pas, par elle-même, son renvoi en Biélorussie. Enfin, si le requérant justifie d’un contrat de travail à durée indéterminée du 1er octobre 2020 en tant que carreleur et produit les bulletins de paie correspondants, cette seule circonstance ne permet pas de démontrer une insertion professionnelle particulière. Dans ces conditions, alors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A... ne dispose plus d’attaches dans son pays d’origine dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de 31 ans, en prenant l’arrêté attaqué, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n’a, par suite, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, la situation de M. A... ne répond pas à des considérations humanitaires ni à des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de sorte que le préfet des Alpes-Maritimes n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation dans l’application de cet article.
En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 8 du présent jugement que M. A... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En sixième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7 du présent jugement, le moyen, soulevé à l’encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 14 octobre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d’injonction ainsi que celles tendant à la mise à la charge de l’Etat d’une somme au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et des entiers dépens ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 4 juin 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Sorin, présidente,
Mme Raison, première conseillère,
M. Loustalot-Jaubert, conseiller,
assistés de M. Baaziz, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2025.
Le rapporteur,
signé
P. Loustalot-Jaubert
La présidente,
signé
G. Sorin
Le greffier,
signé
Baaziz
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.