Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et trois mémoires, enregistrés les 26 décembre 2024, 27 janvier 2025, 18 juillet 2025, et 17 septembre 2025, dont le dernier n’a pas été communiqué, M. E... A... C... doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 27 novembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de Mme B... D... épouse A... C... ;
2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire droit à sa demande de regroupement familial.
Il soutient que cette décision est entachée d’erreur d’appréciation dans la mesure où il dispose de revenus à l’étranger, qui n’ont pas été pris en compte et qu’elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes, qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience, en application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Le rapport de M. Garcia, rapporteur, a été entendu au cours de l’audience publique du 1er octobre 2025, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. E... A... C..., ressortissant tunisien né le 1er janvier 1998, expose avoir présenté une demande de regroupement familial au profit de son épouse Mme D.... Toutefois, par une décision du 27 novembre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, M. A... C... doit être regardé comme demandant l’annulation de cette décision.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; (…) ». Aux termes de l’article L. 434-8 de ce code : « Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième (…) ». Aux termes de l’article R. 434-4 du même code : « Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes (…) ».
Pour refuser d’accéder à la demande de regroupement familial présentée par M. A... C..., le préfet des Alpes-Maritimes a relevé qu’il percevait des revenus pour un montant de 1 635,32 euros brut mensuel, se situant en-dessous de la moyenne de 1 696,64 brut mensuel pour un couple. Si le requérant ne conteste pas cette appréciation, il soutient néanmoins que le préfet n’a pas pris en compte les revenus qu’il perçoit de l’étranger. Toutefois, si M. A... C... produit des attestations, au demeurant toutes réalisées postérieurement à la décision attaquée, indiquant qu’il serait propriétaire de plusieurs biens immobiliers qu’il loue en Tunisie, il ne produit, à supposer que ces éléments puissent être pris en compte dans le calcul des ressources, aucun élément permettant au tribunal de s’assurer qu’il perçoit les sommes alléguées sur les douze mois précédant l’édiction de la décision attaquée. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n’a pas entaché sa décision d’erreur d’appréciation en rejetant la demande de regroupement familial de M. A... C... au motif de l’insuffisance de ses ressources.
En second lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; (…) ».
Il appartient à l'autorité administrative de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'une décision refusant le bénéfice du regroupement familial ne porte pas une atteinte excessive aux droits des intéressés au respect de leur vie privée et familiale.
Il ressort des pièces du dossier que M. A... C... est marié à son épouse depuis le 1er janvier 2023, alors que cette dernière est née et a toujours vécu en Tunisie. Compte tenu du caractère récent de leur union, et du fait que le requérant conserve la possibilité de visiter son épouse en se rendant en Tunisie, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit des intéressés de vivre une vie privée et familiale normale.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que M. A... C... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 27 novembre 2024 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de Mme B... D... épouse A... C.... Sa requête ne peut donc qu’être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A... C... et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée pour information au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Myara, président,
Mme Monnier-Besombes, conseillère,
M. Garcia, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
A. GARCIA
Le président,
Signé
A. MYARA
La greffière,
Signé
N. KATARYNEZUK
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation la greffière