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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500221

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500221

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GUILBERT
Avocat requérantNOEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2025, M. A B demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication au préfet des Alpes-Maritimes de son entier dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet pour une durée de 2 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission inscrit au système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté en litige est dépourvu de base légale dès lors que l'arrêté du 30 août 2022 portant obligation de quitter le territoire ne lui a jamais été notifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Guilbert, première conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guilbert, magistrate désignée,

- et les observations de Me Noel, représentant M. B, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui soutient que le requérant n'a pas reçu notification d'une obligation de quitter le territoire en 2022, qu'il ne se trouvait alors pas sur le territoire français, que le préfet, qui ne produit pas de relevé décadactylaire, ne démontre pas que c'est bien à lui qu'a été notifiée cette décision, que les signatures du notifié différent entre la décision de 2022 et la décision attaquée ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant lybien, déclare être entré en France en 2019, puis en 2024. Par un arrêté du 14 janvier 2025, dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à son encontre la prolongation d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin de communication de son entier dossier :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. () ". Le préfet des Alpes-Maritimes ayant produit le dossier contenant les pièces sur la base desquelles l'arrêté attaqué a été pris, les conclusions présentées à ce titre sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour prononcer à l'encontre du requérant la prolongation d'une interdiction de retour pour une durée de deux ans, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé aurait fait l'objet d'un arrêté le 30 août 2022, par lequel le préfet des Yvelines lui aurait fait obligation de quitter le territoire et aurait prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, arrêté qu'il n'aurait pas respecté. M. B soutient qu'il n'était pas présent sur le territoire français à cette date et que cette décision visait et a nécessairement été notifiée à quelqu'un d'autre. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que le relève le requérant, que la signature figurant sur le bordereau de notification de la décision de 2022 était différente de celle qu'il a lui-même apposée sur la notification de la décision en litige. Le préfet, qui ne produit pas à l'instance le relevé décadactylaire des empreintes prises à l'occasion de chaque notification, ne démontre pas que les deux décisions visaient et ont été notifiées à la même personne. Dès lors, en l'état des pièces du dossier, la décision par laquelle le préfet a prononcé à l'encontre de M. B une prolongation d'interdiction de retour doit être regardée comme entachée d'un défaut de base légale. Elle doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. L'annulation de l'arrêté portant prolongation d'une interdiction de retour sur le territoire français implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, à l'effacement du signalement aux fins de non-admission inscrit à ce titre au système d'information Schengen.

Sur les frais liés à l'instance :

5.En l'espèce, dès lors que ni M. B, qui a bénéficié de l'assistance d'un avocat désigné d'office, ni Me Noel, désignée d'office, n'ont sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, les conclusions de la requête tendant à la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 1 000 euros à verser au conseil du requérant sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 14 janvier 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du present jugement, à l'effacement du signalement aux fins de non-admission inscrit pour M. B au système d'information Schengen.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 17 janvier 2025.

La magistrate désignée,

signé

L. GuilbertLa greffière,

signé

V. Labeau

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation, la Greffière,

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