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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500289

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500289

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantHMAD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en formation de 4ème Chambre, a examiné le recours pour excès de pouvoir de Mme A... B..., ressortissante tunisienne, contre un arrêté préfectoral du 23 juillet 2024 refusant un titre de séjour et ordonnant son éloignement. La requérante invoquait notamment une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir pour tardiveté soulevée par le préfet, en application des articles 43 du décret n° 2020-1717 et 23 de la loi du 10 juillet 1991 relatifs à l'aide juridictionnelle. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais la décision a été rendue après une audience publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 janvier 2025 et le 7 juin 2025, Mme C... A... B..., représentée par Me Hmad, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et dans l’attente, de lui délivrer dans un délai de 8 jours, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de son droit au séjour et de lui délivrer, dans l’attente, un document provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans les huit jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.





Elle soutient que :

- l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée du séjour des étranger et du droit d’asile ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée du séjour des étranger et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de droit.

Mme A... B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle au taux de 25 %, par décision du 11 décembre 2024.



Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable tardive ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 juin 2025 :
- le rapport de M. Myara, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Hmad, représentant Mme A... B....

Considérant ce qui suit :

1. Mme C... A... B..., ressortissante tunisienne née le 29 mars 1984, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 23 juillet 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :
2. Aux termes de l’article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : « Lorsqu’une action en justice doit être intentée avant l’expiration d’un délai devant la juridiction du premier degré, […] l’action est réputée avoir été intentée dans le délai si la demande d’aide juridictionnelle s’y rapportant est adressée au bureau d’aide juridictionnelle avant l’expiration dudit délai et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée à compter : c) De la date à laquelle le demandeur à l’aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d’admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l’article 56 et de l’article 160 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; (…) ». Aux termes de l’article 23 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « (…) Les recours contre les décisions du bureau d’aide juridictionnelle peuvent être exercés par l’intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l’aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. (…) ». Aux termes de l’article 69 du décret du 28 décembre 2020 : « Le délai du recours prévu au deuxième alinéa de l’article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l’intéressé. (…) »

3.Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu’une demande d’aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu’un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l’expiration d’un délai de quinze jours après la notification à l’intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d’aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l’auxiliaire de justice au titre de l’aide juridictionnelle. Il en va ainsi quel que soit le sens de la décision se prononçant sur la demande d’aide juridictionnelle, qu’elle en ait refusé le bénéfice, qu’elle ait prononcé une admission partielle ou qu’elle ait admis le demandeur au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, quand bien même dans ce dernier cas le ministère public ou le bâtonnier ont, en vertu de l’article 23 de la loi du 10 juillet 1991, seuls vocation à contester une telle décision.

4. En l’absence de preuve de la notification de la décision du 11 décembre 2024 prononçant l’admission de Mme A... M’arek au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle, sa requête a été enregistrée au greffe du tribunal administratif le 21 janvier 2025 par l’application Télérecours et ne saurait en tout état de cause être regardée comme tardive. Il s’ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Alpes-Maritimes, tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :
5. Aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ». Aux termes de l’article 11 du même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (…) ».
6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord.
7. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d’observer que ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation.
8. En l’espèce, Mme A... B... allègue être entrée en France en 2018, soit depuis plus de six ans à la date de la décision attaquée. Elle se prévaut de la présence en France de son frère, de sa sœur et de ses neveux, tous titulaires de titres de séjour en cours de validité. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des nombreux de bulletins de paie produits par la requérante, que cette dernière travaille, de façon continue, en qualité d’employée familiale auprès du même employeur depuis le mois de décembre 2020, sous couvert d’un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 1er décembre 2020, et qu’elle a occupé en parallèle d’autres emplois en qualité d’agent de service du 10 mars 2020 au 31 mars 2023, et de vendeuse polyvalente de novembre 2023 à novembre 2024. Dans ces conditions, ces éléments permettent de caractériser une insertion professionnelle stable et suffisamment ancienne en France, justifiant que le préfet des Alpes-Maritimes fasse usage de son pouvoir de régularisation à l’endroit de la requérante. Par suite, ce moyen sera accueilli.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... B... est fondée à demander l’annulation de la décision du 23 juillet 2024 du préfet des Alpes-Maritimes lui refusant un titre de séjour et, par voie de conséquence, des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’injonction :

10. Eu égard au motif d’annulation de l’arrêté attaqué, et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l’autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Alpes-Maritimes délivre à Mme A... B... une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et munisse l’intéressée d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans le délai de quinze jours.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme A... B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Hmad, conseil de Mme A... B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Mme A... B... d’une somme de 225 euros.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 23 juillet 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer à Mme A... B... une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et munisse l’intéressée d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler dans le délai de quinze jours.

Article 3 : L’État versera une somme de 225 (deux cent vingt-cinq) euros à Me Hmad, avocate de Mme A... B..., sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... A... B..., au préfet des Alpes-Maritimes et à Me Hmad.


Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice.






Délibéré après l'audience du 11 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,
Mme Soler, première conseillère,
M. Garcia, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.


Le président-rapporteur,
signé
A. MYARA

L’assesseure la plus ancienne,
signé
N. SOLER

Le greffier,
signé
D. CREMIEUX


La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière,




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