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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500355

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500355

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme GAZEAU
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Youlou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans avec signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et l'a assigné à résidence dans le département des Alpes-Maritimes pour une durée de 45 jours renouvelable ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour, le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'un vice de procédure ;

- cet arrêté a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les demandes formulées au titre de l'admission au séjour sont irrecevables et qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Gazeau, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2025 à 9h30 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- les observations de Me Youlou, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens,

- et les observations de M. B qui indique être présent en France depuis 20 ans, travailler depuis cette date et avoir des relations avec sa fille française à qui il rend visite et fournit des moyens de subsistance,

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant capverdien né le 15 novembre 1980, demande l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de son éloignement, l'a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence dans le département des Alpes-Maritimes pour une durée de 45 jours renouvelable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des mentions portées dans l'arrêté en litige que le requérant est entré en France en 2004. Il ressort par ailleurs des nombreuses pièces versées aux débats que sa présence sur le territoire est attestée depuis plus de 10 ans, et qu'il est père d'une fille née en 2011, laquelle, qui vit à Lille avec la mère dont il est séparé, a acquis la nationalité française le 18 septembre 2024. Les pièces produites au dossier ainsi que ses déclarations lors de l'audience, non contredites par le préfet qui n'était pas présent ni représenté à l'audience, montrent la bonne intégration de M. B à la société française. Dans ces conditions, et dans les circonstances très particulières de l'espèce, l'arrêté en litige a porté au droit de M. B à mener une vie privée et familiale normale une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels il a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de sa requête, M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2025.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. D'une part, l'exécution de ce jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de M. B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

7. D'autre part, l'exécution du présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. B soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait de nouveau statué sur son cas. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de l'intéressé dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, après lui avoir délivré, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée par le requérant.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 18 janvier 2025 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente de ce réexamen et sans délai, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen de M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La magistrate désignée,

Signé

D. GazeauLa greffière,

Signé

M-C. Masse

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

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