jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2500611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Magistrat M. Garcia |
| Avocat requérant | JACQUET JÉRÉMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 février 2025, M. B A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours et a fixé les modalités de cette assignation.
Il soutient que cet arrêté a été pris sans prendre en compte sa situation personnelle, alors qu'il est arrivé en France à l'âge de sept ans et a fait l'objet d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE).
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2025, avant l'audience, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty, Camacho et Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen soulevé dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 17 décembre 2015 et portant le n° 15LY02015, classé C+.
Vu la décision du Conseil d'État du 11 décembre 2020 et portant le n°438833, mentionnée aux tables du Recueil Lebon.
Vu la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-674 QPC du 30 novembre 2017.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné M. Arthur Garcia, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 février 2025 qui s'est tenue à 14 heures en présence de M. Stassi, greffier d'audience :
- le rapport de M. Garcia, magistrat désigné, et les questions posées à l'audience, tendant notamment à savoir si M. A avait eu des difficultés pour se conformer à son obligation de pointage auprès des services de police ; il a par ailleurs été fait expressément préciser à Me Jacquet les moyens qu'il entendait soulever à l'encontre de l'arrêté attaqué ;
- les observations de Me Jacquet, avocat commis d'office, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, et soutient en outre que l'arrêté en litige est entaché d'une insuffisance de motivation et d'une disproportion tant dans son principe que dans ses modalités, eu égard aux éléments de personnalité de M. A ; il soutient par ailleurs que l'intéressé a quitté la Tunisie en raison de la violence de son père, et a rejoint sa mère, présente à l'audience, qui est en France en situation irrégulière ainsi que dans une situation de précarité ; il a été placé en foyer à Nice ; il a bénéficié d'un contrat d'engagement en vue de son insertion, qui a débouché sur une promesse d'embauche en 2024 et une déclaration à l'URSSAF, sans toutefois aboutir ; il souligne enfin que la décision du tribunal administratif de Toulouse rejetant le recours contre l'obligation de quitter le territoire français dont fait l'objet M. A a vocation à faire l'objet d'un appel devant la cour administrative d'appel de Toulouse, dans la mesure où le conseil de M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle ayant interrompu le délai de recours contre le jugement de première instance ;
- les observations de M. A, qui s'est exprimé en langue française, et qui a précisé qu'il est entré en France en 2022 à l'âge de seize ans, qu'il a une sœur bénéficiant d'une carte de résident qui vit à Paris, avec laquelle il a des liens, et qu'il a débuté il y a une semaine une formation en qualité de plombier-chauffagiste ;
- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 30, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 25 avril 2006, a fait l'objet le 30 décembre 2024 d'un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le recours contentieux dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du 3 janvier 2025 rendu par le tribunal administratif de Toulouse, et le juge des libertés et de la détention a prononcé la mainlevée de son placement en rétention. Par un arrêté du 28 janvier 2025, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours et a fixé les modalités de cette assignation.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".
3. L'arrêté attaqué mentionne les textes dont il est fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont son article L. 731-1, et expose les circonstances propres à la situation de M. A, notamment qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 30 décembre 2024 sans délai, permettant au préfet des Alpes-Maritimes de prononcer à son encontre une assignation à résidence. Si le requérant soutient que ces éléments sont insuffisants pour constituer une motivation appropriée, il ressort de l'arrêté portant assignation à résidence que ce dernier renvoie expressément dans ses visas et ses motifs à l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, lequel a été versé au débat contradictoire et dont l'intéressé a nécessairement connaissance, et qui comprend de plus amples éléments sur la situation personnelle de M. A, notamment qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il est arrivé en France à l'âge de seize ans, et est en situation irrégulière. Eu égard à l'ensemble de ces considérations, l'arrêté portant assignation à résidence comporte directement, et à tout le moins par référence à l'obligation de quitter le territoire français l'ayant précédé, les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement, et qui permettent à M. A d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et alors que cette motivation n'avait pas à être exhaustive de l'ensemble de la situation personnelle de M. A, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 742-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à la rétention pour une raison autre que l'annulation, l'abrogation ou le retrait de la décision d'éloignement, d'interdiction administrative du territoire ou de transfert, un rappel de l'obligation de déférer à cette décision est adressé à l'étranger par le magistrat du siège du tribunal judiciaire ou par l'autorité administrative. L'étranger peut alors être assigné à résidence en application de l'article L. 731-1. La méconnaissance des dispositions du premier alinéa est sans conséquence sur la régularité et le bien-fondé de procédures ultérieures d'éloignement et de rétention. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. () Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, elle peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de vérifier que l'administration pouvait légalement, eu égard aux conditions prévues à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prendre une mesure d'assignation à résidence à l'encontre d'un étranger et de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur d'appréciation dans le choix des modalités de cette mesure. Si une décision d'assignation à résidence doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Par ailleurs, les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'un arrêté portant notamment obligation de quitter le territoire français sans délai en date du 30 décembre 2024, dont le recours contentieux a été rejeté par un jugement du 3 janvier 2025 du tribunal administratif de Toulouse. Par suite, dès lors que le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas accordé à M. A de délai de départ volontaire afférent à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, et nonobstant la circonstance alléguée à l'audience que le jugement du tribunal administratif de Toulouse est sur le point d'être frappé d'appel, lequel est au demeurant non suspensif ainsi qu'en dispose l'article L. 4 du code de justice administrative, l'intéressé pouvait valablement faire l'objet d'une assignation à résidence en application du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où son éloignement demeure une perspective raisonnable. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué assigne à résidence M. A à son domicile à Nice, lui interdit de sortir du département des Alpes-Maritimes sans avoir sollicité l'autorisation des services du préfet des Alpes-Maritimes, et lui impose de se présenter deux fois par semaine, à savoir les mardi et vendredi entre 9 heures et 12 heures à la caserne Auvare à Nice. Il ressort des pièces du dossier que M. A est connu défavorablement des services de police, et mentionné à ce titre au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED), pour détention et cession de stupéfiants, violences commises en réunion avec incapacité inférieure à huit jours, actes de cruauté envers un animal domestique, vols et violation de domicile, alors qu'en outre il est entré sur le territoire français en 2022, soit récemment. Eu égard aux troubles à l'ordre public considérés, et au fait que l'intéressé fait l'objet d'une mesure d'éloignement sans délai qui a moins de trois ans, l'obligation faite à M. A, qui est en situation irrégulière, de se présenter aux services de police est adaptée à la finalité qu'elle poursuit, à savoir son éloignement. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette obligation de se présenter aux services de police, eu égard à ses modalités, aurait pu être moins contraignante pour s'assurer du respect de l'assignation à résidence, dans la mesure où l'intéressé a fait l'objet d'une mainlevée de son placement en rétention administrative, et que les dispositions de l'article L. 742-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent, en pareille hypothèse, que soit prononcée une assignation à résidence. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé dit étudier dans son courrier du 1er août 2023 adressé à une assistante sociale, il ne l'établit pas. De même, s'il a bénéficié d'un accompagnement courant 2024 auprès de la fondation de Nice ayant débouché sur une promesse d'embauche du 21 octobre 2024 en contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier ainsi qu'une déclaration à l'URSSAF, ces démarches n'ont pas abouti, de sorte que l'intéressé n'établit pas travailler et avoir des contraintes de déplacement. S'il a allégué à la barre avoir débuté une formation en qualité de plombier-chauffagiste, cela n'est pas davantage établi. Enfin, si la caserne Auvare où il doit se présenter deux fois par semaine n'est pas située à proximité immédiate de l'adresse à laquelle il est assigné à résidence, M. A a déclaré à la barre, après avoir été interrogé en ce sens par le magistrat désigné, ne pas avoir éprouvé de difficultés pour satisfaire à cette obligation. Par suite, l'obligation de présentation aux services de police présente en l'espèce, au regard des éléments tant écrits qu'oraux versés à l'instance, un caractère adapté, nécessaire et proportionné à la finalité poursuivie. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté, tout comme le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours et a fixé les modalités de cette assignation. Il suit de là que sa requête ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Alpes-Maritimes, ainsi qu'à Me Jacquet.
Copie en sera adressée pour information au ministre d'État, ministre de l'intérieur.
Rendu par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
A. GARCIA Le greffier,
Signé
A. STASSI
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, le greffier.
N°2500611
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026