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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500763

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500763

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantBEGON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de Mme B, ressortissante russe, qui contestait l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 29 janvier 2025 lui refusant l’admission au séjour, l’obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a jugé que l’arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen réel et sérieux de sa situation. Il a également estimé que les moyens tirés de l’erreur de droit, de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3 de la Convention de Genève n’étaient pas fondés. La requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2025, Mme A B, représentée par Me Begon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'erreurs de droit dès lors qu'il vise, à tort, les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne lui sont pas applicables ;

- elle ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'elle a déposé une nouvelle demande de réexamen ; l'arrêté attaqué est ainsi entaché d'erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- le délai de recours mentionné dans l'arrêté contesté est erroné de sorte que le préfet a commis une erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nice du 30 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 mai 2025 :

- le rapport de Mme Gazeau,

- et les observations de Me Almairac, substituant Me Begon, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante russe née le 3 juillet 1972, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes son admission au séjour. Par arrêté du 29 janvier 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par décision du 30 avril 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur la demande tendant à l'octroi du bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire

Sur les conclusions d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, l'arrêté en litige vise les textes applicables et notamment les dispositions des articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet des Alpes-Maritimes, après avoir constaté le rejet pour irrecevabilité de la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par Mme B par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 2 juillet 2024, et la confirmation de ce rejet par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 25 septembre 2024, a examiné les conditions d'entrée et de séjour de la requérante en France, l'ancienneté de celui-ci ainsi que l'ensemble de la situation personnelle et familiale de la requérante et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, l'arrêté contesté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté entrepris et du défaut d'examen particulier de la situation de la requérante doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet des Alpes-Maritimes ait, par erreur, mentionné dans les visas de l'arrêté litigieux les dispositions des articles L. 412-5, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile non applicables à la situation de la requérante, pour regrettable qu'elle soit, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux, dès lors qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté que ces dispositions en constitueraient les bases légales.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a introduit le 24 mars 2023 une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 31 juillet 2023, laquelle a été confirmée par la CNDA par une décision du 21 mai 2024, et que la requérante a présenté une première demande de réexamen qui a été rejetée pour irrecevabilité par l'OFPRA par décision du 2 juillet 2024, qui a été confirmée par décision de la CNDA le 25 septembre 2024. Si Mme B soutient qu'elle a déposé une nouvelle demande de réexamen de sa demande d'asile, cette situation ne lui confère, par elle-même, aucun droit à se maintenir sur le territoire français dès lors que son droit au maintien sur le territoire français avait pris fin à la suite de la décision d'irrecevabilité. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes a pu, sans méconnaitre les dispositions précitées, lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

9. D'une part, Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France régulièrement en août 2020 pour rendre visite à son compagnon, ressortissant français, avec qui elle vit. Toutefois, par les pièces versées aux débats, l'intéressée n'établit pas la réalité de son concubinage ni le caractère continu ou habituel de sa résidence en France. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, eu égard aux conditions et à la durée du séjour, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

10. D'autre part, si la requérante soutient que le préfet a entaché l'arrêté en litige d'une erreur de fait en ce qu'il se serait fondé sur des faits qui ne correspondent pas à la réalité de sa situation quant à l'ancienneté de son séjour en France et sa vie familiale, elle n'apporte, au vu des pièces versées aux débats, aucun élément de nature à remettre en cause la matérialité des faits constatés par le préfet.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

12. Mme B fait valoir qu'elle risque d'être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Russie. Toutefois, le récit de l'intéressée est insuffisamment précis et circonstancié pour permettre de tenir pour établie la réalité des risques auxquels elle serait personnellement exposée en cas de retour en Russie, risques dont l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis la cour nationale du droit d'asile, n'ont d'ailleurs pas retenu l'existence. En désignant la Russie comme pays de destination, le préfet des Alpes-Maritimes n'a, dès lors, pas méconnu les articles et stipulations cités au point 11 ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

13. En sixième et dernier lieu, si la requérante soutient que la mention des délais de recours figurant dans l'arrêté attaqué est erronée, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de l'acte en litige, qu'elle a au demeurant déféré au tribunal dans le délais requis.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 janvier 2025. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,

Mme Ruiz, première conseillère,

Mme Gazeau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

D. Gazeau

Le président,

signé

P. SoliLa greffière,

signé

C. Bertolotti

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière

No 2500763

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