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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500814

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500814

mercredi 2 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCONCAS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A B, ressortissant tunisien, qui contestait un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a jugé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée au regard des articles L. 612-3 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire était légalement fondé sur l'article L. 612-2 du même code, en raison du risque de soustraction à la mesure d'éloignement. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 février 2025, M. C A B, représenté par Me Concas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre à jour le fichier SIS et de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

-le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire dès lors qu'il bénéficie d'un hébergement stable ;

-la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle en ce qu'il est décidé de le renvoyer en Algérie alors qu'il est tunisien.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A B ne font pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Myara a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B né le 21 septembre 2001, ressortissant tunisien a fait l'objet d'un arrêté du 14 janvier 2025, par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par sa requête, M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président "

3. M.A B n'ayant déposé aucune demande d'aide juridictionnelle il n'y a pas lieu de lui en accorder le bénéfice à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise notamment que M. A B s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire français, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que ses liens familiaux et personnels en France ne sont pas anciens, intenses et stables et qu'il a conservé des liens familiaux avec son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans. Il vise notamment les articles L. 612-3, L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance, a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

Concernant la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

5.Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet " et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

6. En l'espèce, le préfet a refusé d'accorder à M. A B un délai de départ volontaire au motif qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il n'a pas entrepris de démarche afin de régulariser sa situation, et enfin, qu'il ne peut présenter des documents d'identité. En outre, si M. A B produit une attestation d'hébergement datée du 28 janvier 2025 rédigée par un proche, cette attestation n'est pas de nature à établir que l'intéressé dispose d'une résidence effective et permanente sur le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à contester la décision portant refus de délai de départ volontaire au motif qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

7. Aux termes de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " l'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

8. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A B avant de décider qu'il est susceptible d'être éloigné vers le pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un titre de voyage en cours de validité ou à destination de tout autre pays où il établirait être légalement admissible. Si M. A B soutient qu'il est de nationalité tunisienne, et non pas algérienne, la décision querellée prévoit qu'il est susceptible d'être éloigné notamment vers le pays dont il a la nationalité, et non uniquement vers l'Algérie. Il suit de là que le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, lequel n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que demandent les requérants au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président-rapporteur,

Mme Soler, première conseillère,

M. Garcia, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2025.

Le président-rapporteur, L'assesseure la plus ancienne,

Signé Signé

A. MyaraN. Soler

La greffière,

Signé

S. Genovese

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation, la greffière.

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