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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2500849

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2500849

mercredi 25 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2500849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantALMAIRAC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice annule l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A..., ressortissant tunisien, et l'a obligé à quitter le territoire. La solution retenue est fondée sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant, marié à une compatriote titulaire d'un titre de séjour pluriannuel et père de trois enfants. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois, et condamne l'État à verser 1 000 euros à son avocate au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2025, M. B... A... représenté par Me Almairac, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, celle-ci renonçant à percevoir la part contributive de l’Etat versée au titre de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :
- son recours est recevable ;
-l’arrêté litigieux est entaché d’un défaut de motivation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 7 quater de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
-il méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-il méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et du citoyen ;
-il méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
-il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire enregistré le 19 mai 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 16 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Sorin, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Almairac, représentant M. A....


Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant tunisien né le 29 novembre 1978 déclare être entré sur le territoire français le 1er août 2019. Il a déposé une demande d’admission exceptionnelle au séjour le 2 février 2024. Par un arrêté du 14 août 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, le requérant demande l’annulation de cet arrêté.



Sur les conclusions à fin d’annulation :


2. Aux termes l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

3. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A... est entré en France en 2019 et y réside depuis, qu’il est marié avec une compatriote titulaire d’un titre de séjour pluriannuel, que de leur relation sont nés trois enfants, qu’en outre, l’épouse du requérant a été reconnue comme travailleur handicapé et a de ce fait besoin de l’assistance de M. A... dans les actes de la vie quotidienne. Dans ces conditions, dès lors qu’en raison de son titre de séjour pluriannuel, l’épouse du requérant a vocation à rester sur le territoire français, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. A... est fondé à soutenir que la décision attaquée a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et donc à demander pour ce motif l’annulation de l’arrêté attaqué dans l’ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

4. Le présent jugement, eu égard au motif d’annulation, implique qu’il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

5. M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Almairac est fondée à se prévaloir de l’application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 000 euros à verser à Me Almairac, sous réserve que cette dernière renonce à la somme versée par l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 14 août 2024 du préfet des Alpes-Maritimes est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » à M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l’attente, d’une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à Me Almairac, avocate de M. A..., une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, laquelle renonce par avance à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B... A..., à Me Almairac et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.


Délibéré après l’’audience du 4 juin 2025 à laquelle siégeaient :
-Mme Sorin, présidente,
-Mme Raison, l’assesseure la plus ancienne,
-M. Loustalot-Jaubert, conseiller.
assistés de M. Baaziz, greffier


Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2025.

La présidente-rapporteure, L’assesseure la plus ancienne,

signé
signé
G. Sorin L. Raison

Le greffier,

signé
A. Baaziz

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.









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