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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2501262

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2501262

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2501262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantKHADRAOUI-ZGAREN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice annule la décision du 15 janvier 2025 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le regroupement familial de M. B..., ressortissant algérien, au profit de son épouse. Le tribunal juge que le préfet ne pouvait pas légalement fonder son refus sur le 3° de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car cette disposition n'est pas applicable aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière complète par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. En conséquence, la décision est entachée d'une erreur de droit.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mars 2025, M. C... B..., représenté par Me Khadraoui-Zgaren, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 15 janvier 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de faire droit à sa demande de regroupement familial sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
-la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
-les faits reprochés ne sont pas établis ;
-elle méconnait les stipulations de l’article 4 de l’accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
-elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Soli, président-rapporteur ;

Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant algérien né le 16 novembre 1979 et titulaire d’une carte de résident, a formulé une demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme A... B... née D..., le 24 mai 2023. Par une décision du 15 janvier 2025, dont il demande l’annulation, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Aux termes de l’article 4 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « (…) Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. (…) Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants :1 – le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; 2 – le demandeur ne dispose ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France. Peut être exclu de regroupement familial : 1 – un membre de la famille atteint d'une maladie inscrite au règlement sanitaire international ; 2 – un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français.».

3. Aux termes de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : (…) 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ».

4. Les stipulations de l’accord franco-algérien régissent d’une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles relatives à la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. La portée des stipulations de l’article 4 de l’accord franco-algérien est équivalente à celle des dispositions des articles L. 434-1 à L. 434-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatives à l’autorisation de regroupement familial et notamment à celles de l’article L. 434-7 de ce code qui énumèrent les conditions d’acceptation d’une demande d’autorisation de regroupement familial aux étrangers en général. Dès lors, la disposition du 3° de cet article, selon laquelle l’étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial si il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil, n’est pas applicable aux ressortissants algériens. Au demeurant, l’accord franco-algérien ne comporte pas de stipulations semblables susceptibles de fonder un refus d’autorisation de regroupement familial pour un tel motif.

5. Il ressort des mentions de la décision contestée que le préfet des Alpes-Maritimes a estimé que M. B... ne satisfaisait pas à la condition posée au 3° de l’article L. 434-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ce qu’il est défavorablement connu des services de police pour des faits de « violence sur mineur de 15 ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime », survenus du 15 avril 2020 au 30 avril 2020. Toutefois, ainsi qu’il a été dit au point 4, le préfet des Alpes-Maritimes ne pouvait légalement rejeter pour ce motif la demande d’autorisation de regroupement familial présentée par M. B..., ressortissant algérien.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 15 janvier 2025 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de regroupement familial.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

7. L’exécution du présent jugement implique seulement, eu égard au motif d’annulation retenu après examen de l’ensemble des moyens de la requête, qu’il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :

Article 1err : La décision du 15 janvier 2025 du préfet des Alpes-Maritimes est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial de M. B... dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Nice.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Soli, président,
Mme Duroux, première conseillère,
Mme Bossuet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le au greffe le 13 janvier 2026.

Le président-rapporteur, L’assesseure la plus ancienne,
signé

signé

P. Soli

G. Duroux

La greffière,
signé

H. Diaw

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.

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