Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du préfet des Alpes-Maritimes du 4 février 2025. Cette décision, initialement présentée comme un refus de renouvellement de carte de résident, a été requalifiée par le tribunal en un retrait de titre de séjour. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. B..., caractérisé par des condamnations pénales répétées pour des faits de violence et de conduite sous stupéfiants, constituait une menace grave pour l'ordre public au sens de l'article L.432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également écarté le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 mars 2025, M. C... B..., représenté par Me Lavie, demande au tribunal d’annuler la décision du 4 février 2025 par laquelle le préfet des Alpes a refusé de lui renouveler sa carte de résident.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors que son comportement de constitue pas une menace à l’ordre public ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement informées du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique 28 novembre 2025 :
- le rapport de Mme Chevalier, rapporteure,
- et les observations de Me Heude-Dussautoir représentant le préfet des Alpes-Maritimes.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant tunisien né le 20 octobre 1989 demande au tribunal d’annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 4 février 2025 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui renouveler sa carte de résident valable du 14 janvier 2023 au 13 janvier 2033.
La décision attaquée indique selon ses termes que le préfet des Alpes-Maritimes ne procède pas au renouvellement de la carte de résident du requérant. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est titulaire d’une carte de résident valable du 14 janvier 2023 au 13 janvier 2033 et que le préfet des Alpes-Maritimes dans son courrier du 4 décembre 2024 lui faisait part de son intention de procéder à son retrait en raison de la menace à l’ordre public que constituait son comportement. Dans ces conditions, la décision de refus de renouvellement de titre de séjour en litige doit être regardée comme une décision de retrait de la carte de résident mentionnée ci-dessus.
En premier lieu, aux termes de l’article L.432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « (…) / Une carte de résident ou la carte de résident portant la mention “ résident de longue durée-UE ” peut, par décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public ».
La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel du ressortissant étranger. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles-ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
Pour procéder au retrait de la carte de résident dont est titulaire M. B..., le préfet des Alpes-Maritimes a considéré que le comportement de l’intéressé constituait une menace grave à l’ordre public dès lors, d’une part, qu’il a été condamné le 3 juin 2024 par le tribunal judiciaire de Grasse à une peine de cinq mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’à une peine d’interdiction de détention et port d’une arme pour des faits de violence avec ou menace d’arme sans incapacité et de port sans motif légitime d’arme blanche ou incapacitante de catégorie D et d’autre part, qu’il a fait l’objet d’un avertissement par ses services postérieurement à cet évènement. En outre, il ressort des pièces du dossier et des observations présentées par le préfet des Alpes-Maritimes en défense que le requérant a fait l’objet de trois précédentes condamnations pénales entre les années 2017 et 2021 et qu’il a de nouveau été condamné le 4 décembre 2025 par le tribunal judiciaire de Grasse à une peine d’emprisonnement de sept mois et d’annulation du permis de conduire pour récidive de conduite d’un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et sous l’emprise d’un état alcoolique pour des faits commis le 6 avril 2025. En outre, il ressort du courrier du 6 février 2023 procédant au renouvellement de sa carte de résident, que le préfet des Alpes-Maritimes lui précisait que ce renouvellement lui était exceptionnellement accordé au regard de sa situation familiale, ce dernier étant marié à une ressortissante française depuis 2011 avec qui il a eu deux enfants et que son titre de séjour pourrait être remis en cause dans l’hypothèse d’une nouvelle condamnation. Dans ces conditions et compte tenu du caractère répété des condamnations et du caractère hautement répréhensible des faits commis dont la matérialité n’est pas contestée le préfet a pu, sans commettre d’erreur d’appréciation, estimer, nonobstant la circonstance qu’il ait entrepris des démarches en vue de suivre des soins, que le comportement de l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public et procéder au retrait de sa carte de résident sur le fondement des dispositions précitées.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. »
Compte tenu de ce qui a été exposé au point 5 et en l’absence d’activité professionnelle régulière et pérenne de M. B..., la décision attaquée qui lui confère une autorisation provisoire de séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garantie par l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En troisième et dernier lieu, aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
La décision attaquée n’a pour effet d’éloigner le requérant vers son pays d’origine. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ne peut qu’être écarté.
Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée. Sa requête doit, par conséquent, être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Taormina, président,
Mme Zettor, première conseillère,
Mme Chevalier, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
C. Chevalier
Le président,
signé
G. Taormina La greffière,
signé
M. A...
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière.