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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2503226

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2503226

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2503226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Moutry
Avocat requérantJANOWSKI GAËLLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice a rejeté la requête de M. A B, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 2 avril 2025 lui retirant son titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le comportement de l'intéressé, caractérisé par de multiples condamnations pénales, constituait une menace pour l'ordre public justifiant le retrait de son titre de séjour. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et que l'interdiction de retour de trois ans était proportionnée. La solution s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2025, M. A B, représenté par Me Janowski, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes lui a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de sa reconduite, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à la délivrance d'un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté est irrégulier dès lors qu'il lui a été remis sans explication et en méconnaissance des textes relatifs aux conditions de notification ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant retrait du titre de séjour est irrégulière dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français ne prend pas en compte l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2025, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Moutry, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 19 juin 2025 :

- le rapport de Mme Moutry, magistrate désignée ;

- les observations de Me Janowski, avocat commis d'office, représentant M. A B, non présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête. Elle soutient, en outre, que la procédure est entachée d'irrégularité en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- les observations de M. C, représentant le préfet des Alpes-Maritimes.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 3 janvier 1977, actuellement détenu à la maison d'arrêt de Nice, était titulaire d'une carte de séjour temporaire en sa qualité de conjoint de français qui expirait le 4 juin 2025. Par un arrêté du 2 avril 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a retiré sa carte de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. En l'espèce, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A B de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que l'arrêté n'aurait pas été notifié selon les formes et procédures légales et réglementaires et sans incidence sur sa légalité.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles il se fonde et comporte les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A B. En particulier, l'arrêté précise que le requérant est entré sur le territoire français en 2017 à l'âge de 40 ans, qu'il s'est marié à une ressortissante française et qu'il a disposé de plusieurs cartes de séjour temporaires entre le 11 février 2018 et le 16 février 2020, d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 9 juin 2021 au 8 juin 2023 et d'une carte de séjour temporaire valable du 5 juin 2024 au 4 juin 2025. L'arrêté indique également que M. A B a été condamné à six reprises entre 2021 et 2025 et qu'il est actuellement incarcéré à la maison d'arrêt de Nice de sorte que son comportement constitue, au regard de la multiplicité des condamnations, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, tant le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, que le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort toutefois des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes l'a informé, par courrier du 18 février 2025 réceptionné le 21 février suivant, de son intention de lui retirer sa carte de séjour compte tenu de son comportement et des condamnations prononcées à son encontre et l'a invité, dans ce même courrier, à présenter ses observations dans un délai de 15 jours. La décision portant retrait du titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est intervenue que le 2 avril 2025, soit bien au-delà du délai qui était imparti à M. A B pour faire valoir ses observations, ce qu'il s'est, par ailleurs, abstenu de faire. Si le requérant soutient qu'il ne parle pas français, il a cependant été constaté, dans le cadre de la procédure en enquête de flagrance datant du 4 septembre 2024, que M. A B, qui est d'ailleurs marié à une ressortissante française, comprenait suffisamment le français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 () ; / 5° Lorsqu'elle envisage de refuser le renouvellement ou de retirer une carte de séjour pluriannuelle ou une carte de résident dans le cas prévu à l'article L. 412-10 ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci a procédé au retrait de la carte de séjour temporaire dont M. A B était titulaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune disposition légale ou règlementaire n'impose la consultation de la commission du titre de séjour en cas de retrait d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut de consultation préalable de la commission du titre de séjour doit être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a été condamné à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol le 22 avril 2021 par le tribunal correctionnel de Nice, à une peine de 5 mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol par le tribunal judiciaire de Nice le 11 juin 2021, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits de tentative de vol par le tribunal correctionnel de Nice le 8 octobre 2021, à une peine de 100 heures de travail d'intérêt général pour des faits de vol par le tribunal judiciaire de Nice le 9 novembre 2021, à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits de vol en récidive par le tribunal correctionnel de Nice le 24 mai 2024 et à une peine de 6 mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt par le tribunal correctionnel de Nice le 14 janvier 2025. Par suite, compte tenu de la multiplicité et la répétition des infractions, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a pu considérer que le comportement de M. A B constituait une menace pour l'ordre public.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. M. A B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré en France en 2017 à l'âge de 40 ans et qu'il a donc vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il est marié à une ressortissante française depuis le 20 février 2016, il ne produit aucune pièce à l'appui de sa requête qui viendrait étayer la communauté de vie et n'apporte aucun élément tendant à contredire le préfet des Alpes-Maritimes qui fait valoir que sa compagne ne lui a pas rendu visite depuis son incarcération en novembre 2024. En outre, M. A B ne justifie d'aucune autre attache sur le territoire français, ni d'aucune insertion professionnelle et a été condamné à de multiples reprises. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, elle n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

13. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :

1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ".

14. Ainsi qu'il a été dit au point 10, le comportement de M. A B constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, c'est à bon droit et sans erreur manifeste d'appréciation, que le préfet a pu décider de n'accorder aucun délai de départ volontaire à M. A B.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

16. Pour fixer l'interdiction de retour sur le territoire français tant dans son principe que dans sa durée, le préfet des Alpes-Maritimes a retenu que le requérant était marié mais sans enfant, qu'il ne justifiait pas de l'intensité de ses liens sur le territoire français et que sa présence constituait une menace pour l'ordre public. Le préfet a ainsi pris en compte l'ensemble des critères définis par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pertinents au regard de la situation du requérant.

17. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 12, le requérant ne justifie d'aucune insertion professionnelle sur le territoire français, ni de la communauté de vie avec sa compagne, ni de l'intensité de ses liens avec la France alors qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu du comportement que le requérant a adopté depuis son entrée sur le territoire français et de la menace à l'ordre public qu'il représente, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans n'apparaît pas disproportionnée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 avril 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié M. D A B, et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

La magistrate désignée,

signé

M. MOUTRY

La greffière,

signé

C. KUBARYNKA

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation, le greffier,

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