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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2503778

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2503778

jeudi 10 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2503778
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGUEZ GUEZ

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'arrêté du 4 juin 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le changement de statut de M. B... de "travailleur saisonnier" vers "salarié". Le juge a estimé que cette demande constituait une première demande de titre de séjour et non un renouvellement, ce qui exclut la présomption d'urgence. Il a considéré que l'urgence n'était pas caractérisée, le requérant ne justifiant que d'un emploi récent et à temps limité, sans faire l'objet d'une mesure d'éloignement. La requête a donc été rejetée sans instruction ni audience.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Guezguez, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 4 juin 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention « travailleur saisonnier » au titre de sa demande de changement de statut vers un titre de séjour « salarié » ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « salarié » dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors qu’il a, par ailleurs, saisi le tribunal d’une requête en annulation de l’arrêté en litige ;
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il était titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier valable jusqu’au 24 mai 2025, qu’il a été engagé en qualité de carrossier par contrat à durée indéterminée en date du 1er février 2025, qu’il risque de perdre définitivement son emploi et de se retrouver dans une situation de grande précarité ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, qui est entachée d’une erreur de droit en méconnaissance de l’article 3 de l’accord franco marocain et d’une erreur manifeste d’appréciation.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée le 8 juillet 2025 sous le n°2503777.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Raison, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.
2. M. B..., ressortissant marocain titulaire, en dernier lieu, d’une carte de séjour pluriannuelle portant la mention « travailleur saisonnier » valable jusqu’au 24 mai 2025, a sollicité le 19 mars 2025 le renouvellement de son titre avec changement de statut pour obtenir la mention « salarié ». Par une décision en date du 4 juin 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande. Sa requête tend, à titre principal, à la suspension de l’exécution de cet arrêté, sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

3. Pour l’application des dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé. Cette condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement ou du retrait d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.




4. M. B... ayant sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes le changement de son statut au regard de son droit au séjour, sa demande ne peut être analysée comme tendant au renouvellement du titre qu’il détenait précédemment en qualité de travailleur saisonnier, mais constitue une nouvelle première demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le requérant ne saurait bénéficier de la présomption d’urgence mentionnée au point précédent.
5. En l’espèce, si au titre de l’urgence le requérant soutient qu’il encourt une rupture de son contrat de travail et qu’il est susceptible de se trouver en situation de précarité, il résulte du contrat de travail du requérant et des deux fiches de paie produites que M. B..., présent sur le territoire depuis 2022 que celui-ci ne justifie d’un emploi que depuis une période récente et sur un temps limité. En outre, il ne justifie pas avoir sollicité le renouvellement de son titre sollicité par son employeur pour régulariser sa situation. Par ailleurs, en l’état, il ne fait l’objet d’aucune mesure d’éloignement. Il en résulte que dans les circonstances de l’espèce, la condition d’urgence qui s’apprécie concrètement n’est pas remplie. Les conclusions tendant à la suspension de la décision litigieuse ainsi que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l’instance doivent être rejetées.

6. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, et de rejeter la requête, en toutes ses conclusions, de M. B....




ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Nice, le 10 juillet 2025.



La juge des référés,

signé

L. Raison

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,

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