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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2504818

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2504818

vendredi 19 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2504818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELAS NAUSICA

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nice, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté les demandes de suspension de M. et Mme A. Les requérants contestaient le refus du directeur académique des Alpes-Maritimes d'autoriser l'instruction en famille de leurs deux enfants pour l'année 2025-2026, invoquant l'urgence liée à l'itinérance professionnelle du père et un doute sérieux sur la légalité des décisions au regard des articles L. 131-5 3° du code de l'éducation et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les requérants n'établissant pas que la scolarisation en établissement serait impossible ou que le refus porterait une atteinte grave et immédiate à la situation des enfants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2504818, M. et Mme A, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2025 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant C pour l'année 2025-2026, ensemble la décision du 9 juillet 2025 de rejet de leur recours administratif préalable obligatoire, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes d'accorder l'autorisation sollicitée, sur le motif demandé ou en raison de la situation propre de l'enfant, ou en tout état de cause de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est établie dès lors que la décision attaquée porte atteinte à la liberté d'enseignement et à la continuité éducative, alors que le cadre scolaire ordinaire n'est pas adapté à la situation de leur enfant (M. A est amené à effectuer de nombreux déplacements, tant en France qu'à l'étranger, dans le cadre de missions professionnelles de longue durée, itinérance rendant matériellement impossible toute scolarisation régulière de C dans un établissement, l'enfant devant suivre le rythme de la famille afin de pouvoir continuer à voir son père) ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses dès lors qu'elles méconnaissent les dispositions des articles L. 131-5 3° du code de l'éducation, les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2025, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête, dès lors que l'urgence n'est pas établie et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2504820, M. et Mme A, représentés par Me Fouret, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 4 juin 2025 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour l'enfant D pour l'année 2025-2026, ensemble la décision du 9 juillet 2025 de rejet de leur recours administratif préalable obligatoire, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes d'accorder l'autorisation sollicitée, sur le motif demandé ou en raison de la situation propre de l'enfant, ou en tout état de cause de réexaminer leur demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est établie dès lors que la décision attaquée porte atteinte à la liberté d'enseignement et à la continuité éducative, alors que le cadre scolaire ordinaire n'est pas adapté à la situation de leur enfant (M. A est amené à effectuer de nombreux déplacements, tant en France qu'à l'étranger, dans le cadre de missions professionnelles de longue durée, itinérance rendant matériellement impossible toute scolarisation régulière D dans un établissement, l'enfant devant suivre le rythme de la famille afin de pouvoir continuer à voir son père) ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses dès lors qu'elles méconnaissent les dispositions des articles L. 131-5 3° du code de l'éducation, les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2025, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête, dès lors que l'urgence n'est pas établie et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes n°2504816 et 2504819 par lesquelles M. et Mme A demandent l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 septembre 2025 à 14h30, tenue en présence de Mme Sussen, greffière d'audience :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, juge des référés ;

- les observations de Me Barrau-Azéma, pour les requérants, qui persistent dans leurs écritures et font en outre valoir, en ce qui concerne l'urgence, qu'il y a un historique d'instruction dans la famille et que le recours au fond ne sera pas examiné au cours de l'année scolaire en cours ;

- et les observations de M. B, pour la rectrice de l'académie de Nice, qui persiste dans ses écritures et qui fait valoir que la demande des requérants n'est en tout état de cause pas fondée dès lors qu'elle ne concerne pas une itinérance de l'ensemble de la famille en France.

Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A demandent au juge des référés, par deux requêtes distinctes enregistrées sous les n°2504818 et n°2504820, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions du 4 juin 2025 par lesquelles le directeur académique des services de l'éducation nationale des Alpes-Maritimes a refusé l'autorisation d'instruction en famille pour leurs enfants C et D pour l'année 2025-2026, ensemble les décisions du 9 juillet 2025 de rejet de leurs recours administratifs préalables obligatoires, et ce jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n°2504818 et n°2504820 soulevant les mêmes questions et ayant fait d'une instruction commune, il y a dès lors lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Aux termes de l'article L. 131-5 du code de l'éducation : " Les personnes responsables d'un enfant soumis à l'obligation scolaire définie à l'article L. 131-1 doivent le faire inscrire dans un établissement d'enseignement public ou privé ou bien, à condition d'y avoir été autorisées par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation, lui donner l'instruction en famille (). / L'autorisation mentionnée au premier alinéa est accordée pour les motifs suivants, sans que puissent être invoquées d'autres raisons que l'intérêt supérieur de l'enfant : 1° L'état de santé de l'enfant ou son handicap ; 2° La pratique d'activités sportives ou artistiques intensives ; 3° L'itinérance de la famille en France ou l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public ; 4° L'existence d'une situation propre à l'enfant motivant le projet éducatif, sous réserve que les personnes qui en sont responsables justifient de la capacité de la ou des personnes chargées d'instruire l'enfant à assurer l'instruction en famille dans le respect de l'intérêt supérieur de l'enfant. Dans ce cas, la demande d'autorisation comporte une présentation écrite du projet éducatif, l'engagement d'assurer cette instruction majoritairement en langue française ainsi que les pièces justifiant de la capacité à assurer l'instruction en famille ".

5. Outre la nécessité, en vertu de l'article R. 131-11-1 du code de l'éducation, de compléter un formulaire de demande d'autorisation précisant notamment l'identité de l'enfant, des personnes responsables de l'enfant ainsi que de la personne chargée d'instruire l'enfant s'il ne s'agit pas des personnes responsables de l'enfant, l'article R. 131-11-4 dudit code précise que : " Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'itinérance en France des personnes responsables de l'enfant, elle comprend toutes pièces utiles justifiant de l'impossibilité pour l'enfant de fréquenter assidûment, pour ces raisons, un établissement d'enseignement public ou privé. / Lorsque la demande d'autorisation est motivée par l'éloignement géographique de tout établissement scolaire public, elle comprend toutes pièces utiles établissant cet éloignement. ".

6. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, les requêtes susvisées doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes susvisées n°2504818 et n°2504820 présentées par M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et à la rectrice de l'académie de Nice.

Fait à Nice, le 19 septembre 2025.

Le juge des référés,

signé

F. Silvestre-Toussaint-Fortesa

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou, par délégation, la greffière

2-2504820

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