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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2505430

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2505430

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2505430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nice, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de M. A..., ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 19 août 2025 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le juge a écarté les moyens d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant l'arrêté suffisamment motivé en droit et en fait. Il a également jugé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de fait en considérant l'insertion professionnelle insuffisante, et que l'examen au regard de l'article L. 435-2 du CESEDA n'était pas requis. Enfin, le tribunal a considéré que la décision ne méconnaissait ni l'article L. 435-1 du CESEDA, ni l'accord franco-tunisien de 1988, ni l'article 8 de la CEDH, compte tenu de l'absence d'attaches familiales stables en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2025, M. B... A... demande au Tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 août 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d’enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’une insuffisance de motivation ;
- il est entaché d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d’une erreur de droit en ce que le préfet des Alpes-Maritimes a omis d’examiner sa situation au regard des dispositions de l’article L. 435-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur de droit en ce que le préfet des Alpes-Maritimes n’a pas fait application de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il est entaché d’une erreur de fait en ce que le préfet des Alpes-Maritimes a considéré qu’il ne justifiait pas d’une insertion professionnelle suffisante ;
- il méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- enfin, il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président, a été entendu au cours de l’audience publique du 11 décembre 2025.



Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant tunisien né le 8 octobre 1993, a sollicité auprès du préfet des Alpes-Maritimes la délivrance d’un titre séjour. Par un arrêté du 19 août 2025, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Le requérant demande l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l’arrêté attaqué vise les dispositions légales sur lesquelles se fondent les décisions qu’il contient, notamment les dispositions et stipulations pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le préfet des Alpes-Maritimes a notamment pris en compte l’insertion professionnelle du requérant mais a estimé que celle-ci ne présentait pas une intensité et une ancienneté suffisante, ainsi que les éléments relatifs à sa vie privée et familiale, laquelle n’apparait pas ancrée en France dès lors qu’il y est célibataire et sans enfant. Il en résulte que l’arrêté attaqué comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et, par suite, les moyens tirés de l’insuffisance de motivation et du défaut d’examen particulier de sa situation doivent être écartés.






3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur de fait en considérant qu’il ne justifiait pas d’une insertion professionnelle suffisante alors qu’il bénéficie d’un contrat de travail à durée indéterminée depuis fin 2023, cette circonstance ne peut être qualifiée d’erreur de fait dès lors que le préfet a bien tenu compte de l’activité professionnelle précitée mais a, à bon droit, estimé qu’elle ne présentait une ancienneté suffisante pour justifier une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen précité doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient qu’il pouvait prétendre à l’obtention d’un titre de séjour « salarié » sur le fondement de l’article L. 435-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait fondé sa demande de titre de séjour sur ces dispositions de sorte que le préfet n’était pas tenu d’examiner sa situation au regard de celles-ci. Par suite, le moyen susmentionné doit être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose que : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. (…) ».

6. L’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule que : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention «salarié ». L’article 2.3.3 de l’accord cadre relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, du protocole relatif à la gestion concertée des migrations (ensemble deux annexes) et du protocole en matière de développement solidaire (ensemble trois annexes) entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signés à Tunis le 28 avril 2008, stipule que : « Le titre de séjour portant la mention « salarié », prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi. Cette liste peut être modifiée par échange de lettres entre les deux Parties. ».

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale soit au titre du travail. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, les stipulations de cet accord n’interdisent pas au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, en fonction de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation d’un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en qualité de salarié.

8. En l’espèce, et d’une part, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait commis une erreur de droit en omettant d’examiner sa situation au regard des stipulations de l’accord franco-tunisien au titre du travail dès lors qu’il ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour sur ce fondement. D’autre part, s’il est constant que le requérant justifie d’une présence continue et d’une activité professionnelle en France depuis fin 2023, ces circonstances ne constituent pas, à elles seules, un motif d’admission exceptionnelle au séjour au sens des dispositions précitées. Par suite, l’intéressé n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté litigieux serait entaché d’une méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et le moyen formulé à ce titre doit, par suite, être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). ».

10. En l’espèce, les éléments dont se prévaut le requérant, à savoir sa durée de présence habituelle en France, laquelle s’élève à deux ans et ne présente ainsi pas de caractère particulièrement ancien, ainsi que son insertion professionnelle, ne suffisent pas à établir qu’il aurait fixé sur le territoire national le centre de sa vie privée et familiale dès lors qu’il est célibataire et sans enfant et qu’il ne démontre pas être dépourvu d’attaches personnelles et familiale dans son pays d’origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction ainsi que celles formulées au titre des frais liés au litige.


DECIDE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.


Délibéré après l’audience du 11 décembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;
Mme Cueilleron, conseillère ;
M. Bulit, conseiller ;
Assistés de Mme Sussen, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 8 janvier 2026.

Le président-rapporteur,
L’assesseure la plus ancienne,

signé

signé



F. Silvestre-Toussaint-Fortesa
S. Cueilleron


La greffière,


signé

C. Sussen

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou, par délégation, la greffière


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