Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2025, M. C... A... B..., représentée par Me de Prémare, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de la décision du 25 septembre 2025 par laquelle la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes a suspendu à son égard les effets de la convention nationale des masseurs-kinésithérapeutes pour une durée de trois mois ;
2°) de mettre à la charge de la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes la somme de 5 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision attaquée fait peser un risque sur la survie de la société qu’il a constituée, que la liquidation judiciaire de celle-ci provoquerait le licenciement de 28 salariés et qu’il convient de tenir compte de l’intérêt public lié au maintien de l’accès aux soins dans le secteur concerné ;
- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation au sens de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle a été prise au terme d’une procédure irrégulière au regard de l’article R. 162-54-10 du code de la sécurité sociale ;
- la fraude alléguée et ainsi le caractère de gravité de la violation de ses engagements conventionnels ne sont pas établis ;
- la durée de suspension du conventionnement est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 octobre 2025, la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes, représentée par Me Vérignon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de M. A... B... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie, eu égard à l’absence de documents justificatifs et à l’ampleur de la fraude ;
- aucun des moyens soulevés n’est propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2505602 tendant à l’annulation de la décision du 25 septembre 2025.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. d’Izarn de Villefort, vice-président, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 octobre 2025, à 10 heures :
- le rapport de M. d’Izarn de Villefort,
- les observations de Me de Prémare, représentant M. A... B..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- les observations de Me Vérignon, représentant la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes, qui confirme son argumentation.
Par une ordonnance du 10 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été différée au 13 octobre 2025 à 12 h 00.
La caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes a produit des pièces enregistrées le 13 octobre 2025 à 9 h 44.
Par un mémoire enregistré le 13 octobre 2025 à 11 h 43, M. A... B... conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Il demande, en outre, que soit conféré un effet rétroactif à la suspension de l’exécution de la décision du 25 septembre 2025.
Par une ordonnance du 13 octobre 2025, la clôture de l’instruction a été différée au 14 octobre 2025 à 10 h 00.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ».
2. Aux termes de l’article R. 162-54-10 du code de la sécurité sociale : « En cas de violation particulièrement grave des engagements conventionnels d'un professionnel de santé, d'un centre de santé, d'une entreprise de transport, d'un distributeur de produits ou d'un prestataire de services associés à leur usage adhérant à l'une des conventions ou accords nationaux mentionnés aux articles L. 162-5, L. 162-9, L. 162-12-2, L. 162-12-9, L. 162-14, L. 162-16-1, L. 162-32-1, L. 165-5, L. 322-5 et L. 322-5-2 notamment dans les cas de nature à justifier, en présence d'un préjudice financier pour l'assurance maladie, le dépôt d'une plainte pénale en application du quatrième alinéa de l'article L. 114-9, le directeur de la caisse primaire d'assurance maladie dans le ressort de laquelle exerce l'intéressé, alerté le cas échéant par le directeur de tout autre organisme d'assurance maladie concerné, peut décider de suspendre les effets de la convention à son égard pour une durée qui ne peut excéder trois mois. / Lorsqu'il entend faire usage de ces pouvoirs, le directeur de la caisse communique à la personne mentionnée au premier alinéa, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, un courrier indiquant les faits reprochés, la mesure de suspension envisagée et sa durée. Il transmet ces éléments au directeur général de l'union nationale des caisses d'assurance maladie. / Le directeur de la caisse engage parallèlement la procédure de déconventionnement prévue au premier alinéa de l'article L. 162-15-1 et au premier alinéa de l'article L. 162-32-3 dans les conditions prévues par les dispositions conventionnelles. / Le professionnel de santé ou le représentant de la personne morale concernée dispose d'un délai de huit jours à compter de la date de notification du courrier mentionné au deuxième alinéa pour demander à être entendu, assisté le cas échéant de la personne de son choix, dans un délai qui ne saurait excéder quinze jours à compter de la même date. Il peut également, dans ce délai de quinze jours, présenter des observations écrites. / A compter de la date de réception des observations écrites ou du lendemain de l'audition des personnes mentionnées à l'alinéa précédent, ou, en l'absence de réponse, à l'issue du délai de quinze jours mentionné à l'alinéa précédent, le directeur de la caisse peut dans un délai de quinze jours : / 1° Soit décider d'abandonner la procédure, sans préjudice de la poursuite, le cas échéant, de la procédure de déconventionnement prévue au premier alinéa de l'article L. 162-15-1. Dans ce cas, il en informe l'intéressé dans les meilleurs délais ; / 2° Soit décider de suspendre les effets de la convention à l'égard du professionnel, du centre de santé, de l'entreprise de transport, du distributeur ou du prestataire pour une durée qu'il fixe, dans la limite de trois mois, sous réserve d'avoir recueilli l'avis du directeur général de l'union nationale des caisses d'assurance maladie ou de son représentant désigné à cet effet. Cette décision prend effet à compter du lendemain de sa notification. / Les dispositions du IV de l'article R. 147-2 sont applicables aux notifications prévues au deuxième alinéa ainsi qu'à l'alinéa précédent. »
3. Compte tenu, notamment, de la nature de la décision de suspension prévue par les dispositions de l’article R. 162-54-10 du code de la sécurité sociale, les moyens invoqués par M. A... B... à l’appui de sa demande de suspension, ne paraissent pas, en l’état de l’instruction, propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. L’une des conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’étant pas remplie, la demande présentée par M. A... B... doit donc être rejetée.
4. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes, qui n’a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A... B... la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. A... B... une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : M. A... B... versera à la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... B... et à la caisse primaire d’assurance maladie des Alpes-Maritimes.
Fait à Nice, le 17 octobre 2025.
Le juge des référés
signé
P. d’Izarn de Villefort
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,