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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2604923

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2604923

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2604923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M. Garcia
Avocat requérantJEULIN LOLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 28 juillet 2026, M. D... B..., représenté par Me Jeulin, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 9 juillet 2026 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé de deux années supplémentaires l’interdiction de retour sur le territoire français d’un an dont il faisait l’objet.

Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, en l’absence d’une délégation de signature régulière et publiée ;
- il est entaché d’une insuffisance de motivation ainsi que d’un défaut d’examen sérieux ;
- il méconnaît le droit à être entendu résultant du principe général du droit de l’Union européenne ;
- il est entaché d’erreur de droit et d’erreur de fait, dès lors qu’il n’a pas fait l’objet d’une précédente interdiction de retour sur le territoire français ;
- il est entaché d’erreur d’appréciation au regard des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2026, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.


Il soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable faute d’être motivée et de comporter l’identité ainsi que le domicile du requérant ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné M. Arthur Garcia, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l’article L. 921-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 29 juillet 2026 qui s’est tenue à 14 heures en présence de Mme Kubarynka, greffière d’audience :
- le rapport de M. Garcia, magistrat désigné ;
- les observations de Me Jeulin, avocate commise d’office, représentant M. B..., non-présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- et les observations de Mme F..., représentant le préfet des Alpes-Maritimes, qui persiste dans ses écritures.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 14 heures 36, en application des dispositions de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D... B..., ressortissant algérien né le 11 janvier 2000, a fait l’objet d’un arrêté du 27 avril 2026 par lequel le préfet du Bas-Rhin lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Toutefois, par un arrêté du 9 juillet 2026, le préfet des Alpes-Maritimes a prolongé de deux années supplémentaires cette interdiction de retour sur le territoire français. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2026-1028 du 6 juillet 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 215-2026-6 du 7 juillet 2026, le préfet des Alpes-Maritimes a donné à M. C... E..., chef du bureau de l’éloignement et du contentieux séjour, délégation à l’effet de signer les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose les circonstances propres à la situation de M. B..., tenant à ce qu’il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français assortie d’une interdiction de retour d’un an, la récence de son entrée en France et des liens qu’il y a noués, qu’il a été placé en garde à vue le 1er juillet 2026 pour des faits d’offre ou cession de stupéfiants et enfin, qu’il s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire français nonobstant cette précédente obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, alors que le préfet n’est pas tenu d’indiquer de manière exhaustive le parcours de l’intéressé, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de cet arrêté ne peut qu’être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d’être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l’Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d’une procédure administrative avant l’adoption de toute décision susceptible d’affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l’autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d’entendre l’intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A..., N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l’exercice des droits de la défense lors d’une procédure administrative concernant un ressortissant d’un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d’être entendu n’est pas de nature à entacher systématiquement d’illégalité la décision prise. Il revient à l’intéressé d’établir devant le juge chargé d’apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu’il n’a pas pu présenter à l’administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d’une telle demande de vérifier, lorsqu’il estime être en présence d’une irrégularité affectant le droit d’être entendu, si, eu égard à l’ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l’espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l’invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. En l’espèce, si M. B... soutient qu’il n’a pas pu être entendu avant que lui soit notifié l’arrêté litigieux, il ressort des pièces du dossier qu’il a été entendu une première fois dès le 1er juillet 2026 dans le cadre d’une enquête de flagrance pour détention de médicaments soumis à prescription, audition au cours de laquelle il a été interrogé de façon précise sur son parcours, ses attaches, ainsi que sur l’existence d’une première obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. S’il a également été entendu postérieurement à la notification de l’arrêté litigieux, les éléments déclarés par l’intéressé corroborent ceux résultant de l’audition du 1er juillet 2026, de sorte que le requérant ne justifie d’aucun élément permettant d’aboutir à un résultat différent. Par suite, et alors que la circonstance que l’arrêté litigieux fasse état d’une audition le 9 juillet 2026 est sans incidence sur l’existence de l’audition antérieure de l’intéressé, ce moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l’erreur de droit n’est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative ne peut prolonger la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont est assortie l'obligation de quitter le territoire français sans délai que si l'étranger n'a pas déféré à cette obligation après qu'elle lui a été notifiée. A défaut de notification, l'interdiction de retour ne peut pas être prolongée.

9. M. B... relève à l’appui de ce moyen qu’aucune interdiction de retour sur le territoire français ne lui a été notifiée le 11 juin 2026, contrairement à ce que relève l’arrêté attaqué. Par ailleurs, l’intéressé contesté être le destinataire de l’arrêté 26 avril 2026 du préfet du Bas-Rhin prononçant une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour d’un an. Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté du préfet du Bas-Rhin, dont une ampliation a été retrouvée dans le téléphone de l’intéressé, fait état d’un ressortissant libyen ayant pour alias M. B.... Or, le requérant a reconnu au cours de l’audition du 10 juillet 2026 avoir été en garde à vue à cette occasion, et qu’il avait essayé en vain de « se faire passer pour un mineur libyen ». Enfin, la signature manuscrite apposée sur le formulaire de notification de cet arrêté, qui est analogue à celle figurant sur l’arrêté attaqué, permet de démontrer que son destinataire est le même que pour celui en litige. Dans ces conditions, en l’absence d’autres éléments, et alors que la mention selon laquelle l’intéressé aurait fait l’objet d’une précédente interdiction de retour le 11 juin 2026 constitue une simple erreur matérielle, sans incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué, les moyens d’erreur de fait et de droit doivent être écartés.

10. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. » et aux termes de l’article L. 612-11 du même code : « L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; (…) / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ». Enfin, aux termes de l’article L. 824-9 de ce code : « Est puni de trois ans d'emprisonnement le fait, pour un étranger, de se soustraire ou de tenter de se soustraire à l'exécution d'une (…) obligation de quitter le territoire français (…). ».

11. Il résulte de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider et fixer la durée d’une mesure de prolongation d’une interdiction de retour sur le territoire français prise pour l’application des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu’invoque l’autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d’interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l’étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré irrégulièrement en France en août 2025, où il se maintient en étant célibataire, sans enfant, et sans justifier d’attaches familiales intenses alors qu’il conserve de telles attaches en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans. Il reconnaît n’avoir jamais sollicité de titre de séjour, et il n’établit pas exercer une activité professionnelle pérenne. Dans ces conditions, sans qu’il soit besoin de se prononcer expressément sur l’existence d’une menace à l’ordre public, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que le préfet des Alpes-Maritimes a pu prolonger de deux années supplémentaires, portant l’ensemble à trois ans, l’interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l’objet.

13. En septième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

14. Eu égard à ce qui a été dit au point 12, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté porterait une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

15. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 9 juillet 2026 du préfet des Alpes-Maritimes, de sorte que sa requête ne peut qu’être rejetée.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.

Le magistrat désigné,
signé
A. GARCIA
La greffière,
signé
C. KUBARYNKA



La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation, la greffière,

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