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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-1901493

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-1901493

samedi 15 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-1901493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCHICAUD & PREVOST - OCEAN INDIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 27 juin 2022, le tribunal administratif, avant de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B A tendant à la condamnation de la commune de l'Entre-Deux à l'indemniser des préjudices qu'elle soutient avoir subis du fait des inondations causées par l'absence d'ouvrages d'évacuation des eaux de pluie, ainsi qu'à ce qu'il soit enjoint à la commune de mettre en place un réseau efficace d'évacuation des eaux pluviales, a ordonné une expertise en vue d'apprécier la réalité et l'importance des troubles invoqués.

Le rapport de l'expert a été enregistré le 27 juin 2023.

Par une ordonnance du 1er septembre 2023 le président du tribunal administratif a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 5 254,23 euros.

Par un mémoire enregistré le 14 août 2023, le département de La Réunion, représenté par Me Sandrin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les demandes de Mme A ne sont pas fondées.

Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2023, Mme B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par la commune de l'Entre-Deux à sa demande préalable indemnitaire du 4 novembre 2019 ;

2°) de condamner la commune de l'Entre-Deux à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance et de son préjudice moral ;

3°) d'enjoindre à la commune de l'Entre-Deux de mettre en place un réseau efficace d'évacuation des eaux pluviales ;

4°) de mettre à la charge de la commune de l'Entre-Deux une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'urbanisation du quartier situé en amont de sa propriété a imperméabilisé les sols ;

- le réseau de canalisation installé par la commune dans le quartier de la Mare a favorisé l'écoulement des eaux de pluie sur son terrain ;

- la commune, informée du problème depuis au moins l'année 2002, n'a pas mis en place dans la rue Hubert Delisle de réseau d'évacuation des eaux pluviales permettant de limiter l'inondation de son terrain avant le mois de juin 2022 ;

- la commune a commis des fautes au regard des articles L. 2212-1 et L. 2226-1 du code général des collectivités territoriales et de l'article R. 141-2 du code de la voirie routière ;

- sa responsabilité doit également être engagée sur le fondement des dommages causés par un ouvrage public ;

- elle a subi un préjudice de jouissance en raison des inondations fréquentes de son terrain et des détritus charriés par les eaux, un préjudice matériel en raison de grande valeur de son jardin et un préjudice moral lié aux différentes procédures permettant d'aboutir à la réalisation de travaux en juin 2022.

Par un mémoire, enregistré le 17 octobre 2023, la communauté d'agglomération sud de La Réunion (CASUD), représentée Me Prevost, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les demandes de Mme A ne sont pas fondées.

Par un courrier du 13 mars 2024 le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de rejeter pour irrecevabilité les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet née de la demande indemnitaire préalable de Mme A, dès lors que sa légalité est sans influence sur l'issue du litige.

Mme A a produit des observations en réponse au moyen d'ordre public le 8 avril 2024.

Vu :

- l'ordonnance du 1er septembre 2023 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais de l'expertise à 5 254,23 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Pothier substituant Me Bodo, représentant de Mme A,

- les observations de Me Sandrin pour le département de La Réunion,

- et les observations de Me Dejoie substituant Me Prevost représentant la CASUD.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande indemnitaire préalable datée du 4 novembre 2019, Mme B A, propriétaire, depuis 2005, d'un terrain situé en bordure de la route départementale n°3, au n° 30 de la route Hubert Delisle à l'Entre-Deux (parcelle cadastrée AS 206), a demandé à la commune de l'indemniser des préjudices subis depuis le mois de juin 2019 résultant de l'inondation fréquente d'une partie de sa parcelle et de réaliser des travaux tendant à la mise en place d'un réseau d'évacuation des eaux de pluie sur la portion de route située en amont de sa propriété afin de limiter les inondations.

2. Par un jugement avant dire droit du 27 juin 2022, le tribunal administratif, avant de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A, a ordonné une expertise en vue d'apprécier la réalité et l'importance des troubles invoqués. L'expert a déposé son rapport le 27 juin 2023.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de la demande indemnitaire préalable de Mme A :

3. La légalité de la décision implicite née du silence gardé par la commune de l'Entre-Deux sur la demande indemnitaire préalable de Mme A, datée du 4 novembre 2019, est sans influence sur l'issue du litige. Par suite, les conclusions tendant à son annulation sont irrecevables.

Sur la responsabilité de la commune de l'Entre-Deux :

En ce qui concerne la carence du maire dans la mise en œuvre de ses pouvoirs de police :

4. Aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que (), les inondations () et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". L'article L. 2226-1 du même code dispose que : " La gestion des eaux pluviales urbaines correspondant à la collecte, au transport, au stockage et au traitement des eaux pluviales des aires urbaines constitue un service public administratif relevant des communes, dénommé service public de gestion des eaux pluviales urbaines. / () " Aux termes de l'article R. 2226-1 de ce code, la commune ou l'établissement public compétent chargé du service public de gestion des eaux pluviales " assure la création, l'exploitation, l'entretien, le renouvellement et l'extension de ces installations et ouvrages ainsi que le contrôle des dispositifs évitant ou limitant le déversement des eaux pluviales dans ces ouvrages publics () ".

5. Si les dispositions précitées confient au maire le soin d'assurer la sécurité et la salubrité publiques en prévenant notamment les inondations par des mesures appropriées et instituent un service public administratif de gestion des eaux pluviales urbaines dans les zones identifiées par les documents d'urbanisme comme " urbanisées et à urbaniser ", elles n'ont ni pour objet ni ne sauraient avoir pour effet d'imposer aux communes et aux établissements publics compétents la réalisation de réseaux d'évacuation pour absorber l'ensemble des eaux pluviales ruisselant sur leur territoire.

6. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise du 27 juin 2023 qu'une partie de la parcelle appartenant à Mme A, classée par le plan local d'urbanisme en zone " espace boisé classé " et identifiée par le plan de prévention des risques naturels applicable en zone d'aléa inondation fort, a toujours été l'exécutoire naturel des eaux situées en amont de son terrain en raison de la topographie des lieux. Un affluent de la ravine Bras Long se situe sur le terrain de Mme A et évacue naturellement les eaux de ruissellement du secteur vers ladite ravine. Cet état de fait préexiste à l'achat par Mme A de sa propriété en 2005. S'il est vrai que jusqu'en juin 2022 la portion de la route Hubert Delisle située en amont du terrain de Mme A ne comportait pas de réseau d'évacuation des eaux pluie et qu'il est constant que les inondations subies par la requérante se sont renforcées dans le temps à la faveur de l'urbanisation du secteur, il ne résulte pas de l'instruction et n'est pas davantage démontré que les venues d'eau provoquées par le ruissellement des eaux pluviales sur le terrain de Mme A, aussi gênantes soient-elles, aient été d'une gravité telle que le maire aurait commis une carence fautive en s'abstenant d'exercer les pouvoirs de police qu'il tient des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité de la commune serait engagée en raison d'une faute de son maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police.

En ce qui concerne la responsabilité de la commune sur le fondement des dommages causés par un ouvrage public :

7. Une collectivité publique est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont elle a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Dans ce cas, elle ne peut dégager sa responsabilité à l'égard des victimes que si elle établit que les dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. En revanche, ce régime de responsabilité ne s'applique pas aux préjudices subis du fait de l'absence d'ouvrage public.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à invoquer le bénéfice du régime des dommages causés par un ouvrage public en raison de l'absence de réseau d'évacuation des eaux pluie au niveau de la route Hubert Delisle avant le mois de juin 2022. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que le réseau de canalisation installé par la commune dans le quartier de la Mare ait favorisé l'écoulement des eaux de pluie sur le terrain de Mme A.

En ce qui concerne la méconnaissance du code de la voirie routière :

9. Aux termes de l'article R. 141-2 du code de la voirie routière : " Les profils en long et en travers des voies communales doivent être établis de manière à permettre l'écoulement des eaux pluviales et l'assainissement de la plate-forme. "

10. Si la requérante cite, dans ses écritures, l'article R. 141-2 du code de la voirie routière précitée en concluant que la commune a commis une faute au regard de ces dispositions, elle n'assortie son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune à l'indemniser des préjudices qui résulteraient des inondations de son terrain.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A ne peuvent être que rejetées. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que depuis le mois de juin 2022, la route Hubert Delisle est équipée d'un réseau d'évacuation des eaux de pluie.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dépens de l'instance, tels que taxés et liquidés par l'ordonnance du 1er septembre 2023, sont mis à la charge définitive de Mme A.

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune la somme demandée par Mme A à ce titre. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A une somme de 750 euros à verser au département de La Réunion et une somme de 750 euros à verser à la CASUD sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les dépens de l'instance sont mis à la charge définitive de Mme A.

Article 3 : Mme A versera au département de La Réunion une somme de 750 euros et à la CASUD une somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la communauté d'agglomération sud de La Réunion, au département de La Réunion et à la commune de l'Entre-Deux.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de la Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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