lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2000163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | ROPARS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 février 2020, 6 octobre 2021 et 4 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Ropars, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les deux arrêtés du 18 décembre 2019 par lesquels le préfet de La Réunion a approuvé les plans de prévention des risques naturels prévisibles sur les communes de Trois-Bassins et de Saint-Leu ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de rectifier le plan de prévention des risques naturels prévisibles sur la commune de Trois-Bassins concernant le classement de la parcelle cadastrée AB142 et celui sur la commune de Saint-Leu concernant le classement de la parcelle cadastrée CJ8 ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de combler la fosse creusée au niveau de la quatre-voies au lieu-dit de la Souris chaude sur le territoire de la commune de Trois-Bassins ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 000 d'euros au titre des préjudices subis ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté préfectoral approuvant le plan de prévention des risques littoraux (PPRL) sur la commune de Trois-Bassins a été pris par une autorité incompétente ;
- il a été adopté au terme d'une procédure viciée, du fait de l'irrégularité de l'enquête publique et faute de consultation de la direction de l'environnement de l'aménagement et du logement (DEAL) et le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) préalablement à l'approbation du PPRL ;
- le zonage retenu pour la parcelle AB142 méconnait les dispositions de la " loi littoral ", du code de l'urbanisme et du code général de propriété des personnes publiques, entachant l'arrêté d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le zonage a été retenu dans le but de dévaloriser ses parcelles AB142 et CJ8, entachant les arrêtés attaqués d'un détournement de pouvoir ;
- il a subi des préjudices qui doivent être réparés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le préfet de La Réunion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre l'arrêté préfectoral approuvant le PPRL de Saint-Leu sont irrecevables, d'une part, en l'absence de moyens et, d'autre part, pour défaut d'intérêt à agir faute pour le requérant de justifier de sa qualité de propriétaire d'une parcelle affectée par le PPR ;
- les moyens soulevés contre l'arrêté préfectoral approuvant le PPRL de Trois-Bassins ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été ordonnée le 13 octobre 2022.
Vu le mémoire enregistré le 1er février 2023 présenté pour M. C après la clôture de l'instruction.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 octobre 2021.
Vu la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le bureau d'aide juridictionnelle a désigné, en dernier lieu, Me Ropars pour assister M. C au titre de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- la loi n° 86-2 du 3 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de La Réunion.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés du 25 juin 2015, le préfet de La Réunion a prescrit l'élaboration des plans de prévention des risques naturels prévisibles relatifs aux aléas " recul de trait de côte " et " submersion marine " (PPRL) sur les communes de Trois-Bassins et de Saint-Leu, dont le délai d'approbation a été prorogé par arrêtés préfectoraux du 22 juin 2018. Par arrêtés du 18 décembre 2019, le préfet de La Réunion a approuvé les PPRL établis pour chacune des deux communes. M. C, se prévalant de sa qualité de propriétaire des parcelles (AB 142 à Trois-Bassins et CJ 8 à Saint-Leu), concernées par le zonage retenu et les réserves de constructibilité qui en découlent, a adressé au préfet, par courrier du 28 janvier 2020, une demande d'abrogation de ces arrêtés et d'indemnisation des préjudices subis du fait de ce classement. Par décision du 11 mai 2020, le préfet a rejeté ce recours administratif. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler les arrêtés préfectoraux du 18 décembre 2019 et de condamner l'Etat à indemniser ses préjudices.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre l'arrêté approuvant le PPRL de Trois-Bassins :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2841 du 23 août 2019, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 111 du même jour, le préfet de La Réunion a donné à M. Frédéric Joram, secrétaire général de la préfecture de La Réunion, signataire de l'arrêté litigieux, délégation pour signer tous arrêtés à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas l'arrêté litigieux. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que l'acte donnant délégation de signature soit mentionné dans l'acte signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le PPRL a été élaboré avec le concours des services de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) et du bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). A l'instance, le requérant soutient que ces services auraient dû être à nouveau consultés avant que le préfet n'édicte son arrêté. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait au préfet de consulter de nouveau, préalablement à l'adoption de l'arrêté approuvant le PPRL, ces services. Par suite, le moyen tiré de ce que la procédure serait viciée par l'absence d'une nouvelle consultation doit être écarté.
4. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 123-15 du code de l'environnement : " Lorsqu'il a l'intention de visiter les lieux concernés par le projet, plan ou programme, à l'exception des lieux d'habitation, le commissaire enquêteur en informe au moins quarante-huit heures à l'avance les propriétaires et les occupants concernés, en leur précisant la date et l'heure de la visite projetée. / () ".
5. M. C fait grief au commissaire-enquêteur de ne pas l'avoir convoqué à la visite des lieux réalisée le 14 octobre 2019. Toutefois, il ne ressort d'aucun élément du dossier que cette visite se serait déroulée sur la parcelle AB 142, dont le requérant indique être le propriétaire, de telle sorte qu'elle ne saurait être regardée comme une visite des lieux au sens des dispositions précitées de l'article R. 123-15 du code de l'environnement, qui n'ont, par suite, pas été méconnues. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'enquête publique doit également être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
6. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones ". Cette disposition ajoute qu'il appartient à l'Etat de délimiter, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'une part les zones exposées aux risques et, d'autre part, les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations pourraient aggraver des risques existants ou en provoquer de nouveaux, et de prévoir dans ces différentes zones des mesures d'interdiction de construire ou des prescriptions adaptées.
7. En premier lieu, l'élaboration des plans de prévention des risques naturels prévisibles est régie par les dispositions des articles L. 562-1 et suivants du code de l'environnement. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi du 3 janvier 1986 susvisée dite " Littoral ", du code de l'urbanisme et du code général de la propriété des personnes publiques, notamment celles relatives à la délimitation du domaine public maritime, à l'encontre de l'arrêté préfectoral approuvant le PPRL de la commune de Trois-Bassins.
8. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 6 que le PPRL a pour objet d'anticiper et de prévenir les risques de submersion, en réglementant la construction dans les zones exposées, selon l'intensité du risque, afin notamment de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines. L'évaluation desdits risques prend en compte l'évolution des phénomènes naturels et des impacts du changement climatique, notamment sur l'élévation du niveau de la mer. La délimitation des zones exposées est donc indépendante de la délimitation du domaine public maritime. Il s'ensuit qu'en se bornant à faire valoir que le classement de sa parcelle AB142 ne se justifierait pas au motif qu'elle est très éloignée du rivage et n'a jamais subi de phénomène d'inondation, même lors de la houle centenaire de 2007, M. C n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant que la parcelle en litige relève d'une zone exposée à échéance de 100 ans et par suite est constructible, mais sous prescriptions. Par ailleurs, s'il soutient que la délimitation du trait de côte serait erronée, car calculée sur la base de plans eux-mêmes erronés, le requérant n'apporte aucun élément démontrant ses allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. En dernier lieu, M. C doit être regardé comme faisant valoir que le zonage du PPRL aurait été retenu dans le seul but de soumettre sa parcelle AB 142 aux prescriptions de constructibilité fixées par le plan, de sorte, d'une part, que la valeur de sa parcelle en est ainsi affectée et, d'autre part, que le refus de permis de construire opposé par le maire de la commune le 8 mars 2019 est ainsi justifié, faisant obstacle à son droit à une indemnisation. Toutefois, les allégations du requérant ne sont corroborées par aucune pièce, ni aucun élément objectif. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un détournement de pouvoir.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant approbation du PPRL sur la commune de Trois-Bassins doivent être rejetées. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent davantage être accueillies.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre l'arrêté approuvant le PPRL de Saint-Leu :
11. M. C doit être regardé comme faisant valoir que le zonage du PPRL aurait été retenu dans le seul but de rendre une partie de sa parcelle cadastrée CJ8 inconstructible. Toutefois, les allégations du requérant ne sont corroborées par aucune pièce, ni aucun élément objectif. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un détournement de pouvoir.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2019 portant approbation du PPRL sur la commune de Saint-Leu doivent être rejetées. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction ne peuvent davantage être accueillies.
Sur les conclusions indemnitaires :
13. M. C soutient que la responsabilité de l'Etat devrait être engagée du fait du manquement du préfet à son devoir de contrôle, d'une part, en approuvant des PPRL dont le zonage a été délimité dans l'unique but de dévaloriser ses parcelles et, d'autre part, en l'absence de contrôle de la construction inutile d'une fosse le long de la voie nationale, déversant l'eau pluviale sur les propriétés situées en aval. Toutefois, il résulte de ce qui précède aux points 9 et 11 que la fraude alléguée par le requérant est nullement établie par les pièces du dossier. De plus, il résulte également de ce qui précède que l'illégalité des arrêtés attaqués approuvant les PPRL n'est pas établie. Il n'apporte aucun élément de nature à démontrer une quelconque faute dans la construction de la fosse litigieuse, pas davantage que l'existence d'un préjudice sur sa parcelle. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis de construire sollicité par l'acquéreur potentiel de la parcelle AB 142 située sur le territoire de la commune de Trois-Bassins lui aurait été refusé, antérieurement à l'approbation du PPRL, en raison du zonage retenu, alors que la parcelle est classée par le PPRL en zone constructible sous prescriptions. Il s'ensuit que M. C ne justifie pas d'un lien de causalité avec le préjudice subi du fait de l'annulation de la vente de sa parcelle. Dans ces conditions, les conditions permettant d'engager la responsabilité de l'Etat ne sont pas réunies. Les conclusions indemnitaires présentées par M. C doivent ainsi être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des dépenses non comprises dans les dépens, qu'il ne justifie, en tout état de cause, pas avoir exposées ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions présentées sur ce fondement seront donc également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Louis Ropars et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 6 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Caille, premier conseiller,
- M. Felsenheld, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDC. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026