lundi 14 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2000166 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | CANALE-GAUTHIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 février 2020 et 10 février 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Synergie Océan Indien, représentée par Me Gauthier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2019 par laquelle le préfet de La Réunion a rejeté les dépenses non justifiées par l'exercice d'activités conduites en matière de formation professionnelle continue à hauteur de 56 924,34 euros au titre de l'exercice 2016 et a mis à sa charge le versement d'une somme de ce montant au Trésor public ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le montant du rejet des dépenses est inférieur au montant des dépenses liées à l'activité de formation professionnelle continue financées autrement que par des fonds perçus au titre de cette même activité ce qui fait obstacle à la possibilité pour le préfet de mettre à sa charge le versement de cette somme au Trésor public ;
- les dépenses d'électricité du site " Moka ", de carburant, de publicité, de mécénat, de réceptions et celles liées aux charges exceptionnelles sont rattachables à l'activité de formation professionnelle continue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2021, le préfet de La Réunion, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à l'annulation totale de la décision sont irrecevables, dès lors que la société ne conteste les rejets opérés qu'à hauteur de 54 069,34 euros ;
- qu'en tout état de cause les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la décision du Conseil constitutionnel n° 2012-273 QPC du 21 septembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les observations de Me Ratinaud, substituant Me Gauthier, représentant la SARL Synergie Océan Indien.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite du contrôle par les services de l'Etat des activités de formation professionnelle continue menées par la société à responsabilité limitée (SARL) Synergie Océan Indien, organisme de formation, le préfet de la région Réunion a, par une décision du 17 décembre 2019, rejeté les dépenses non justifiées par l'exercice d'activités conduites en matière de formation professionnelle continue de cet organisme à hauteur de 56 924,34 euros au titre de l'exercice 2016 en application de l'article L. 6362-5 du code du travail et mis à sa charge le versement au Trésor public d'une somme de ce montant sur le fondement de l'article L. 6362-7 de ce code. Par la présente requête, la société Synergie Océan Indien demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 6361-2 du code du travail : " L'Etat exerce un contrôle administratif et financier sur : / 1° Les activités en matière de formation professionnelle continue conduites par : / () / c) Les organismes de formation et leurs sous-traitants ; / () . ". Aux termes de l'article L. 6362-5 du même code : " Les organismes mentionnés à l'article L. 6361-2 sont tenus, à l'égard des agents de contrôle mentionnés à l'article L. 6361-5 : / 1° De présenter les documents et pièces établissant l'origine des produits et des fonds reçus ainsi que la nature et la réalité des dépenses exposées pour l'exercice des activités conduites en matière de formation professionnelle continue ; / 2° De justifier le rattachement et le bien-fondé de ces dépenses à leurs activités ainsi que la conformité de l'utilisation des fonds aux dispositions légales régissant ces activités. / A défaut de remplir ces conditions, les organismes font, pour les dépenses considérées, l'objet de la décision de rejet prévue à l'article L. 6362-10. " Aux termes de l'article L. 6362-10 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les décisions de rejet de dépenses et de versement mentionnées au présent livre prises par l'autorité administrative ne peuvent intervenir, après la notification des résultats du contrôle, que si une procédure contradictoire a été respectée. " Aux termes de l'article L. 6362-7 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Les organismes prestataires d'actions de formation entrant dans le champ de la formation professionnelle continue au sens de l'article L. 6313-1 versent au Trésor public, solidairement avec leurs dirigeants de fait ou de droit, une somme égale au montant des dépenses ayant fait l'objet d'une décision de rejet en application de l'article L. 6362-10. "
En ce qui concerne l'évaluation des dépenses liées à l'activité de formation professionnelle continue de la société :
3. Par sa décision n° 2012-273 QPC du 21 septembre 2012 déclarant l'article L. 6362-5 du code du travail conforme à la Constitution, le Conseil constitutionnel a jugé que le contrôle des organismes prestataires d'activités de formation professionnelle continue dont les modalités sont précisées par les dispositions de cet article " est destiné à vérifier que les sommes versées par les personnes publiques en faveur de la formation professionnelle ou par les employeurs au titre de leur obligation de contribuer au financement de la formation professionnelle continue sont affectées à cette seule fin ". Dès lors, l'administration ne pourrait légalement imposer à un organisme de formation le versement au Trésor public de sommes correspondant à des dépenses qui n'auraient pas été financées par des personnes publiques ou des employeurs à ce titre.
4. D'une part, la société requérante fait valoir que le total de ses charges liées à l'activité de formation professionnelle continue pour l'année 2016 est de 1 252 445 euros, alors que le total des produits qu'elle a réalisés à ce titre, provenant des entreprises, des organismes paritaires collecteurs ou des gestionnaires de fonds et des pouvoirs publics, s'élève à 1 189 156 euros. La société en déduit qu'elle a autofinancé 63 289 euros de dépenses au titre de la formation professionnelle continue et que, par suite, en vertu des principes énoncés au point précédent, le préfet a entaché sa décision d'illégalité en lui faisant obligation de verser au Trésor public la somme de 56 924 euros qui correspond à des dépenses qui n'ont pas été financées par des personnes publiques ou des employeurs au titre de la formation professionnelle continue. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 6352-7 du code du travail, la société requérante n'a pas tenu, pour l'exercice 2016, de compatibilité distincte entre son activité de formation professionnelle continue et celle de soutien scolaire qu'elle assure en parallèle. De ce fait, elle avait déclaré initialement pour l'année 2016 la somme de 2 117 358 euros de dépenses liées à la formation professionnelle continue. A l'instance, la société produit un document extracomptable qu'elle a élaboré dans le cadre de la procédure contradictoire, pour pallier l'absence de comptabilité distincte, présentant une répartition des dépenses par activité. Cependant ce document, réalisé pour les besoins du contrôle, certes vérifié par un expert-comptable, toutefois prudent sur la fiabilité des informations qui y figurent, ne permet pas de tenir pour exact le montant des charges liées à l'activité de formation professionnelle continue pour l'année 2016 déclaré par la société, à savoir 1 252 445 euros. Dans ces circonstances, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne pouvait mettre à sa charge la somme de 56 924 euros à verser au Trésor public.
5. D'autre part, à défaut de comptabilité distincte entre les différentes activités de la société, l'administration a procédé, pour les besoins de son contrôle, à des rejets de dépenses en utilisant cumulativement deux coefficients. Le premier coefficient exprime en pourcentage, pour chaque dépense, la part relevant de l'activité de formation professionnelle continue par rapport à l'activité de soutien scolaire. Le second coefficient exprime un ratio entre les produits issus de fonds publics, des entreprises au titre de leur contribution obligatoire, des organismes paritaires collecteurs et des gestionnaires de fonds et les produits issus de fonds propres de la société - autofinancement, formations payées par des particuliers - les premiers produits correspondants à 83,20 % des produits totaux de la société. En utilisant une telle méthode ayant pour objet de reconstituer la comptabilité défaillante de la société, l'administration n'a pas commis d'erreur de droit.
En ce qui concerne le rejet des dépenses :
S'agissant des dépenses dont le rattachement à l'activité de formation professionnelle continue n'a pas été justifié :
6. En premier lieu, la société a comptabilisé 21 447,60 euros de dépenses de carburant des formateurs et des stagiaires ayant donné lieu à un rejet pour 10 508,57 euros, après application des coefficients, au motif qu'elle ne justifiait pas du nombre, de la nature et des dates de ces déplacements permettant de les rattacher à l'activité de formation professionnelle continue. La société produit à l'instance des tableaux récapitulatifs comportant, pour certains d'entre eux, des dates, trajets, kilométrage et objet, ainsi que des attestations de remise de bons. Toutefois, aucun de ces éléments ne permet de rattacher les dépenses exposées à l'activité de formation professionnelle continue.
7. En second lieu, la société a déclaré 23 921,48 euros de dépenses relatives à des indemnités versées à un salarié dans le cadre de son licenciement ayant donné lieu à un rejet pour 1 514,59 euros compte tenu des coefficients. Il ressort des pièces du dossier que le salarié en cause travaillait uniquement pour l'activité de soutien scolaire de la société. Par suite, cette dépense n'est pas rattachable à l'activité de formation professionnelle continue.
S'agissant des dépenses dont le bien-fondé n'a pas été justifié :
8. Le Conseil constitutionnel a jugé, par sa décision n°2012-273 QPC du 21 septembre 2012 précitée, que les dispositions du 2° de l'article L. 6362-5 imposent aux organismes prestataires d'activités de formation professionnelle continue l'obligation de justifier le " bien-fondé " des dépenses faites au titre de la formation professionnelle continue et que cette exigence a pour objet d'imposer que ces dépenses soient utiles à la réalisation des actions de formation professionnelle.
9. En premier lieu, la société requérante a inscrit dans ses comptes une somme de 122,52 euros au titre de dépenses d'électricité relatives au site " Moka " ayant donné lieu à un rejet pour 48,14 euros après application des coefficients au motif que la société n'utilise plus ce site pour son activité de formation professionnelle continue depuis la fin de l'année 2015. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante a omis de résilier son abonnement EDF à la fin de l'année 2015 et a été contrainte, par suite, de supporter des frais d'électricité l'année suivante. Dans ces circonstances, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cette dépense est utile à la réalisation des actions de formation professionnelle.
10. En second lieu, la société a comptabilisé 77 111,60 euros de dépenses de publicité, 11 142 euros de dépenses de sponsoring et 2 092,90 euros de frais de réception ayant donné lieu à des rejets correspondants après application des coefficients. Si la société requérante établit que ces dépenses ont été exposées dans le cadre de son activité de formation professionnelle continue, ces dépenses, qui ont pour objet d'attirer de nouveaux clients ou plus largement de favoriser le rayonnement de la société auprès de ses partenaires, ne sont pas utiles à la réalisation d'actions de formation professionnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir, les conclusions à fin d'annulation présentées par la société requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante réclame au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Synergie Océan Indien est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Synergie Océan Indien et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Caille, premier conseiller,
- M. Felsenheld, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026