jeudi 30 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2000451 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre bis |
| Avocat requérant | PARAVEMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 juin 2020, 24 janvier 2022 et 25 février 2022, la société civile immobilière (SCI) Maillot David Nicolas, représentée par Me Prévost, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née du silence gardé par le maire de la commune de Saint-Paul sur sa demande du 30 janvier 2020, tendant à que la commune procède à des travaux d'enrochement de la plage au droit de la parcelle cadastrée section CZ 1099 ;
2°) d'enjoindre à la commune de procéder à des travaux d'enrochement de la plage au droit de la parcelle cadastrée section CZ 1099, dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision méconnaît les dispositions combinées des articles L. 2212-1, 5° et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales ;
- elle méconnaît le principe d'égalité ;
- elle est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin 2021 et 25 février 2022, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Foglia, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 1er mars 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 1er avril 2022.
Des mémoires ont été enregistrés les 14 et 15 février 2023 pour la SCI Maillot David Nicolas après la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi du 16 septembre 1807 relative au dessèchement des marais ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- les observations de Me Prevost, représentant la SCI Maillot David Nicolas,
- et les observations de Me Garnier substituant Me Charrel, représentant la commune de Saint-Paul.
Vu la note en délibéré enregistrée le 20 février 2023 présentée pour la SCI Maillot David Nicolas.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Maillot David Nicolas est propriétaire d'une parcelle cadastrée CZ 1099, située au n°4 de la rue du Port à Saint-Gilles, commune de Saint-Paul. A compter du 8 mars 2008, elle a loué cette parcelle à la SARL Oasis des Roches, dans le cadre d'un bail commercial de trois ans. Le bar-restaurant ainsi exploité par la SARL Oasis des Roches disposait d'une terrasse qui dominait la plage des Roches Noires avec accès direct à celle-ci jusqu'en septembre 2010. A la suite des fortes houles intervenues en septembre 2010, le mur situé en contrebas du terrain s'est effondré, entraînant l'affaissement partiel de la terrasse du bar-restaurant. A la suite de cet évènement, le maire de la commune de Saint-Paul a pris différents actes de nature à sécuriser les lieux. Par un courrier du 30 janvier 2020, la SCI Maillot David Nicolas a demandé au maire de Saint-Paul de procéder à des travaux d'enrochement de la plage au droit de sa parcelle afin de limiter les effets de l'érosion causée par la houle. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire sur sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances. / Il informe d'urgence le représentant de l'Etat dans le département et lui fait connaître les mesures qu'il a prescrites. " Aux termes de l'article L. 2212-2 cité par l'article L. 2212-4 : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 33 de la loi 16 septembre 1807 relative au dessèchement des marais : " Lorsqu'il s'agira de construire des digues à la mer, ou contre les fleuves, rivières ou torrents navigables ou non navigables, la nécessité en sera constatée par le Gouvernement et la dépense supportée par les propriétés protégées, dans la proportion de leur intérêt aux travaux ; sauf le cas où le Gouvernement croirait utile et juste d'accorder des secours sur les fonds publics ".
4. Il résulte des dispositions citées au point 3 qu'il appartient en principe aux propriétaires des parcelles menacées par la mer d'assurer la protection de leur propriété contre l'action naturelle de la houle. Toutefois les dispositions de la loi du 16 septembre 1807 ne font pas obstacle à l'obligation pour le maire de faire usage des pouvoirs qu'il tient des dispositions du code général des collectivités territoriales relatives à la police municipale citées au point 2 si les conditions liées à leur engagement sont réunies. A cet égard, le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police que lui confère les dispositions du code général des collectivités territoriales n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales.
5. Il ressort du rapport d'expertise du 8 février 2012 qu'à la suite de fortes houles du 19 septembre 2010, le mur de soutènement de la propriété appartenant à la communauté d'agglomération du Territoire de la côte ouest (TCO) s'est effondré entrainant l'effondrement du mur de soutènement situé en contrebas de la parcelle de la SCI, causant l'affaissement partiel de la terrasse du bar-restaurant exploité par l'Oasis des Roches. Dans son rapport l'expert a retenu que le sinistre a été causé par le mauvais entretien du mur de soutènement appartenant au TCO et plus généralement par le phénomène d'érosion causé par la mer. L'expert a enfin préconisé la démolition totale de la terrasse du restaurant et l'évacuation des gravas des résidus du mur et de la terrasse. A la suite de cet évènement, le maire de la commune a par un arrêté du 20 septembre 2010 interdit l'accès à la partie de la plage menacée par l'effondrement de la terrasse et interdit l'usage de la terrasse du restaurant. Le maire a ensuite introduit une procédure de péril imminent le 5 octobre 2010. La SCI requérante a présenté, le 26 octobre 2010, une déclaration de travaux en vue d'une reconstruction du mur de soutènement, mais la commune s'est opposée à cette déclaration après avoir relevé que la société ne disposait pas d'une autorisation d'occupation du domaine public maritime nécessaire à la réalisation des travaux, dès lors que la terrasse du restaurant se situait sur le domaine public maritime et était exploitée sans autorisation. Au cours de l'année 2014, la commune a procédé à l'enlèvement des gravas des résidus des murs présents sur la plage.
6. Par un courrier du 30 janvier 2020, la SCI Maillot David Nicolas a demandé au maire de Saint-Paul, ainsi qu'il a été dit supra, de procéder à des travaux d'enrochement de la plage au droit de sa parcelle afin de limiter les effets de l'érosion causée par la houle. A l'instance, elle fait valoir que le maire à l'obligation de réaliser de tels travaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 2212-4 précitées. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des rapports d'huissiers de justice produits à l'instance qu'à la date de la décision implicite de rejet litigieuse le bâtiment constituant l'ancien restaurant était inoccupé et que la dalle-terrasse, ainsi que le mur de soutènement de la terrasse étaient totalement effondrés. Il s'en déduit l'existence d'un danger grave d'effondrement de la structure du bâtiment sur la plage constituant un risque pour les personnes. Toutefois, si les travaux d'enrochement demandés par la SCI sont de nature à limiter les effets dans le temps de l'érosion causée par la mer à son bâtiment, ces travaux ne constituent pas des mesures indispensables de nature à faire cesser le danger lié à l'effondrement de la structure du bâtiment. En effet, de tels travaux n'auront pas pour effet de renforcer la solidité du bâtiment en partie effondré. Par suite, dès lors que les travaux d'enrochement ne constituent pas une mesure appropriée pour faire cesser le danger d'effondrement du bâtiment, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire aurait commis une illégalité en refusant d'y procéder.
7. En deuxième lieu, la société requérante fait valoir que la commune a réalisé des travaux d'enrochement au droit de la parcelle du TCO voisine de la sienne et que par suite le refus de procéder à des travaux d'enrochement au droit de sa parcelle viole le principe d'égalité devant la loi et devant les charges publiques. Toutefois, il est allégué en défense que les travaux réalisés au droit de la parcelle du TCO n'ont pas été réalisés par la commune, mais par le TCO. Ces allégations sont corroborées par le constat d'huissier du 4 avril 2018 duquel il ressort que la société chargée des travaux a été mandatée par le TCO. Il s'ensuit que la décision implicite de rejet du maire de faire droit à la demande de travaux d'enrochement par la commune n'est pas contraire au principe d'égalité.
8. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué par la société requérante n'est pas établi.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née de sa demande du 30 janvier 2020. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI Maillot David Nicolas réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société requérante le versement d'une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Paul, au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Maillot David Nicolas est rejetée.
Article 2 : La SCI Maillot David Nicolas versera une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Paul, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Maillot David Nicolas et à la commune de Saint-Paul.
Délibéré après l'audience du 20 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Caille, premier conseiller,
- M. Felsenheld, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.
Le rapporteur,Le président,
R. FELSENHELDCh. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026