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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000614

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000614

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000614
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantMOREL JEAN JACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2020, Mme A B, représentée par Me Morel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2019 par laquelle la commune de Saint-Louis a refusé de procéder à l'extraction du domaine public communal du chemin Lafitsaebe et Rangama ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Louis de lui communiquer l'arrêté de transfert ainsi que le tableau de classement dans le domaine public du chemin Lafitsaebe et Rangama ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Louis une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le refus de déclasser le chemin Lafitsaebe et Rangama méconnaît les dispositions des articles L. 141-1 et L. 141-3 du code de la voirie routière et de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme ;

- les documents dont la communication est demandée sont nécessaires pour vérifier la légalité de la procédure de classement de la voie.

La requête a été communiquée à la commune de Saint-Louis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction en l'absence de saisine préalable de la Commission d'accès aux documents administratifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de la voirie routière ;

- l'ordonnance n 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Caille, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est propriétaire de deux parcelles cadastrées DN 368 et DN 369 situées au n°22 de la rue Sarda Garriga à Saint-Louis. Par un courrier du 25 juillet 2019, elle a sollicité du maire de cette commune " l'extraction du domaine public communal " de l'allée Lafitsaebe et Rangama qui dessert sa parcelle. Le maire a refusé de faire droit à cette demande par un courrier du 21 octobre 2019 à l'encontre duquel le conseil de Mme B a formé un recours gracieux le 10 décembre 2019. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision du 21 octobre 2019 par laquelle la commune de Saint-Louis a refusé de procéder au déclassement du chemin Lafitsaebe et Rangama ainsi que la décision implicite par laquelle son recours gracieux a été rejeté et, d'autre part, d'enjoindre à la même commune de lui communiquer l'arrêté de transfert ainsi que le tableau de classement dans le domaine public du chemin Lafitsaebe et Rangama.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de la voirie routière : " Le classement et le déclassement des voies communales sont prononcés par le conseil municipal. Ce dernier est également compétent pour l'établissement des plans d'alignement et de nivellement, l'ouverture, le redressement et l'élargissement des voies. / Les délibérations concernant le classement ou le déclassement sont dispensées d'enquête publique préalable sauf lorsque l'opération envisagée a pour conséquence de porter atteinte aux fonctions de desserte ou de circulation assurées par la voie. / A défaut d'enquête relevant d'une autre réglementation et ayant porté sur ce classement ou déclassement, l'enquête rendue nécessaire en vertu du deuxième alinéa est ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale, propriétaire de la voie, et organisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration. / L'enquête prévue à l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme tient lieu de l'enquête prévue à l'alinéa précédent. Il en va de même de l'enquête d'utilité publique lorsque l'opération comporte une expropriation ". Selon l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme, " La propriété des voies privées ouvertes à la circulation publique dans des ensembles d'habitations et dans des zones d'activités ou commerciales peut, après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale et réalisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration, être transférée d'office sans indemnité dans le domaine public de la commune sur le territoire de laquelle ces voies sont situées. / La décision de l'autorité administrative portant transfert vaut classement dans le domaine public et éteint, par elle-même et à sa date, tous droits réels et personnels existant sur les biens transférés. / Cette décision est prise par délibération du conseil municipal. Si un propriétaire intéressé a fait connaître son opposition, cette décision est prise par arrêté du représentant de l'Etat dans le département, à la demande de la commune. / L'acte portant classement d'office comporte également approbation d'un plan d'alignement dans lequel l'assiette des voies publiques est limitée aux emprises effectivement livrées à la circulation publique. () "

3. Mme B conteste le classement dans le domaine public communal de l'allée desservant les parcelles dont elle est propriétaire depuis la rue Sarda Garriga, dénommée chemin Lafitsaebe et Rangama par une délibération du conseil municipal de Saint-Louis en date du 26 juillet 2017. Toutefois, si les dispositions précitées du code de la voirie routière et du code de l'urbanisme dont se prévaut Mme B fixent les conditions de l'incorporation dans le domaine public communal des voies privées ouvertes à la circulation publique, elles ne régissent pas la sortie du domaine public, dont les conditions sont établies par les articles L. 2141-1 et suivants du code général de la propriété des personnes publiques. Par suite, le moyen est inopérant et ne peut qu'être écarté.

Sur la demande de communication de documents administratifs :

4. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " L'article L. 342-1 du même code dispose : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier (). / La saisine pour avis de la commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux ".

5. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'une demande de communication de documents administratifs a été rejetée par une décision explicite ou implicite de l'autorité administrative, ce refus ne peut être déféré directement au juge de l'excès de pouvoir et que l'intéressé doit avoir au préalable saisi de ce refus la commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Dans le cas où, au vu de l'avis exprimé par cette commission, l'autorité administrative compétente confirme son refus de communication, l'intéressé peut déférer cette décision au juge de l'excès de pouvoir jusqu'à l'expiration du délai de recours contentieux décompté à partir de la notification qui lui est faite d'une décision de confirmation de refus de communication.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 10 décembre 2019, le conseil de Mme B a sollicité la transmission de l'arrêté de transfert ou l'arrêté de cessibilité du chemin Lafitsaebe et Rangama ainsi que le tableau de classement de ce chemin dans le domaine public. Si cette demande a été implicitement rejetée, il n'est ni établi ni même soutenu et il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait saisi la commission d'accès aux documents administratifs avant d'introduire son recours. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de communiquer ces documents sont irrecevables et doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Louis, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Louis.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Caille, premier conseiller ;

- M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le rapporteur,

P.-O. CAILLE

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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