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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2000651

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2000651

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2000651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre bis
Avocat requérantRAPADY ALAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 août 2020 et 15 juin 2022, Mme A C, représentée par Me Rapady, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2020 par lequel le préfet de La Réunion a ordonné l'interruption des travaux de construction d'un caveau funéraire et d'une chapelle dans l'enceinte du cimetière marin de Saint-Paul, ainsi que la décision du 9 juin 2020 par laquelle le préfet a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet ait mis en demeure le maire d'ordonner l'interruption des travaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît le principe du contradictoire, dès lors qu'elle n'a pas été invitée à présenter des observations avant l'édiction de la mesure ;

- il n'est pas motivé ;

- il n'est pas établi que l'arrêté ait été pris après qu'un procès-verbal a été dressé et qu'il l'ait été par un agent assermenté ;

- il est illégal dès lors qu'elle bénéficie d'une autorisation d'urbanisme délivrée le 13 décembre 2017 qui est une décision créatrice de droits devenue définitive ;

- il méconnaît l'article R. 421-16 du code de l'urbanisme, dès lors que ses travaux ne portent pas sur un immeuble ou une partie d'immeuble inscrit au titre des monuments historiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2021, le préfet de La Réunion, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Tamil, substituant Me Rapady, représentant Mme C,

- et les observations de Mme B, représentant le préfet de La Réunion.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 décembre 2017, le service funéraire de la commune de Saint-Paul a autorisé Mme A C, propriétaire de la concession n° 162 d'une superficie de 5 m2 au sein du cimetière marin de Saint-Paul, à y faire édifier un caveau et une chapelle. Par un procès-verbal du 9 janvier 2020 un agent assermenté de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) de La Réunion a constaté que des travaux de construction étaient en cours sur ladite concession. Le 13 janvier 2020 le préfet de La Réunion a mis en demeure le maire de Saint-Paul de faire cesser les travaux entrepris par Mme C. Par un arrêté du 15 janvier 2020 le préfet de La Réunion a ordonné l'interruption des travaux au motif qu'ils avaient été entrepris sans l'autorisation préalable requise pour effectuer des travaux au sein d'un site inscrit au titre des monuments historiques. Par la présente requête Mme C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2020, ainsi que la décision du 9 juin 2020 rejetant son recours gracieux.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques () et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. " Aux termes de l'article L. 480-2 du même code : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel. () Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () Dans le cas de constructions sans permis de construire (), le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. "

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-16 du code de l'urbanisme : " Tous les travaux portant sur un immeuble ou une partie d'immeuble inscrit au titre des monuments historiques sont soumis à permis de construire, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires et des travaux répondant aux conditions prévues à l'article R. 421-8. " Aux termes de l'article L. 621-27 du code du patrimoine : " () Lorsque les constructions ou les travaux envisagés sur les immeubles inscrits au titre des monuments historiques sont soumis à permis de construire () la décision accordant le permis () ne peut intervenir sans l'accord de l'autorité administrative chargée des monuments historiques. "

4. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du préfet de La Réunion du 26 janvier 2012 l'ensemble du site du cimetière marin de Saint-Paul a été inscrit au titre des monuments historiques. En vertu des dispositions citées au point 3, les travaux entrepris par Mme C tendant à la construction d'un caveau et d'une chapelle dans l'enceinte du cimetière constituent des travaux portant sur une partie d'immeuble inscrit au titre des monuments historiques et devaient en conséquence faire l'objet de la délivrance d'un permis de construire pris après l'accord de l'autorité administrative chargée des monuments historiques. Si Mme C se prévaut d'une autorisation de travaux délivrée à une date inconnue et par un agent non identifiable des services funéraires de la commune lui permettant de réaliser les travaux entrepris, il ressort des mentions de ce document que cette autorisation n'a pas été prise à la suite d'une demande de permis de construire et n'a pas été délivrée au regard de la législation et de la réglementation de l'urbanisme. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait titulaire d'un permis de construire l'autorisant à réaliser les travaux entrepris. Dans ces circonstances, le préfet de La Réunion était tenu, après mise en demeure adressée au maire, restée sans effet, d'ordonner l'interruption des travaux entrepris sans permis de construire. Il résulte de la situation de compétence liée dans laquelle se trouve le maire, ainsi que, le cas échéant, le préfet en cas de carence du maire, lorsqu'il constate la réalisation de travaux sans permis de construire, que les moyens tirés de l'incompétence, du défaut de motivation et de la méconnaissance du principe du contradictoire doivent être écartés comme inopérants.

5. En outre, ainsi que cela a été dit, l'arrêté litigieux a été précédé d'une constatation des faits opérée par un procès-verbal en date du 9 janvier 2020 par un agent assermenté de la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement de La Réunion. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux n'a pas été précédé d'un constat opéré par un procès-verbal dans les conditions fixées par les dispositions citées au point 2. En revanche, il n'appartient pas à la juridiction administrative de se prononcer sur la régularité de ce procès-verbal. Par suite, le moyen tiré de ce que l'agent n'aurait pas été régulièrement assermenté par l'autorité compétente ne peut utilement être invoqué.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête de Mme C doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de La Réunion.

Copie en sera adressée à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 20 février 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Caille, premier conseiller,

- M. Felsenheld, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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