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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2001198

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2001198

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2001198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOYER BIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré les 23 novembre 2020 et 3 février 2021,

M. B A, représenté par Me Boyer demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2020 par lequel le maire de la commune du Tampon a prononcé sa révocation ;

2°) d'enjoindre à la commune du Tampon de procéder à sa réintégration incluant le cas échéant ses droits à l'avancement ainsi qu'à la reconstitution de ses droits sociaux, notamment des droits à pension de retraite qu'il aurait acquis et, par suite, de procéder au versement des cotisations nécessaires à cette reconstitution, soit les parts patronales et salariales de ces cotisations.

3°) de mettre à la charge de la commune du Tampon une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est illégale en raison du caractère disproportionné de la sanction de révocation.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2020, la commune du Tampon, représentée par Me Dugoujon conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lebon, rapporteure,

- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,

- les observations de Me Dugoujon, représentant la commune du Tampon.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, gardien-brigadier de police municipale a été affecté à la surveillance au sein de la police municipale de la commune du Tampon. Par un courrier du 22 juin 2020, la commune a informé M. A de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre et de ce que la sanction envisagée serait la révocation. Le 25 septembre 2020, le conseil de discipline a émis un avis fondé sur l'absence de sanction. Par un arrêté du 16 novembre 2020, le maire de la commune a prononcé à l'encontre de M. A une révocation. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction applicable au moment de la décision attaquée : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; Deuxième groupe : la radiation du tableau d'avancement ; l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ;l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; Troisième groupe : la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à un échelon correspondant à un indice égal ou immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; Quatrième groupe :la mise à la retraite d'office ;la révocation. (). Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité territoriale après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline. Ce pouvoir est exercé dans les conditions prévues à l'article 19 du titre Ier du statut général. L'autorité territoriale peut décider, après avis du conseil de discipline, de rendre publics la décision portant sanction et ses motifs ". Aux termes de l'Article R. 515-7 du code de la sécurité intérieure : " L'agent de police municipale est intègre, impartial et loyal envers les institutions républicaines. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. Il est placé au service du public et se comporte de manière exemplaire envers celui-ci. Il accorde la même attention et le même respect à toute personne et n'établit aucune distinction dans ses actes et ses propos de nature à constituer l'une des discriminations énoncées à l'article 225-1 du code pénal ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a refusé d'effectuer sa mission matinale de surveillance aux abords des écoles, au motif qu'il lui était demandé de travailler en binôme avec sa collègue avec laquelle il entretenait des relations conflictuelles, et d'autre part, d'avoir donné de violents coups de poing et de pied dans la porte attenante au centre de supervision urbain au sein des locaux de la police municipale et pendant son service. Ces éléments, dont la matérialité n'est pas contestée par le requérant, caractérisent un refus d'obéissance hiérarchique ainsi qu'un manquement à son obligation professionnelle de dignité et d'exemplarité de ses fonctions et sont de nature à justifier une sanction.

5. Toutefois, M. A, agent de police municipale depuis 2016, n'avait fait l'objet jusque-là d'aucune sanction disciplinaire et a fait l'objet de comptes-rendus d'évaluation qui font état de services satisfaisants depuis le début de sa carrière. En outre, il avait alerté sa hiérarchie par un courrier du 8 mars 2020 sur la situation conflictuelle susceptible d'engendrer des tensions et avait à cette occasion sollicité un changement d'équipe. S'il ressort du rapport médical du 26 juin 2020 produit par le requérant, qu'il présente des " traits de caractère dominés par la susceptibilité, par l'irascibilité, et par une propension marquée aux colères ", c'est cependant " sans atteindre un niveau pathologique ". Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces manquements ont fait l'objet d'un retentissement particulier, portant atteinte à la considération de la police municipale. Dans ces conditions, le maire, qui n'était certes pas lié par l'avis du Conseil de discipline ayant conclu à l'absence de sanction, a, en faisant le choix de la sanction la plus lourde, celle de la radiation, prononcé une sanction disproportionnée. Par suite et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à en demander l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution d'un jugement annulant une décision illégale d'éviction d'un agent public implique que l'autorité administrative procède d'office, sans qu'il soit nécessaire que l'intéressé en fasse la demande, à sa réintégration juridique et à la reconstitution de sa carrière. Quels que soient les motifs d'annulation de la décision d'éviction, cette reconstitution de carrière, qui revêt un caractère rétroactif, soit à compter de la date d'effet de l'éviction illégale, comprend la reconstitution de carrière, incluant le cas échéant les droits à l'avancement, la reconstitution des droits sociaux, notamment des droits à pension de retraite, que l'agent aurait acquis en l'absence de cette éviction illégale et, par suite, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à cette reconstitution.

7. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune du Tampon de procéder à cette réintégration et à cette reconstitution de carrière à compter du 17 novembre 2020 dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

8. En revanche, en l'absence de service fait, la demande de versement des traitements inhérents à l'emploi que M. A occupait avant l'adoption de la décision de révocation ne peut être accueillie, sans que cela fasse obstacle, s'il s'y croit fondé, à faire valoir une demande d'indemnisation.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Tampon le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent par ailleurs à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente affaire, la somme que demande la commune du Tampon au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 novembre 2020 par lequel le maire de la commune du Tampon a prononcé la révocation de M. A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune du Tampon, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réintégrer M. A à compter du 17 novembre 2020 et de procéder à la reconstitution de sa carrière incluant le cas échéant ses droits à l'avancement ainsi qu'à la reconstitution de ses droits sociaux, notamment des droits à pension de retraite qu'il aurait acquis et, par suite, de procéder au versement des cotisations nécessaires à cette reconstitution, soit les parts patronales et salariales de ces cotisations.

Article 3 : La commune du Tampon versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune du Tampon.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Khater, présidente,

M. Le Merlus, conseiller,

Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 16 avril 2024.

La rapporteure,

L. LEBON

La présidente,

A. KHATER

La greffière,

J. BELENFANT

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

jb

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