vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PARAVEMAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 31 mars 2021 et 6 octobre 2021, M. E B, représenté par Me Boniface, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 janvier 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR) l'a exclu de ses fonctions pour une durée de trois mois ;
2°) de mettre à la charge du CHOR une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée, dont l'entête mentionne le " directeur du centre hospitalier Gabriel Martin ", est inexistante en raison de l'incompétence de son signataire ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas eu droit à la communication d'un dossier complet, que la décision de suspension du 28 mai 2020 ne contient pas l'exposé des faits reprochés, que les droits de la défense et le principe d'impartialité ont été méconnus, qu'il n'a pas été tenu compte de l'absence de mention au bulletin n° 2 du casier judiciaire ;
- les faits reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- la sanction infligée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2021, le CHOR représenté par Me Bouvet, avocat, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;
- le décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 ;
- le code pénal ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seroc, conseiller,
- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique,
- les observations de Me Leclaire, substituant Me Boniface, avocat de M. B,
- et les observations de Me Paraveman substituant Me Bouvet, avocat du CHOR.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, masseur-kinésithérapeute de classe supérieure au centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR), a fait l'objet, par décision du 28 mai 2020, d'une suspension de fonctions. Par courrier du 17 septembre 2020, il a été informé de l'engagement d'une procédure disciplinaire. Par une décision du 28 janvier 2021, le directeur général du CHOR a infligé à M. B la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 19 de la loi n° 83-683 du 13 juillet 1983 : " () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". Aux termes de l'article 18 de cette loi : " Le dossier du fonctionnaire doit comporter toutes les pièces intéressant la situation administrative de l'intéressé, enregistrées, numérotées et classées sans discontinuité. () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1er du décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 " Le dossier individuel de l'agent public est composé des documents qui intéressent sa situation administrative, notamment ceux qui permettent de suivre son évolution professionnelle ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le dossier communiqué à l'intéressé préalablement à une sanction disciplinaire doit comporter l'ensemble des pièces intéressant sa situation administrative, y compris celles qui lui seraient favorables et qu'il pourrait faire valoir au cours de la procédure engagée à son encontre.
3. Il n'est pas contesté par le CHOR que le dossier communiqué à M. B ne comportait aucun document faisant état de la version des faits de M. F, agent concerné par les faits reprochés au requérant, à laquelle il a été fait référence dans le compte-rendu de l'entretien préalable du 1er octobre 2020, ni le courrier du 3 avril 2012 adressé par le requérant à M. D, supérieur hiérarchique de M. F. Toutefois, d'une part, ces documents, qui ne portent pas sur les faits pris en compte par l'autorité disciplinaire, à savoir des faits de dégradation volontaire commis sur la moto de M. F, mais sur les différends récurrents opposant les deux protagonistes, ne sauraient être regardés comme pouvant comporter une appréciation sur les faits litigieux. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité la communication de ces documents, dont il était d'ailleurs lui-même l'auteur s'agissant du courrier du 3 avril 2012, et à l'égard desquels il n'est pas établi qu'ils auraient pu être utiles à sa défense. Dans ces conditions, l'absence de communication intégrale du dossier n'a pas été de nature, en l'espèce, à priver l'intéressé d'une garantie et a été sans influence sur le sens de la décision.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire contre lequel est engagée une procédure disciplinaire doit être informé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. Il doit être invité à prendre connaissance du rapport mentionné à l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. " Aux termes de l'article 83 de la loi du 9 janvier 1986 : " () Le conseil de discipline est saisi par un rapport de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Ce rapport précise les faits reprochés et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. () ".
5. M. B soutient qu'il n'a pas été informé, ni dans la décision de suspension du 28 mai 2020 ni dans le courrier du 17 septembre 2020 l'informant de l'engagement d'une procédure disciplinaire, non plus que dans le rapport de saisine du conseil de discipline du 2 novembre 2020, des faits qui lui sont reprochés. Toutefois, d'une part, l'illégalité d'un acte administratif ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a pour base légale le premier acte ou a été prise pour son application, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de la mesure de suspension, invoqué par voie d'exception, ne peut qu'être écarté. D'autre part, ni les dispositions du décret du 7 novembre 1989, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, n'imposent que l'autorité disciplinaire indique, dans le courrier informant l'agent de l'engagement d'une procédure disciplinaire, les faits qui lui sont reprochés. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B avait une connaissance suffisante des faits reprochés lors de la séance du conseil de discipline.
6. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport du 2 novembre 2020, que l'autorité disciplinaire a procédé à un examen concret de son comportement à l'occasion des incidents survenus en mars et avril 2020, lors desquels la moto de son collègue a été volontairement détériorée, et ne s'est pas bornée à prendre acte de l'ordonnance du 11 septembre 2020 par laquelle le président du tribunal judiciaire de Saint-Denis a homologué, en considération notamment d'une reconnaissance préalable de culpabilité par l'intéressé, la peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis proposée par le procureur de la République à l'encontre de M. B pour des faits de dégradation ou détérioration de biens.
7. En quatrième lieu, Aux termes de l'article 2 du décret du 7 novembre 1989 : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion de ce conseil, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. Il peut, devant le conseil de discipline, présenter des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Le report de l'affaire peut être demandé par le fonctionnaire poursuivi ou, lorsqu'elle n'est pas membre du conseil de discipline, par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire ; il est décidé à la majorité des membres présents. / Le fonctionnaire et l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire ne peuvent demander qu'un seul report ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la séance du 26 novembre 2020 du conseil de discipline devant se prononcer sur la situation de M. B a été reportée à la demande de l'intéressé qui, par l'intermédiaire de son conseil, a indiqué qu'il serait prêt à compter de la fin du mois de janvier 2021. Une deuxième convocation a été adressée à M. B par courrier du 7 décembre 2020, reçu le 23 décembre suivant, pour une réunion fixée le 18 janvier 2021. Dans ces conditions, dès lors que le délai de quinze jours au moins entre la date de convocation et celle de la réunion du conseil de discipline a été respecté et que l'intéressé, présent lors de la séance du 18 janvier 2021, a été informé de tous ses droits et a pu présenter ses observations, M. B n'est pas fondé à soutenir que les droits de la défense n'ont pas été respectés.
9. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. En sixième lieu, si la décision attaquée fait apparaître, dans son entête, " le directeur du centre hospitalier Gabriel Martin de Saint-Paul ", alors que cette désignation ne correspond pas à la dénomination actuelle de l'établissement, qui est devenu le CHOR en 2018, il est constant qu'elle a été signée par M. C A, directeur du CHOR, qui était compétent pour édicter une telle décision à l'égard d'un agent de l'établissement. Ainsi, cette mention erronée est sans incidence sur la légalité de l'acte litigieux. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision est inexistante.
11. En septième lieu, si l'ordonnance du président du tribunal judiciaire de Saint-Denis du 11 septembre 2020, qui a prononcé la peine d'emprisonnement avec sursis évoquée ci-dessus au point 6, comportait la mention " Dispense d'inscription au B2 " et si le requérant soutient que l'autorité disciplinaire a méconnu la mesure de non-inscription de la condamnation au bulletin n° 2 du casier judiciaire dont il a ainsi bénéficié, lorsque ladite autorité s'est référée expressément à cette condamnation pénale dans les motifs de sa décision après en avoir déjà fait état lors des différentes étapes de la procédure disciplinaire, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général du droit disciplinaire ne fait obstacle à ce que des faits pénalement sanctionnés par une condamnation, alors même que celle-ci ne serait pas inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, puissent être retenus par l'administration, qui dispose de la faculté de verser au dossier la décision du juge pénal, et puissent être pris en compte dans la motivation de la sanction que celle-ci estime devoir infliger à l'agent en considération de ses fautes professionnelles.
12. En huitième lieu, l'article 29 de la loi du l3 juillet 1983 prévoit que toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire. Aux termes de l'article de la loi du 9 janvier 1986 : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / Troisième groupe : / () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans () ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont établis et, si tel est le cas, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
13. Il est reproché à M. B d'avoir " dégradé ou détérioré volontairement la moto appartenant à l'un de ses collègues, par un moyen de nature à créer un danger pour les personnes " et, plus précisément, d'avoir " à l'aide d'une pince et d'une aiguille, percé le pneu avant de la moto de la victime à deux reprises dans un intervalle de temps séparé, ayant engendré une crevaison lente pouvant entraîner un risque grave d'accident ". Le directeur du CHOR a considéré que de tels faits constituent de la part du requérant des manquements graves à ses obligations de fonctionnaire hospitalier, notamment à son devoir de probité, ainsi qu'une atteinte grave à l'exigence d'intégrité et d'exemplarité de tout agent public, portant atteinte à son image. Dans la mesure notamment où les constatations matérielles effectuées par le juge pénal s'imposent au juge administratif, M. B n'est pas fondé à soutenir que les faits pris en compte par l'autorité disciplinaire seraient entachés d'inexactitude matérielle. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que ces faits seraient dépourvus de caractère fautif.
14. Enfin, si le requérant soutient qu'il travaillait dans un contexte professionnel tendu, des témoignages étant versés au dossier dans le sens d'un climat de tension qui serait dans une large mesure imputable à M. F, et s'il s'attache à démontrer son fort investissement dans les fonctions exercées par lui depuis plusieurs années, de telles circonstances ne sauraient être prises en compte pour minimiser la gravité des faits reprochés. De même, la relative clémence dont il a bénéficié auprès du juge pénal n'est pas de nature, en l'espèce, à atténuer la gravité de la faute disciplinaire qu'il a commise. Ainsi, la sanction de trois mois d'exclusion temporaire ne peut être regardée comme disproportionnée.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : la requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR).
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Aebischer, président,
M. Ramin, premier conseiller,
M. Seroc, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le rapporteur,
S. SEROC
Le président,
M.-A. AEBISCHERLa greffière,
S. BALOUKJY
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
La greffière,
S. BALOUKJY
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026