mercredi 23 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RAPADY ALAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 avril 2021, 21 avril 2022, 31 mai 2022 et 14 juin 2022, Mme C B, représentée par Me Dugoujon, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 février 2021 par laquelle la maire de Saint-Denis l'a affectée à la direction de l'aménagement, de l'urbanisme et du patrimoine historique et architectural ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Denis de la réintégrer dans ses fonctions de régisseur d'affaires funéraires au sein du centre funéraire de Prima, à compter de la date de son éviction ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable, dès lors notamment qu'elle n'est pas dirigée contre une mesure d'ordre intérieur ;
- à titre principal, la décision du 16 février 2021 est constitutive d'une sanction déguisée qui a été prise irrégulièrement, n'étant pas motivée, étant intervenue sans mise en œuvre des garanties attachées à la procédure disciplinaire et sans saisine du conseil de discipline ; cette mesure disciplinaire repose sur des motifs de fait erronés et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les dispositions de l'article 6 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ont été méconnues ;
- à titre subsidiaire, cette mesure de mutation d'office dans l'intérêt du service n'est pas intervenue dans un délai raisonnable et méconnaît les articles 39-3 et 39-4 du décret n° 88-145 du 15 février 1998 ; le droit à la communication du dossier n'a pas été respecté , l'exigence de motivation a été méconnue ; la décision de mutation est fondée sur un motif étranger à l'intérêt du service.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 mars 2022, 19 mai 2022 et 31 mai 2022, la commune de Saint-Denis représentée par Me Rapady, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable car dirigée contre une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 22 avril 1905 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Seroc, conseiller,
- les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique,
- les observations Me Dugoujon, avocat de Mme B, requérante ;
- les observations de Me Tamil substituant Me Rapady, avocat de la commune de Saint-Denis.
Une note en délibéré présentée pour la commune de Saint-Denis a été enregistrée le 20 septembre 2022.
Une note en délibéré présentée pour Mme B a été enregistrée le 22 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, adjointe administrative non titulaire de la commune de Saint-Denis, était affectée en tant que régisseuse de recettes au centre funéraire de Prima depuis le 21 décembre 2015. Par un arrêté du 14 octobre 2020, qui fait suite à une altercation du 21 septembre 2020 avec M. A, responsable du pôle funéraire, Mme B a fait l'objet d'une mesure de suspension de fonctions à titre conservatoire. Par une décision du 16 février 2021, la maire de Saint-Denis l'a affectée en qualité d'assistante administrative à la direction de l'aménagement, de l'urbanisme et du patrimoine historique et architectural (DAUPHA). Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la recevabilité :
2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles mesures, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.
3. Il ressort des pièces du dossier que le changement d'affectation de Mme B, prononcé le 16 février 2021 avec effet au 22 février 2021, tendait à évincer l'intéressée du poste de régisseuse de recettes, relevant de la catégorie B, qu'elle occupait au sein du centre funéraire de Prima depuis décembre 2015, pour l'affecter sur un poste d'assistante administrative du pôle réglementaire de la DAUPHA, réservé à des personnels de catégorie B ou C, entraîne une diminution significative de ses responsabilités, notamment d'encadrement de plusieurs agents lors des intérims du chef de service, et une diminution de son régime indemnitaire du fait de la perte des primes d'astreinte et de responsabilité de régisseuse. Par suite, la commune de Saint-Denis n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse de changement d'affectation ne constituerait qu'une simple mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours.
En ce qui concerne la légalité :
4. Les pièces du dossier révèlent que la mutation de Mme B a été décidée dans un contexte de conflit persistant, depuis 2018, entre elle et M. A, responsable du pôle funéraire, dont le comportement inapproprié a notamment donné lieu à un rapport hiérarchique le 7 novembre 2018, à une mesure de déplacement qui a duré plusieurs mois et à un dépôt de plainte de la requérante pour des faits de harcèlement moral. La décision de mutation visant Mme B fait suite à une altercation survenue le 21 septembre 2020 avec M. A et à une mesure de suspension conservatoire frappant ces deux agents. Si l'autorité territoriale a estimé devoir renoncer à mettre en œuvre la procédure disciplinaire préconisée par un rapport d'enquête en date du 18 décembre 2020, elle a considéré qu'une mesure de réaffectation dans des services distincts devait être prononcée à l'égard des deux agents. Dans ces circonstances, il y a lieu de regarder les décisions de mutation du 14 février 2021, dont ont fait l'objet la requérante et M. A, comme traduisant la volonté de l'autorité territoriale de rétablir un climat serein au sein du centre funéraire, sans faire grief à ces agents d'avoir commis des manquements constitutifs de fautes. Ainsi, la décision de mutation litigieuse n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire déguisée. Les moyens soulevés sur la base d'une telle qualification ne peuvent donc qu'être écartés.
5. Toutefois, la décision attaquée constitue une mesure prise en considération de la personne. Dans ces conditions, une telle décision ne pouvait pas être prise sans que Mme B soit mise à même de consulter son dossier, conformément aux dispositions de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, qui est applicable à l'ensemble des agents publics. Si la décision de mutation du 16 février 2021 a été concomitante à un entretien lors duquel l'intéressée était reçue à la direction des ressources humaines et s'il a été prévu, par cette décision, que le changement d'affectation prendrait effet le 22 février 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B ait été avertie en temps utile et de manière précise de l'intention de la commune de la muter d'office. Ainsi, faute pour la commune de Saint-Denis d'avoir mis à même cet agent de consulter son dossier et de faire valoir ses observations à l'égard de la mutation envisagée, il y a lieu de donner acte à la requérante de ce qu'elle a été privée d'une garantie de nature à entacher d'illégalité la décision de mutation.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 février 2021 par laquelle la maire de Saint-Denis l'a affectée à la DAUPHA.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'annulation de la décision ayant illégalement muté un agent public oblige l'autorité compétente à replacer l'intéressé, dans l'emploi qu'il occupait précédemment et à reprendre rétroactivement les mesures nécessaires pour le placer dans une position régulière à la date de sa mutation. Il ne peut être dérogé à cette obligation que dans les hypothèses où la réintégration est impossible, soit que cet emploi ait été supprimé ou substantiellement modifié, soit que l'intéressé ait renoncé aux droits qu'il tient de l'annulation prononcée par le juge ou qu'il n'ait plus la qualité d'agent public.
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commune de Saint-Denis procède à la réintégration de Mme B dans les fonctions qui étaient les siennes au 22 février 2021, date de prise d'effet de la décision de mutation. Il y a lieu d'enjoindre à la commune d'agir en ce sens dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à la commune de Saint-Denis au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par Mme B au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 16 février 2021 par laquelle la maire de Saint-Denis a prononcé la mutation de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Denis de procéder, avec effet au 22 févier 2021, à la réintégration de Mme B dans ses fonctions de régisseur de recettes du centre funéraire de Prima, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Saint-Denis tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Saint-Denis.
Copie en sera adressée au préfet de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Aebischer, président,
- M. Ramin, premier conseiller,
- M. Seroc, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. SEROC
Le président,
M.-A. AEBISCHERLe greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/La greffière en chef,
Le greffier,
D. CAZANOVE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026