mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | RAFFI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2100491 le 19 avril 2021, Mme A B, représentée par Me Raffi demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2021 par lequel la rectrice de l'académie de La Réunion a prononcé sa suspension à titre conservatoire pour une durée de quatre mois à compter du 21 février 2021 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 300 000 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 eu égard à la situation de harcèlement dont elle a fait l'objet ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation de ses préjudices liés aux difficultés de travailler au sein d'une administration et de finir sa carrière sereinement.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, la rectrice de l'académie de La Réunion, conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
II. Par une requête et deux mémoires, enregistrés sous le numéro 2100983 les 29 juillet 2021, 18 février et 19 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Raffi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel la rectrice de l'académie de La Réunion l'a déplacée d'office à titre de sanction du deuxième groupe ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 2 928,62 euros au titre des pertes de salaires et 300 000 euros en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en raison du non-respect des délais de l'article 4 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- l'arrêté est illégal, car fondé sur une mesure de suspension elle-même illégale ;
- la mesure disciplinaire ne pouvait être engagée au-delà d'un délai de trois ans, selon les dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- la sanction est illégale en raison de l'absence d'une faute professionnelle ;
- la sanction a été prise en méconnaissance de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 janvier 2022, la rectrice de l'académie de La Réunion, conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B attachée d'administration de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur affectée en tant que gestionnaire matériel du Collège Achille Grondin à Saint-Joseph depuis 2019 a été suspendue de l'exercice de ses fonctions à titre conservatoire, par un arrêté du 25 février 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion, pour une durée de quatre mois à compter du 25 février 2021. Par une décision du 6 juillet 2021, la rectrice de l'académie de La Réunion a prononcé à son encontre à titre de sanction du deuxième groupe, son déplacement d'office au sein de l'académie. Par les présentes requêtes, Mme B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions et de condamner l'Etat à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2100491 et 2100983 présentées par Mme B concernent la situation d'un même agent. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant suspension à titre conservatoire :
3. D'une part, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires désormais codifié à l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. / Si, à l'expiration d'un délai de quatre mois, aucune décision n'a été prise par l'autorité ayant le pouvoir disciplinaire, le fonctionnaire qui ne fait pas l'objet de poursuites pénales est rétabli dans ses fonctions () ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version applicable aux faits de l'espèce et désormais codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la prise de fonctions de Mme B au collège Achille Grondin de Saint-Joseph le 14 août 2019, un appel à la grève a été lancé par des représentants syndicaux, s'opposant à sa prise de poste. Mme B fournit un compte-rendu détaillé dressant l'évolution chronologique des faits d'août 2019 à mars 2021 qui ne sont pas contestés par l'administration et plusieurs attestations de collègues faisant état de la qualité de son travail mais aussi des comportements de certains collègues ayant causé des dysfonctionnements au sein du service. Toutefois, il ressort aussi des pièces du dossier que Mme B a, dès avant sa prise de poste au collège Achille Grondin et même dès sa nomination, rencontré des difficultés dans chacun des postes qu'elle a occupés et a fait l'objet de mutations soit dans l'intérêt du service, soit à sa demande, dans ses précédentes affectations, l'appel à la grève des agents ayant d'ailleurs été motivé par cette réputation négative qui la précédait. Face à cette situation, l'administration a mis en place des mesures d'accompagnement de Mme B sous la forme d'un tutorat, dès lors que les difficultés d'intégration de cette dernière au sein d'une équipe et son incapacité à manager de manière sereine ses équipes avaient déjà été signalées et existaient avant son arrivée au collège. En outre, il ressort des pièces du dossier que ni le chef d'établissement ni le secrétaire général de l'académie n'ont mis en cause la qualité du travail de Mme B. Ils ont en revanche justifié ne pas avoir pu prendre, pour préserver l'intérêt du service ou celui de l'agent, d'autre mesure que la mesure de suspension en litige. Par suite, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir d'une situation de harcèlement moral et le moyen tiré de l'erreur de droit tenant à la méconnaissance des dispositions précitées au point 4 de la présente décision doit donc être écarté.
6. En second lieu, la possibilité offerte à l'autorité compétente de prendre à l'encontre d'un agent, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, une mesure de suspension provisoire de ses fonctions, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation, est subordonnée à la double condition que les griefs qui lui sont reprochés présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité.
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a mis en place un certain nombre de mesures pour remédier à des dysfonctionnements préexistants au sein du service, sous la forme de chartes de fonctionnement et de contrôle des arrêts maladie qui ont cristallisé des tensions. La dégradation systématique des relations de travail dès l'intégration de Mme B dans une équipe a fini par constituer un obstacle majeur à l'accomplissement de ses missions. Dans ce contexte, Mme B, dont l'investissement professionnel, les connaissances et les mérites ne sont pas contestés, est surtout mise en cause pour son mode de management et son incapacité à s'intégrer à une équipe. Ces difficultés présentant un caractère suffisamment grave ont été constatées et constituent un fondement régulier de la mise en œuvre d'une décision de suspension de fonctions à la fois dans l'intérêt du service et dans celui de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 février 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion suspendant Mme B de l'exercice de ses fonctions pour une durée de quatre mois doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté portant déplacement d'office :
9. Aux termes de l'article 29 de la loi du 14 juillet 1983, " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ".
10. L'arrêté portant déplacement d'office est fondé sur la perturbation grave du fonctionnement du service public qui découlerait du comportement de Mme B à l'encontre de ses collègues. Il ressort toutefois des appréciations des états de service de Mme B dont le dernier date de 2020, que celle-ci donnait satisfaction, qu'elle occupait toute sa place comme adjointe et qu'elle avait la confiance du chef d'établissement. Il n'est pas contesté que sur le plan technique Mme B a fait preuve d'un réel engagement et l'administration reconnaît que la solution de la sanction a été prise pour sortir d'une impasse et éviter le blocage de l'établissement, Mme B refusant de quitter l'établissement. Dès lors que la sanction n'a pas été prise pour un motif disciplinaire, Mme B est fondée à soutenir que l'administration a commis une erreur de qualification juridique des faits.
11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'appui de ses conclusions, que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel la rectrice a prononcé à son encontre une sanction de deuxième groupe de déplacement d'office au sein de l'académie.
Sur les conclusions indemnitaires :
12. Mme B demande, en premier lieu, réparation du préjudice subi à titre d'indemnisation des préjudices moraux, d'anxiété, et de réputation professionnelle subis ainsi qu'au titre de la période pendant laquelle elle a été suspendue de ses fonctions et n'avait donc pas perçu l'intégralité de son traitement. Toutefois, la requérante ne démontre pas que la décision ayant procédé à une telle suspension de ses fonctions était illégale. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions à fin d'indemnisation présentées à ce titre doivent être rejetées.
13. Mme B demande, en second lieu, indemnisation du préjudice subi à raison de l'illégalité de l'arrêté du 6 juillet 2021 ayant prononcé son déplacement d'office. De ce chef, Mme B est fondée à soutenir que l'Etat a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
14. S'agissant des pertes de revenus, si Mme B demande le paiement d'une somme de 2 928,62 euros, elle se borne à produire un tableau établi par ses soins, sans justificatifs, récapitulant ses pertes de salaires pour la période de janvier 2021 à janvier 2022. Malgré une demande de pièces en ce sens, elle n'a produit aucun élément permettant d'établir la réalité du préjudice invoqué tant dans son principe que dans son montant. Ainsi, sa demande d'indemnisation présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
1. S'agissant du préjudice moral, Mme B soutient qu'il lui sera difficile de travailler au sein d'une administration et de terminer sa carrière sereinement. Le préjudice moral résultant pour Mme B des répercussions de la sanction illégale qui lui a été infligée et de l'atteinte à sa réputation professionnelle justifie qu'il lui soit alloué de ce chef une somme de 2 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
2. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B en vue de la présente instance et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 6 juillet 2021 par lequel la rectrice de l'académie de la Réunion a déplacée d'office Mme B à titre de sanction du deuxième groupe est annulé.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice résultant de l'illégalité de la décision du 6 juillet 2021 de la rectrice de l'académie de La Réunion la déplaçant d'office.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des deux requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
L. LEBON
La présidente,
A. KHATER,
La greffière,
J. BELENFANT
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
jb
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026