vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 mai 2021, le 29 novembre 2022 et le 12 janvier 2023, l'association syndicale libre (ASL) Armagnac II, représentée par Me Belloteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à la société à responsabilité limitée (SARL) Les Fleurs du Cap un permis d'aménager sept lots sur les parcelles cadastrées CY 18-671 situées rue des Aigrettes, ainsi que la décision du 3 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2021 par lequel la même maire a accordé à la SARL Les Fleurs du Cap un permis d'aménager modificatif ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul et de la SARL Les Fleurs du Cap la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il ne vise que la zone U2c du plan local d'urbanisme ;
- il méconnaît l'article R. 441-1 du code de l'urbanisme, dès lors que le dossier de demande de permis ne précise pas la nature des travaux, s'agissant des déblais et des remblais ; cette méconnaissance est constitutive d'une fraude ;
- il méconnaît l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme, dès lors que le plan de composition n'est pas côté dans les trois dimensions ;
- il méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- le permis a été obtenu par fraude ;
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article 3 de la zone U2c du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 septembre 2022 et le 12 décembre 2022, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par l'association syndicale libre Armagnac II ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, la SARL Les Fleurs du Cap, représentée par Me Busto, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par l'association syndicale libre Armagnac II ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Dejoie, substituant Me Busto, représentant la SARL Les Fleurs du Cap.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n°D0006 du 13 novembre 2020, la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à la SARL Les Fleurs du Cap un permis d'aménager un lotissement de sept lots sur les parcelles cadastrées CY 18 et CY 671, situées rue des Aigrettes sur le territoire communal. Par un arrêté du 1er avril 2021, la même maire a accordé à la SARL Les Fleurs du Cap un permis d'aménager modificatif portant sur la voie d'accès au lotissement et sur l'accès aux lots 2 et 4. Par un arrêté du 10 septembre 2021, le maire a accordé à la SARL Les Fleurs du Cap un second permis d'aménager modificatif portant sur la voie d'accès au lotissement, l'accès aux lots 2 et 4, la suppression de la parcelle CY 671 dans le projet d'aménagement et la diminution du nombre de places de stationnement. Par la présente requête, l'association syndicale libre (ASL) Armagnac II demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2020 ainsi que de l'arrêté du 1er avril 2021.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'ASL :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'une association n'est recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision individuelle relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol que si elle a déposé ses statuts en préfecture au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. Il appartient au juge administratif, lorsque cette condition est remplie, d'apprécier si l'association requérante justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre la décision qu'elle attaque en se fondant sur les statuts tels qu'ils ont été déposés à la préfecture au moins un an avant la date de l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire.
4. Il ressort de l'article 3 des statuts de l'ASL Armagnac II, dans leur version applicable un an avant l'affichage en mairie de la demande de la société pétitionnaire, que cette association a pour objet " la propriété, l'extension, la gestion, l'administration, la police et l'entretien de la voirie, des espaces libres, des terrains de jeux, des parkings, des parcs et espaces verts, des réseaux de toute nature et, généralement, de tous ouvrages d'équipements d'intérêt commun appartenant aux syndicataires ou à l'association syndicale elle-même, jusqu'à leur transfert éventuel dans le domaine d'une personne morale de droit public. / L'association syndicale aura la propriété des terrains et des ouvrages d'intérêt collectif, réalisés dans le lotissement qui n'auraient pas été, soit cédés aux syndicataires, soit remis aux collectivités ou à leurs concessionnaires, soit remis à une association syndicale spécifique. / Elle pourra également créer de tels ouvrages ou équipements et pour ce faire, procéder à toutes acquisitions et à tous marchés nécessaires. Elle ne pourra aliéner voies, ouvrages ou terrains dont elle sera propriétaire sans les avoir offerts auparavant et gratuitement à la commune. / L'association syndicale a également pour objet : / - La mise en jeu, le cas échéant, de la garantie d'achèvement des travaux et des finitions, conformément à l'article R. 315-37 du code de l'urbanisme et la constatation de l'achèvement des travaux. / - La demande d'effectuer la réparation des dommages qui se révéleraient après achèvement des travaux. / - Les contrats et marchés à passer avec tous fournisseur de services, marchandises, matériels, etc. / - La répartition des dépenses entre les membres du syndicat. / - Le recouvrement des recettes et le paiement des dépenses et, d'une façon générale, tous actes nécessaires à la réalisation de son objet. ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le permis d'aménager n°D0006 tel que modifié par les permis d'aménager modificatifs des 1er avril 2021 et 10 septembre 2021 concerne seulement la parcelle CY 18, qui est située en-dehors du périmètre du lotissement Armagnac II. Il résulte par ailleurs des statuts précités que l'ASL n'a pas pour objet de défendre les intérêts collectifs de ses membres. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis d'aménager litigieux aurait pour effet d'affecter les parties communes de ce lotissement. Dans ces conditions, eu-égard à l'objet de l'ASL, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'ASL Armagnac II doit être accueillie et la requête doit être rejetée comme irrecevable.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par l'ASL Armagnac II au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul et de la SARL Les Fleurs du Cap, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ASL Armagnac II la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Paul.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'ASL Armagnac II est rejetée.
Article 2 : L'ASL Armagnac II versera la somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Paul au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre Armagnac II, à la société à responsabilité limitée Les Fleurs du Cap et à la commune de Saint-Paul.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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