vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100560 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 mai 2021, le 29 novembre 2022 et le 12 janvier 2023, l'association syndicale libre (ASL) Armagnac II, représentée par Me Belloteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à M. B un permis d'aménager trois lots sur les parcelles cadastrées CY 431-671-18 situées rue des Aigrettes, ainsi que la décision du 3 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article R. 441-1 du code de l'urbanisme, dès lors que le dossier de demande de permis ne précise pas la nature des travaux, s'agissant des déblais et des remblais ; cette méconnaissance est constitutive d'une fraude ;
- il méconnaît l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme, dès lors que le plan de composition n'est pas côté dans les trois dimensions ;
- il méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- le permis a été obtenu par fraude ;
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article 3 de la zone U2c du règlement du plan local d'urbanisme.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 septembre 2022 et le 12 décembre 2022, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir, dès lors qu'elle n'a pas déposé ses statuts plus d'un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ;
- les moyens soulevés par l'association syndicale libre Armagnac II ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, M. A B, représenté par Me Busto, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par l'association syndicale libre Armagnac II ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,
- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,
- et les observations de Me Dejoie, substituant Me Busto, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n°D0008 du 13 novembre 2020, la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à M. A B un permis d'aménager un lotissement de trois lots sur les parcelles cadastrées CY 18, CY 431 et CY 671, situées sur le territoire communal. Par la présente requête, l'ASL Armagnac II demande au tribunal l'annulation de cet arrêté du 13 novembre 2020.
Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'ASL :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'une association n'est recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision individuelle relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol que si elle a déposé ses statuts en préfecture au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. Il appartient au juge administratif, lorsque cette condition est remplie, d'apprécier si l'association requérante justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir contre la décision qu'elle attaque en se fondant sur les statuts tels qu'ils ont été déposés à la préfecture au moins un an avant la date de l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire.
4. Il ressort de l'article 3 des statuts de l'ASL Armagnac II, dans leur version applicable un an avant l'affichage en mairie de la demande de la société pétitionnaire, que cette association a pour objet " la propriété, l'extension, la gestion, l'administration, la police et l'entretien de la voirie, des espaces libres, des terrains de jeux, des parkings, des parcs et espaces verts, des réseaux de toute nature et, généralement, de tous ouvrages d'équipements d'intérêt commun appartenant aux syndicataires ou à l'association syndicale elle-même, jusqu'à leur transfert éventuel dans le domaine d'une personne morale de droit public. / L'association syndicale aura la propriété des terrains et des ouvrages d'intérêt collectif, réalisés dans le lotissement qui n'auraient pas été, soit cédés aux syndicataires, soit remis aux collectivités ou à leurs concessionnaires, soit remis à une association syndicale spécifique. / Elle pourra également créer de tels ouvrages ou équipements et pour ce faire, procéder à toutes acquisitions et à tous marchés nécessaires. Elle ne pourra aliéner voies, ouvrages ou terrains dont elle sera propriétaire sans les avoir offerts auparavant et gratuitement à la commune. / L'association syndicale a également pour objet : / - La mise en jeu, le cas échéant, de la garantie d'achèvement des travaux et des finitions, conformément à l'article R. 315-37 du code de l'urbanisme et la constatation de l'achèvement des travaux. / - La demande d'effectuer la réparation des dommages qui se révéleraient après achèvement des travaux. / - Les contrats et marchés à passer avec tous fournisseur de services, marchandises, matériels, etc. / - La répartition des dépenses entre les membres du syndicat. / - Le recouvrement des recettes et le paiement des dépenses et, d'une façon générale, tous actes nécessaires à la réalisation de son objet. ".
5. Pour justifier de son intérêt à agir, l'ASL fait valoir que la parcelle CY 431 est située dans le périmètre du lotissement, que la parcelle CY 671 constitue un espace commun du lotissement, et que le projet litigieux prévoit l'abattage d'un banian situé en partie sur un espace commun du lotissement. Toutefois, il ne ressort pas des statuts de l'ASL, ni du plan cadastral produit, que la parcelle CY 671 constituerait un espace commun du lotissement Armagnac II. En outre, il ressort des plans produits que le banian n'est pas situé dans le périmètre de l'ASL. Dans ces conditions, alors même que la parcelle CY 431 est incluse dans le périmètre du lotissement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le permis d'aménager n°D0008 aura pour effet d'affecter les parties communes de ce lotissement. Dès lors, eu-égard à l'objet de l'ASL, qui n'a pas pour objet de défendre les intérêts collectifs de ses membres, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'ASL Armagnac II doit être accueillie et la requête doit être rejetée comme irrecevable.
Sur les frais liés à l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par l'ASL Armagnac II au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ASL Armagnac II la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Paul.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'ASL Armagnac II est rejetée.
Article 2 : L'ASL Armagnac II versera la somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Paul au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre Armagnac II, à M. A B et à la commune de Saint-Paul.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bauzerand, président,
- M. Felsenheld, premier conseiller,
- Mme Beddeleem, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
La rapporteure,
J. BEDDELEEM
Le président,
Ch. BAUZERAND
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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