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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100566

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100566

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDUGOUJON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 mai 2021, le 31 janvier 2023 et le 8 août 2023, M. D B, représenté par Me Mardenalom, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à M. A C un permis d'aménager trois lots sur les parcelles cadastrées CY 431-671-18 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul et de M. C la somme de 4 000 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que, dans le dernier état de ses écritures :

- le dossier de demande de permis d'aménager est incomplet au regard des exigences des articles R. 442-5 et R. 441-3 du code de l'urbanisme ; la note de présentation du projet et les photographies ne permettent pas d'appréhender l'état initial et les abords du projet et de son environnement, notamment les constructions voisines du projet et la présence d'un arbre remarquable ; le dossier ne comporte aucune explication relative à l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des constructions ou paysages avoisinants ; le dossier comporte des éléments insuffisants concernant l'aménagement du terrain, notamment concernant les opérations de remblaiement et déblaiement ; il comporte des incohérences s'agissant des places de stationnement ; il ne comporte aucun élément relatif aux équipements collectifs de collecte des déchets, en méconnaissance de l'article R. 441-3 ; il ne comporte aucun élément permettant d'établir l'existence d'un accès et d'une desserte suffisante, notamment via la création d'une servitude de passage ; il ne comporte pas d'autorisation de l'association syndicale libre du lotissement Armagnac I relative à la réalisation de travaux sur la parcelle CY 671 ;

- le dossier de demande de permis est incomplet dès lors qu'il ne comporte pas de plan côté dans les trois dimensions, en méconnaissance de l'article R. 441-4 ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, dès lors que le projet nécessite des travaux de renforcement du réseau électrique et que l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer les délais et conditions de réalisation de ces travaux de renforcement du réseau électrique.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 octobre 2022 et le 29 juin 2023, la commune de Saint-Paul, représentée par Me Gaspar, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 juin 2023 et le 15 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Busto, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'avoir été notifiée conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 26 septembre 2023 et n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt à agir du requérant.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2024, M. B a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public qui ont été communiquées.

Par un mémoire enregistré le 8 février 2024, M. C a présenté des observations sur ce moyen d'ordre public qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beddeleem, conseillère,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Me Mardenalom, représentant M. B,

- et les observations de Me Dejoie, substituant Me Busto, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n°D0008 du 13 novembre 2020, la maire de la commune de Saint-Paul a accordé à M. A C un permis d'aménager un lotissement de trois lots sur les parcelles cadastrées CY 18, CY 431 et CY 671, situées sur le territoire communal. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 novembre 2020.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B occupe la parcelle cadastrée CY 816, et qu'il est usufruitier des parcelles CY 817, CY 818 et CY 819. Le projet a pour assiette la totalité de la parcelle CY 431, et une petite partie des parcelles CY 671 et CY 0018. Il ressort des plans produits au dossier de demande de permis que les parcelles CY 816, CY 817, CY 818 et CY 819 sont séparées du terrain d'assiette du projet par une voie, située sur la parcelle CY 671, et par la partie de la parcelle CY 0018 ne servant pas de terrain d'assiette au projet. Dès lors, M. B ne peut être considéré comme étant voisin immédiat du projet. Pour établir son intérêt à agir, il soutient que le projet ne prend pas en compte son environnement, qu'il lui causera des difficultés d'accès, de stationnement et de desserte en électricité, et que les travaux de terrassement engendrés par le projet portent atteinte à la sécurité des colotis. Toutefois, il ressort du dossier de demande de permis que l'accès au projet litigieux se fait depuis la rue des Aigrettes, qui ne passe pas devant les parcelles occupées par M. B. En outre, le projet litigieux, qui a pour objet d'autoriser une opération de lotissement de trois lots, n'entraînera pas une augmentation importante de la circulation. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que ce nouveau projet entraînera des difficultés de stationnement pour le requérant, ni que les travaux de terrassement porteraient atteinte à la sécurité des colotis. Par ailleurs, la circonstance que le projet ne prendrait pas en compte son environnement n'est pas de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. De plus, la desserte en électricité du requérant ne sera pas affectée par l'implantation de ce nouveau projet. Enfin, la circonstance que le projet prévoit d'installer des réseaux d'eaux pluviales sur la parcelle CY 671, partie commune du lotissement Armagnac I, ne permet pas non plus de caractériser une atteinte susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance des biens de M. B. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas d'un intérêt à agir à l'encontre du permis d'aménager D0008.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, la requête doit être rejetée comme irrecevable dans toutes ses conclusions.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 500 euros à verser à la commune de Saint-Paul, ainsi que la somme de 500 euros à verser à M. C, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 500 euros à la commune de Saint-Paul, ainsi que la somme de 500 euros à M. C, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à M. A C et à la commune de Saint-Paul.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La rapporteure,

J. BEDDELEEM

Le président,

Ch. BAUZERAND

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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