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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100645

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100645

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100645
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation3ème chambre
Avocat requérantPARAVEMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 mai 2021 et le 28 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Maillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 31-2021/CHU du 12 mai 2021 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de la Réunion (CHUR) a procédé à la fermeture du service d'urologie du site Nord de l'établissement public de santé ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de La Réunion une somme de 2 183 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir en sa triple qualité de praticien exerçant au sein du service d'urologie concerné, de membre élue de la commission médicale d'établissement et d'usager potentiel du service ;

- la décision, signée par le directeur général du centre hospitalier universitaire de La Réunion (CHUR), est entachée de l'incompétence de son auteur, en l'absence de co-signature du président du comité médical d'établissement ;

- il appartient au CHUR de justifier de la concertation avec les membres du directoire, de l'information du conseil de surveillance et du comité des usagers, et de la consultation régulière de la commission médicale d'établissement et du comité technique d'établissement ;

- la commission des usagers a été convoquée postérieurement à la décision contestée ;

- les comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du CHUR et des sites Nord et Sud n'ont pas été préalablement consultés ;

- en procédant à la fermeture du service au lieu de mettre en œuvre la procédure prévue au II de l'article L. 6122-13 du code de la santé publique, sur la base d'un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) conforme à son intention première, le CHUR a entaché sa décision d'erreur de droit et de détournement de procédure ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, la fermeture du service ayant été prononcée de manière précipitée, dans des conditions de nature à avantager le secteur privé qui utilise les moyens du service public, ce, au détriment des patients pour lesquels l'accessibilité et la continuité des soins en urologie n'est plus garantie ;

- la décision est entachée d'un détournement de pouvoir et présente un caractère discriminatoire, dès lors qu'elle s'inscrit dans une démarche de harcèlement moral visant à l'évincer en raison de son appartenance syndicale, tandis qu'elle favorise deux autres praticiens du service.

Par des mémoires en défense, enregistré le 12 novembre 2021 et le 21 décembre 2022, le centre hospitalier universitaire de La Réunion, représentée par Me Paraveman, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires en intervention, enregistrés le 12 novembre 2021 et le 21 février 2023, l'Agence régionale de santé (ARS) de La Réunion demande que le tribunal rejette la requête de Mme A.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 ;

- l'ordonnance n°2021-291 du 17 mars 2021 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- la loi n° 2021-502 du 26 avril 2021 ;

- le décret n° 2021-676 du 27 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public ;

- et les observations de Me Paraveman, représentant le CHUR.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision n° 31-2021/CHU du 12 mai 2021, le directeur général du centre hospitalier universitaire de la Réunion a procédé à la fermeture du service d'urologie du site Nord de cet établissement public de santé. Par la présente requête, Mme B A, praticien hospitalier, demande au tribunal l'annulation de cette décision

Sur l'intervention de l'Agence régionale de santé :

2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. () Le président de la formation de jugement () ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention. ". Dans le cadre de ces dispositions, est recevable à former une intervention toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. L'agence régionale de santé (ARS) de La Réunion a intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi son intervention est recevable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " Le directeur, président du directoire, conduit la politique générale de l'établissement. () / Après concertation avec le directoire, le directeur : / () / 2° Décide, conjointement avec le président de la commission médicale d'établissement et en lien avec le président de la commission des soins infirmiers, de rééducation et médico-techniques, de la politique d'amélioration continue de la qualité et de la sécurité et de la pertinence des soins, ainsi que des conditions d'accueil et de prise en charge des usagers ; / () / 7° Arrête l'organisation interne de l'établissement et signe les contrats de pôle d'activité en application de l'article L. 6146-1 ; / () ". Aux termes de l'article L. 6143-7-3 du même code : " Le président de la commission médicale d'établissement est le vice-président du directoire. Il élabore, avec le directeur et en conformité avec le contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens, le projet médical de l'établissement. Il coordonne la politique médicale de l'établissement. / () ".

4. Toutefois, si les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance du 17 mars 2021 relatives aux groupements hospitaliers de territoire et à la médicalisation des décisions à l'hôpital, qui ont modifié les dispositions précitées des articles L. 6143-7 et L. 6143-7-3 du code de la santé publique, en consolidant les pratiques de co-signature et de décision conjointe par le directeur et le président de la commission médicale d'établissement, notamment concernant l'organisation interne, celles-ci sont entrées en vigueur à la même date que celle fixée pour l'entrée en vigueur des dispositions du I de l'article 37 de la loi du 24 juillet 2019 relative à l'organisation et à la transformation du système de santé, que l'article 4 du décret du 27 mai 2021 relatif aux attributions des présidents de commission médicale de groupement et de commission médicale d'établissement a fixée au 1er janvier 2022.

5. La fermeture du service d'urologie du site Nord du CHUR, qui ne s'inscrit pas dans la politique d'amélioration continue de la qualité et de la sécurité et de la pertinence des soins, ainsi que des conditions d'accueil et de prise en charge des usagers, est une mesure relative à l'organisation interne de l'établissement public de santé. En vertu des dispositions précitées du 7° de l'article L. 6143-7 du code de la santé publique, dans leur version en vigueur au 12 mai 2021, le directeur général du CHUR avait seul compétence pour émettre une telle décision, à laquelle le président de la commission médicale d'établissement n'était pas tenu d'être associé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort du relevé de conclusions de sa réunion du 22 mars 2021 que le directoire du CHUR, au vu des recommandations du rapport définitif de l'IGAS et après concertation, a acté la fermeture du service d'urologie du site Nord de l'établissement. Il ressort par ailleurs de l'ordre du jour de sa séance du 31 mars 2021 que le conseil de surveillance du site Nord, qui en vertu de l'article L. 6143-1 du code de la santé publique exerce le contrôle permanent sur la gestion de l'établissement, a été informé du contenu du rapport de l'IGAS et de ses recommandations préconisant la fermeture du service en cause, antérieurement à la décision contestée. Les moyens tirés du défaut de concertation avec les membres du directoire et d'information du conseil de surveillance, qui ne sont au demeurant pas assortis de précisions suffisantes, doivent donc être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1112-3 du code de la santé publique, dans sa rédaction alors en vigueur : " () Dans chaque établissement de santé, une commission des usagers a pour mission de veiller au respect des droits des usagers et de contribuer à l'amélioration de la qualité de l'accueil des personnes malades et de leurs proches et de la prise en charge. () / La commission des usagers participe à l'élaboration de la politique menée dans l'établissement en ce qui concerne l'accueil, la prise en charge, l'information et les droits des usagers. Elle est associée à l'organisation des parcours de soins ainsi qu'à la politique de qualité et de sécurité élaborée par la commission ou la conférence médicale d'établissement. Elle fait des propositions sur ces sujets et est informée des suites qui leur sont données. / Elle peut se saisir de tout sujet se rapportant à la politique de qualité et de sécurité élaborée par la commission ou la conférence médicale d'établissement. Elle fait des propositions et est informée des suites qui leur sont données. / Elle est informée de l'ensemble des plaintes et des réclamations formées par les usagers de l'établissement ainsi que des suites qui leur sont données. En cas de survenue d'événements indésirables graves, elle est informée des actions menées par l'établissement pour y remédier. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que la commission des usagers (CDU) doit être informée des actions menées par l'établissement pour remédier à la survenue d'événements indésirables graves. Tandis que la fermeture du service urologie a été envisagée puis décidée à la suite de tels évènements, qui ont été à l'origine de plusieurs visites d'inspection et ont notamment fait l'objet d'un rapport de l'IGAS, la CDU du CHUR a, dans sa séance du 25 mars 2021, été informée du contenu du rapport définitif de l'IGAS et de ses recommandations préconisant la fermeture du service d'urologie. Au surplus, la CDU a, postérieurement à la décision en cause, été informée des suites de la fermeture décidée le 12 mai 2021. Le moyen tiré du défaut d'information de cette commission doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 6144-1 du code de la santé publique : " Dans chaque établissement public de santé, la commission médicale d'établissement élabore la stratégie médicale de l'établissement et de son projet médical en lien avec le projet médical partagé du groupement. Elle participe à leur mise en œuvre. () / Elle est consultée sur les matières la concernant dans des conditions fixées par décret. () ". Aux termes de l'article R. 6144-1 du même code : " I.- La commission médicale d'établissement est consultée sur des matières sur lesquelles le comité technique d'établissement est également consulté ; ces matières sont les suivantes : / () / 4° L'organisation interne de l'établissement mentionnée au 7° de l'article L. 6143-7. A ce titre, la commission se prononce notamment sur la cohérence médicale et la conformité au projet médical de l'organisation en pôles de l'établissement ; / () ".

10. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 6144-3 du même code : " Dans chaque établissement public de santé, il est créé un comité technique d'établissement doté de compétences consultatives dans des matières et dans des conditions fixées par voie réglementaire. / () ". Selon l'article R. 6144-40 : " I.- Le comité technique d'établissement est consulté sur des matières sur lesquelles la commission médicale d'établissement est également consultée ; ces matières sont les suivantes : / () / 4° L'organisation interne de l'établissement mentionnée au 7° de l'article L. 6143-7 ; / () ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commission médicale d'établissement du CHUR a, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 6144-1 du code de la santé publique, été consultée sur la synthèse et les recommandations du contenu du rapport définitif de l'IGAS, à l'occasion de sa séance du 26 mars 2021 à l'issue de laquelle elle a émis son avis sur la fermeture du service d'urologie.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 6144-40 du code de la santé publique, le comité technique d'établissement a été réuni le 29 mars 2021 en vue de se prononcer, notamment, sur la synthèse et les recommandations du rapport définitif de l'IGAS. Le comité, qui a émis un avis défavorable à la fermeture du service d'urologie, a de nouveau été consulté dans sa séance du 16 avril 2021.

13. Dès lors, les moyens tirés du défaut de consultation de ces deux instances, qui ne sont au demeurant pas assortis de précisions suffisantes, doivent être écartés.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 4612-1 du code du travail : " Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail a pour mission : / 1° De contribuer à la protection de la santé physique et mentale et de la sécurité des travailleurs de l'établissement et de ceux mis à sa disposition par une entreprise extérieure ; / 2° De contribuer à l'amélioration des conditions de travail, notamment en vue de faciliter l'accès des femmes à tous les emplois et de répondre aux problèmes liés à la maternité ; / 3° De veiller à l'observation des prescriptions légales prises en ces matières ". Aux termes de l'article L. 4612-8 du même code : " Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail est consulté avant toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail et, notamment, avant toute transformation importante des postes de travail découlant de la modification de l'outillage, d'un changement de produit ou de l'organisation du travail, avant toute modification des cadences et des normes de productivité liées ou non à la rémunération du travail. ".

15. Aux termes de l'article 10 de l'ordonnance du 22 septembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l'entreprise et favorisant l'exercice et la valorisation des responsabilités syndicales : " I. - Nonobstant les dispositions de l'article 1er du titre Ier de la présente ordonnance, les dispositions du titre Ier du livre VI de la quatrième partie du code du travail relatives au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail demeurent applicables, dans leur rédaction en vigueur à la date de la publication de la présente ordonnance, en tant qu'elles s'appliquent aux établissements publics de santé, sociaux et médico-sociaux et aux groupements de coopération sanitaire de droit public. / () ".

16. Il ressort des dispositions précitées du code du travail, qui précisent les missions du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et les cas dans lesquels il doit être consulté, que celles-ci demeurent applicables aux établissements publics de santé à la date de la décision contestée, dans l'attente de la fusion dudit CHSCT et du comité technique d'établissement, par la création d'un comité social d'établissement, laquelle devait intervenir à l'occasion du renouvellement général des instances dans la fonction publique, qui a eu lieu le 8 décembre 2022, et au plus tard le 1er janvier 2023. Toutefois, il résulte des dispositions précitées des articles L. 6144-3, L. 6143-7 et R. 6144-40 du code de la santé publique qu'une question ou un projet de disposition ne doit être soumis à la consultation du CHSCT que si le comité technique ne doit pas lui-même être consulté sur la question ou le projet de disposition en cause. Le CHSCT ne doit ainsi être saisi que d'une question ou d'un projet de disposition concernant exclusivement la santé, la sécurité ou les conditions de travail. En revanche, lorsqu'une question ou un projet de disposition concerne ces matières et l'une des matières énumérées à l'article R. 6144-40 du code de la santé publique, seul le comité technique doit être obligatoirement consulté. Ce comité peut, le cas échéant, saisir le CHSCT de toute question qu'il juge utile de lui soumettre. En outre, l'administration a toujours la faculté de consulter le CHSCT.

17. Il résulte du principe qui vient d'être énoncé que, avant de décider de la fermeture du service d'urologie, le directeur général du CHUR devait soumettre cette mesure d'organisation interne de l'établissement au comité technique, sans qu'il soit tenu de consulter les CHSCT de l'établissement, du site Nord ou du site Sud. Or le comité technique a été dûment consulté. Dès lors, si le CHSCT du CHUR a été informé de la fermeture du service le 28 mai 2021, soit postérieurement à la décision en litige, le moyen tiré du défaut de consultation préalable de cette instance doit être écarté.

18. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 6122-13 du code de la santé publique : " I.- Lorsqu'il est constaté, à l'occasion de l'exercice d'une activité de soins ou de l'installation d'un équipement matériel lourd, un manquement aux lois et règlements pris pour la protection de la santé publique ou à la continuité des soins assurée par le personnel médical imputable à la personne titulaire de l'autorisation, le directeur général de l'agence régionale de santé le notifie à cette dernière et lui demande de faire connaître, dans les huit jours, ses observations en réponse ainsi que les mesures correctrices adoptées ou envisagées. / En l'absence de réponse dans ce délai ou si cette réponse est insuffisante, il adresse au titulaire de l'autorisation une injonction de prendre toutes dispositions nécessaires et de faire cesser définitivement les manquements dans un délai déterminé. Il en constate l'exécution. / II.- En cas d'urgence tenant à la sécurité des patients ou du personnel ou lorsqu'il n'a pas été satisfait, dans le délai fixé, à l'injonction prévue au I, le directeur général de l'agence régionale de santé peut prononcer la suspension immédiate, totale ou partielle, de l'autorisation de l'activité de soins concernée ou l'interruption immédiate du fonctionnement des moyens techniques de toute nature nécessaires à la dispensation des soins. / () ".

19. La mesure de suspension que le directeur général de l'ARS peut prononcer, sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 6122-13 du code de la santé publique, revêt un caractère provisoire. Les dysfonctionnements du service d'urologie, mis en évidence depuis l'année 2017, et la dégradation de la situation qui s'en est suivie, a conduit la direction du CHUR à envisager la fermeture de ce service, à défaut d'autre solution. Comme il a été dit précédemment, une telle mesure porte sur l'organisation interne de l'établissement public de santé et relève donc de la compétence de son directeur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

20. Il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport de l'IGAS déposé en février 2021, que ce dernier aboutit, au terme d'une analyse détaillée et circonstanciée reposant sur les constats opérés et les investigations menées, à plusieurs recommandations au nombre desquelles figure la fermeture du service d'urologie. Si cette préconisation rejoint l'idée précédemment émise par la direction du CHUR, la fermeture est considérée comme inévitable, tant au profit des patients que pour le bien-être des praticiens hospitaliers, compte tenu de la situation de blocage irréversible à laquelle ont conduit les conflits internes du service. S'il est évoqué une éventuelle suspension par l'ARS, l'IGAS en rappelle le caractère provisoire et mentionne précisément qu'une telle mesure, qui impliquerait le retrait de l'autorisation de chirurgie du site Nord, est à l'évidence inappropriée en l'espèce. Il s'ensuit que le moyen tiré du détournement de procédure, qui n'est pas établi, doit être écarté.

21. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite d'une succession d'évènements graves survenus en 2016, s'agissant notamment de l'activité de greffe rénale adulte et du décès d'un enfant en juin 2016, cette activité du CHUR a fait l'objet d'une mission d'inspection réalisée conjointement par l'agence de biomédecine et l'ARS en février 2017. Cette mission a révélé une activité de transplantation très inférieure aux objectifs fixés, la faiblesse du nombre de greffes réalisées par rapport au nombre de greffons prélevés conduisant à l'augmentation continue de la liste d'attente de greffe. Ce constat trouvait son origine dans un déficit de médecins transplanteurs, mais aussi dans divers dysfonctionnements du service ainsi qu'un contexte relationnel entre les praticiens, en partie conflictuel. En raison de divers signalements relatifs à des difficultés de prise en charge des patients, l'ARS a diligenté une mission d'inspection du service urologie en février 2018. Si les mesures prises à la suite de cette inspection et la nouvelle organisation consécutive à plusieurs changements de pôle et au remplacement du chef de service ont permis d'améliorer provisoirement la situation en matière de greffe rénale, l'activité est restée fragile, en raison du climat délétère et du manque d'implication des urologues. Le climat relationnel a continué de se dégrader, en dépit de l'intervention d'un médiateur national en décembre 2018. La fin de l'année 2019 a été ainsi marquée par des conflits engendrant des risques pour la sécurité des patients et une souffrance des praticiens concernés et, au-delà, des professionnels du service, ainsi que par un éclatement de fait de ce service en deux tandems de praticiens, encouragé par le comportement de l'ancien chef de service, et le blocage des relations avec le chef de service et le chef de pôle, tandis que la gouvernance du CHUR se trouvait dépassée par la situation. Le climat d'hostilité entre les praticiens, qui s'est prolongé et intensifié, s'est illustré notamment par les difficultés quant à l'analyse des évènements indésirables graves (EIG), à l'organisation et au fonctionnement des revues de morbidité et mortalité (RMM) et à la tenue des réunions de concertation pluridisciplinaire (RCP), avec pour conséquence la mise en danger des patients, la diminution de la qualité des soins, des risques médico-légaux, ainsi qu'une altération de l'activité de transplantation rénale et de la formation des internes de la filière urologie. Alors qu'aucun des praticiens en poste n'a envisagé de quitter le service, Mme A n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la situation, estimée à ce stade irréversible, aurait pu trouver une autre issue que celle, préconisée par le rapport de l'IGAS de février 2021, de procéder rapidement à la fermeture du service d'urologie.

22. Par ailleurs, il ressort des rapports d'inspection et du rapport de l'IGAS que l'activité du secteur privé en urologie est prépondérante à La Réunion et que l'activité insuffisante du service urologie du site Nord du CHUR, dans le contexte décrit au point précédent, ne permettait ni de satisfaire les besoins des patients, ni de garantir la sécurité de leur prise en charge, ni d'envisager une quelconque amélioration compte tenu de la situation de blocage à laquelle les conflits internes avaient abouti. La décision consistant à fermer ce service, à basculer une partie de son activité dans les autres sites du CHUR et à permettre aux praticiens urologues concernés d'exercer leurs compétences au sein d'autres établissements publics de santé, voire au sein d'établissements privés de santé, à supposer même qu'ils utiliseraient à cette fin des matériels mis à disposition par le CHUR, doit donc être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme poursuivant l'objectif prioritaire d'améliorer l'accessibilité, la sécurité et le suivi de la prise en charge des patients en urologie, alors même qu'une partie d'entre eux sont susceptibles d'être orientés vers le secteur privé, tandis qu'une convention de partenariat a été conclue le 12 mai 2021 entre le groupe Clinifutur et la direction général du CHUR.

23. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

24. En huitième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / () ".

25. Ainsi qu'il a été développé aux points 20 à 22, la fermeture du service urologie du site Nord du CHU est fondée sur des considérations d'intérêt général et de bonne organisation du service public hospitalier. Si Mme A, qui soutient que cette décision s'inscrit dans une démarche de harcèlement moral visant à l'évincer de ce service, fait valoir qu'elle a été suspendue de ses fonctions en l'absence de toute faute et qu'elle aurait pu être affectée au sein du site Sud, que cette mesure est excessive en l'absence de poursuites disciplinaires, ordinales et pénales, qu'elle est liée à son appartenance syndicale, que son activité a été restreinte à son retour, que le rapport de l'IGAS reconnaît des fautes du CHUR à son encontre et que l'établissement favorise deux autres praticiens du service, aucun de ces éléments n'est, en l'espèce, de nature à caractériser le harcèlement moral allégué, ni à faire présumer l'existence d'une situation de discrimination. Les moyens tirés du détournement de pouvoir et du caractère discriminatoire de la décision contestée doivent donc être écartés.

26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 12 mai 2021 par laquelle le directeur général du CHUR a procédé à la fermeture du service d'urologie du site Nord de cet établissement.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CHUR, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'ARS de La Réunion est admise.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier universitaire de La Réunion et à l'Agence régionale de santé de La Réunion.

Copie en sera adressée au ministre de la santé et de la prévention.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bauzerand, président,

Mme Legrand, première conseillère,

M. Ramin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

Ch. BAUZERANDLe greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/La greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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