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AccueilJurisprudence administrativeN° TA101-2100728

Tribunal Administratif de La Réunion — Décision N° TA101-2100728

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de La Réunion
SectionTribunal Administratif de La Réunion
N° DossierTA101-2100728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRICHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 16 juin 2021, le 22 juillet 2021 et le 26 décembre 2021, M. D B, représenté par Me Richard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de La Réunion a rejeté son recours gracieux tendant à l'annulation de la décision portant refus de placement en congé de longue durée à compter du 4 août 2020, ainsi que l'avis défavorable émis le 26 janvier 2021 par le comité médical supérieur ;

2°) d'enjoindre à l'administration de le placer en congé de longue durée à plein traitement.

Il soutient que :

- la décision contestée et l'avis du 26 janvier 2021 du comité médical supérieur ne sont pas motivés ;

- la décision refusant le placement en congé de longue durée ne pouvait être prise antérieurement à l'avis du comité médical supérieur ;

- il n'a pas été informé des voies et délais de recours à l'encontre de l'avis du comité médical, comme cela est prévu à l'article 7 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le rapport d'expertise du Dr C a été émis sans respect de la procédure contradictoire ; il a en effet été privé, en méconnaissance de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique et de l'article 6 de la loi du 17 juillet 1978, de toute information sur ses droits d'accès à la communication des documents utiles de son dossier médical et de tout accès aux documents eux-mêmes ;

- l'autorité administrative, en adoptant l'avis du comité médical supérieur sans faire usage de son pouvoir discrétionnaire, s'est, à tort, estimée en situation de compétence liée ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles 2 et 3 de l'arrêté du 14 mars 1986, dès lors qu'il est affecté d'une maladie mentale invalidante qui justifie son placement en congé de longue durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2021, la rectrice de l'académie de La Réunion conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978 ;

- l'ordonnance n° 2015-1341 du 23 octobre 2015 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ramin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Legrand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, professeur de lycée professionnel, a été placé en congé de longue maladie (CLM) à compter du 4 février 2019 pour une durée de six mois, prolongée après avis du comité médical supérieur (CMS) pour un an, du 4 août 2019 au 3 août 2020. Le 2 juin 2020, il a demandé à bénéficier d'un congé de longue durée (CLD) à compter du 4 août 2020, pour une durée de six mois. Au vu de l'avis défavorable du comité médical départemental, la rectrice de l'académie de La Réunion a, par un arrêté du 2 octobre 2020, placé l'intéressé en congé de maladie ordinaire du 4 août au 31 octobre 2020. Le CMS, saisi par M. B, a estimé, le 26 janvier 2021, qu'il était apte à reprendre ses fonctions et a émis un avis défavorable à l'octroi d'un CLD. Par un arrêté du 15 février 2021, la rectrice a refusé le congé sollicité. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'avis du CMS du 26 janvier 2021 et de la décision du 30 mars 2021 par laquelle la rectrice a rejeté son recours gracieux du 16 mars 2021, ainsi que le prononcé d'une injonction de placement en CLD à plein traitement à compter du 4 août 2020.

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () ; / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. () / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie à plein traitement, le congé de longue durée n'est attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que les décisions portant refus d'octroi d'un CLD sont au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'un tel congé constitue un droit pour les fonctionnaires qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir. Le respect des règles relatives au secret médical ne peut avoir pour effet d'exonérer l'autorité administrative de l'obligation de motiver sa décision dans des conditions de nature à permettre le contrôle par le juge de la légalité de cet acte.

5. Par son avis du 26 janvier 2021, visant la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, le CMS a estimé que l'état de santé de M. B n'entrait pas dans les critères médicaux prévus par l'arrêté du 14 mars 1986 ouvrant droit à l'attribution d'un CLD. Contrairement à ce que soutient le requérant, cet avis, qui comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Il s'ensuit que la décision du 30 mars 2021 par laquelle la rectrice a rejeté le recours gracieux de M. B, en se fondant, après réexamen du dossier de l'intéressé, sur l'avis motivé du CMS, satisfait aux prescriptions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision et de l'avis sur lequel elle s'appuie doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la date du 15 janvier 2021 figurant sur le courrier par lequel la rectrice de l'académie de La Réunion a transmis à M. B l'arrêté du 15 février 2021 portant refus de CLD, lequel s'appuie sur l'avis défavorable du CMS du 26 janvier 2021, résulte d'une erreur matérielle. Dès lors, le moyen tiré de cette décision ne pouvait être rendue antérieurement à l'avis du CMS au vu duquel l'administration devait se déterminer doit être écarté.

7. En troisième lieu, en vertu de l'article 7 du décret du 14 mars 1986 susvisé, le secrétariat du comité médical, lequel est obligatoirement consulté en ce qui concerne l'octroi d'un CLD, doit informer le fonctionnaire " des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur ".

8. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 2 octobre 2020, M. B a été informé de l'avis rendu par le comité médical départemental à l'issue de sa séance du 29 septembre 2020, défavorable à l'octroi d'un CLD à compter du 4 août 2020, et des voies et délais de recours contre cet avis. Le requérant a d'ailleurs contesté cet avis devant le CMS. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 7 du décret du 14 mars 1986, qui manque en fait, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute personne a accès à l'ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé () qui sont formalisées ou ont fait l'objet d'échanges écrits entre professionnels de santé, notamment des résultats d'examen, comptes rendus de consultation, d'intervention, d'exploration ou d'hospitalisation, des protocoles et prescriptions thérapeutiques mis en œuvre, feuilles de surveillance, correspondances entre professionnels de santé, à l'exception des informations mentionnant qu'elles ont été recueillies auprès de tiers n'intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. / Elle peut accéder à ces informations directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'elle désigne () ".

10. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, reprenant celles du II de l'article 6 de la loi du 17 juillet 1978 : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : / 1° Dont la communication porterait atteinte () au secret médical () / () Les informations à caractère médical sont communiquées à l'intéressé, selon son choix, directement ou par l'intermédiaire d'un médecin qu'il désigne à cet effet, dans le respect des dispositions de l'article L. 1111-7 du code de la santé publique. ".

11. A supposer même que M. B n'aurait pas été informé de la possibilité d'obtenir communication de l'ensemble des documents utiles de son dossier médical, il ressort du rapport d'expertise du Dr C, qui lui a été communiqué, que l'expertise a été réalisée de manière contradictoire, l'intéressé ayant été examiné le 21 septembre 2020. Il n'est pas établi ni même allégué que M. B aurait sollicité la communication des éléments de son dossier médical autres que ceux en sa possession. Par suite, le moyen tiré du défaut du caractère contradictoire de l'expertise médicale sur laquelle se sont appuyés le CMS et l'administration doit être écarté.

12. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort de la décision du 30 mars 2021 que, si elle a suivi l'avis émis par le CMS le 26 janvier 2021, la rectrice a rejeté le recours gracieux de M. B après avoir procédé à un nouvel examen du dossier de l'intéressé. Ce faisant, l'autorité administrative ne peut être regardée comme s'étant estimée en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit qu'elle aurait pu commettre en s'abstenant d'exercer son pouvoir discrétionnaire doit être écarté.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie dans les conditions prévues aux articles 29 et 30 des décrets susvisés : / - tuberculose ; / - maladies mentales ; / - affections cancéreuses ; / - poliomyélite antérieure aiguë ; / - déficit immunitaire grave et acquis. ". Aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " Un congé de longue maladie peut être attribué, à titre exceptionnel, pour une maladie non énumérée aux article 1er et 2 du présent arrêté, après proposition du Comité médical compétent à l'égard de l'agent et avis du Comité médical supérieur. Dans ce cas, il doit être constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un CLM à compter du 4 février 2019, prolongé jusqu'au 3 août 2020, à titre exceptionnel, sur le fondement de l'article 3 de l'arrêté du 14 mars 1986. Les seuls avis médicaux émis en juin 2020 par le psychiatre alors chargé de son suivi et par le Dr A, expert, ne suffisent pas à contredire le rapport d'expertise du Dr C, établi le 21 septembre 2020, qui conclut à l'absence de pathologie psychiatrique répondant aux critères d'affection invalidante, au sens de l'article 2 de l'arrêté précité. Ainsi, le requérant, qui ne justifie pas qu'il remplirait les conditions requises pour bénéficier d'un CLD, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de La Réunion.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Aebischer, président,

M. Ramin, premier conseiller,

M. Seroc, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 202Le rapporteur,

V. RAMIN

Le président,

M.-A. AEBISCHER

Le greffier,

D. CAZANOVE

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ la greffière en chef,

Le greffier,

D. CAZANOVE

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