mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de La Réunion |
| Section | Tribunal Administratif de La Réunion |
| N° Dossier | TA101-2100767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | FIDAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 25 juin 2021, 15 avril 2022, 17 août 2022 et 1er décembre 2022, M. B E D demande au tribunal :
1°) la décharge des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités et intérêts de retard ;
2°) la restitution des sommes déjà acquittées à hauteur de 29 984 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
- il peut prétendre à une demi-part supplémentaire dans la mesure où il participait seul aux frais d'entretien de la fille de sa compagne ;
- il bénéficie des rappels de crédit d'impôt au titre des frais de garde des jeunes enfants ;
- il est fondé à déduire la prestation compensatoire versée à son ex-épouse au titre de l'année 2014.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 décembre 2021 et le 14 octobre 2022, le directeur régional des finances publiques de La Réunion conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lebon,
- les conclusions de Mme Baizet, rapporteure publique,
- les observations de Me Affejee, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E D a fait l'objet d'un contrôle sur pièces à l'issue duquel, par une proposition de rectification du 23 septembre 2016, il s'est vu notifier des rehaussements d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014 résultant notamment de la remise en cause d'une demi-part supplémentaire dans le calcul de son quotient familial, du crédit d'impôt afférant aux frais de garde des jeunes enfants déclaré pour les frais d'entretien de la fille de sa compagne, et de la déduction de la prestation compensatoire versée à son ex-épouse. Après acceptation partielle de sa réclamation préalable, M. D demande la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014 résultant de ces rehaussements et restées à sa charge pour un montant de 29 984 euros.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. A termes de l'article L. 69 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions particulières au mode de détermination des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux, sont taxés d'office à l'impôt sur le revenu les contribuables qui se sont abstenus de répondre aux demandes d'éclaircissements ou de justifications prévues à l'article L. 16 ". A termes de l'article L. 193 de ce livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
3. En l'espèce, par courriers du 3 mai et du 26 mai 2016, le service a adressé une demande de renseignements ainsi qu'une demande d'éclaircissements ou de justifications par courrier du 30 juin 2016, portant sur le quotient familial, les revenus fonciers et une pension alimentaire. Ces courriers n'ont reçu aucune réponse. En l'absence de réponse, le service a ensuite taxé d'office les sommes en cause. Par suite, la charge de la preuve incombe à M. D qui demande la décharge de ces impositions.
En ce qui concerne le quotient familial :
4. A termes du c) de l'article 194-1 alinéa 3 du code général des impôts : " Le nombre de parts à prendre en considération pour la division du revenu imposable prévue à l'article 193 est déterminé conformément aux dispositions suivantes : 0,5 part pour chacun des enfants, lorsque par ailleurs le contribuable assume la charge exclusive ou principale d'au moins deux enfants ". A termes de l'article 196 du même code : " Sont considérés comme étant à la charge du contribuable, que celle-ci soit exclusive, principale ou réputée également partagée entre les parents, à la condition de n'avoir pas de revenus distincts de ceux qui servent de base à l'imposition de ce dernier :1° Ses enfants âgés de moins de 18 ans ou infirmes ;2° Sous les mêmes conditions, les enfants qu'il a recueillis à son propre foyer ".
5. Si M. D se prévaut, afin d'obtenir le bénéfice d'une demi-part supplémentaire, de ce qu'il aurait recueilli au sens du 2° de l'article 196 du code général des impôts, l'enfant de Mme C, alors sa concubine, il n'apporte pas, en se bornant à soutenir que sa compagne a mis fin à son activité de pédicure podologue le 31 décembre 2013 et de ce qu'elle l'a rejoint à la Réunion en août 2014, la preuve que celle-ci ne dispose pas de ressources personnelles lui permettant de subvenir aux besoins de son enfant alors que Mme C n'a souscrit aucune déclaration de revenus entre son arrivée en France en 2014 et l'année de son mariage en 2016 et n'a donc présenté aucun avis d'imposition pour justifier de ses revenus. Il n'est en outre pas contesté qu'elle est par ailleurs propriétaire d'une maison de 113 m2 située 9 rue des Vallons à Ottange (57) occupée par des tiers jusqu'alors, sans avoir déclaré aucun revenu foncier. En outre, la production par M. D des justificatifs des frais de déménagement de sa concubine, des documents précisant qu'il s'occupe personnellement des démarches administratives d'inscription scolaire de l'enfant ainsi que la justification des frais de vacances ne permettent pas davantage de considérer qu'il assure effectivement et de manière exclusive les besoins matériels de cet enfant. C'est donc par une exacte application de la loi fiscale que l'administration fiscale a remis en cause le bénéfice d'une demi-part supplémentaire pour le calcul du quotient familial de M. D.
En ce qui concerne le crédit d'impôt pour frais de garde :
6. A termes de l'article 200 quater B du Code Général des Impôts, " Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt égal à 50 % des dépenses effectivement supportées pour la garde des enfants âgés de moins de six ans qu'ils ont à leur charge ".
7. M. D soutient avoir acquitté, au titre de l'année 2014, des dépenses de frais de garde de jeune enfant pour l'enfant de sa compagne, à hauteur de 1000 euros. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5 du présent jugement, l'enfant de sa concubine ne peut être considéré comme un enfant à la charge de M. D. C'est donc par une exacte application de la loi fiscale que l'administration a remis en cause pour M. D le crédit d'impôt ouvert au titre des dépenses de frais de garde de jeune enfant pour l'année 2014.
En ce qui concerne la déduction de la prestation compensatoire :
8. A termes des dispositions de l'article 156 du code général des impôts : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé eu égard aux propriétés et aux capitaux que possèdent les membres du foyer fiscal désignés aux 1 et 3 de l'article 6, aux professions qu'ils exercent, aux traitements, salaires, pensions et rentes viagères dont ils jouissent ainsi qu'aux bénéfices de toutes opérations lucratives auxquelles ils se livrent, sous déduction : () / II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : () /2° () versements de sommes d'argent mentionnés à l'article 275 du code civil lorsqu'ils sont effectués sur une période supérieure à douze mois à compter de la date à laquelle le jugement de divorce, que celui-ci résulte ou non d'une demande conjointe, est passé en force de chose jugée () ".
9. M. D fait valoir qu'il est fondé à déduire la " pension alimentaire " versée à son ex-épouse au titre de l'année 2014, dès lors qu'il lui a remis en janvier 2014 un chèque d'un montant de 2 000 euros et qu'il a versé la première annuité de 22 250 euros correspondant à l'année 2014 en deux virements d'un montant de 11 262,05 euros le 14 janvier 2015 par virement bancaire et de 10 987,95 euros le 7 avril 2015 par saisie-attribution. Toutefois, d'une part, concernant le chèque de 2000 euros, M. D à qui incombe la charge de la preuve, n'établit pas que cette somme a été exposée au titre de la prestation compensatoire. D'autre part, la première annuité de la prestation compensatoire étant versée intégralement en 2015, la somme de 22 250 euros ne peut être admise en déduction au titre des revenus de 2014. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a rejeté la déduction des sommes versées au titre de la prestation compensatoire.
10. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014 ni en tout état de cause la restitution des sommes déjà acquittées.
Sur les frais du litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à M. D d'une somme au titre de ses frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E D et au directeur régional des finances publiques de La Réunion.
Délibéré après l'audience du 16 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Khater, présidente,
M. Le Merlus, conseiller,
Mme Lebon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 30 avril 2024.
La rapporteure,
L. LEBONLa présidente,
A. KHATER
La greffière,
E. POINAMBALOM
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100767
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